‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 156 sur 334 · juillet · texte numérisé non relu

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Ces perfides paroles étaient de nature à soulever contre les Tronchin les haines populaires les plus vives. Le docteur n'ignorait pas les dangereux propos de Rousseau et il en donnait au pasteur Vernes une raison singulière. Mais, avant de citer la lettre de Tronchin, il est bon de rappeler les faits auxquels elle se rapporte.

Nous avons vu que le secret de Jean-Jacques, relatif à ses enfants, après avoir été fidèlement gardé pendant de longues années, s'était trouvé ébruité; quelques pei*sonnes furent mises au courant de la vérité, mais les faits dataient de loin, on ne pouvait les vérifier, en général tout se bornait à des suppositions, la certitude manquait. Tronchin, grâce probablement à ses amis de Paris, était très exactement renseigné; il connaissait la vérité par des témoins sûrs, indiscutables, et c'est à la connaissance de ce secret qu'il attribuait la haine du philosophe.

« Vous souvient-il de la lettre de Diderot? écrivait le docteur au pasteur Vernes. Eh bien, je suis aussi sûr de ce que je vous ai dit, que vous Télés d'avoir vu celle lettre, et on sait bien que j'en suis sûr : hinc furor, hinc lacrymœ. Tous les témoins oculaires, et il y en a quatre, sont pleins de vie. Ces quatre témoins et la conscience, qui est le cinquième, font un contraste bien humiliant avec Taustérité de la morale qu'on affiche. C'est une torture continuelle, ce sont cinq bourreaux qui arrachent les ongles, et qui tenaillent sans cesse. Ohl que cet état est affreux I j*en ai la plus grande compassion, je vous jure. Plaignons, mon bon ami, ce malheureux, d'autant plus malheureux que

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le rôle qu'il a joué et qu'il joue est incompatible avec le souvenir de ses fautes. Je me rappelle que je vous disais un jour, que la chasteté est essentielle à la vertu. Vous me le disiez aussi. Plus je vis, plus je réfléchis, et plus je me le persuade. Que tout ceci pourtant reste entre nous, car nous ne voulons point la mort du pécheur. A Dieu ne plaise* ! »

Nous ne savons jusqu'à quel point le grief imaginé par le docteur était fondé. N'eût-il pas existé que la haine de Rousseau eût été la même; ce que le philosophe pardonnait le moins, c'était qu'on lui fît de l'opposition, et il suffisait de ne pas partager ses opinions pour passer immédiatement au rang de persécuteur.

Le châtelain de Ferney était abhorré plus encore que Tronchin, et cependant Jean-Jacques le ménageait fort en paroles : « C'est un homme né bon, disait-il, il a foncièrement le caractère le plus aimable, mais les gens avec lesquels il a vécu l'ont rendu méchant.... » Quand Thérèse parlait du patriarche, elle disait simplement « Voltaire »; aussitôt Jean-Jacques Tinlcrrompait aigrement: « Mademoiselle, pourquoi ne ditesvous pas M. de Voltaire*? »

Quand Meister le visita en 1764, Rousseau lui fît de son ennemi ce portrait quelque peu satirique :

(( Les petits vers de Voltaire, ses épitres, tout cela est

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