‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 157 sur 334 · Julie von Bondelù · texte numérisé non relu

Julie von Bondelù

charmant : on pourrait brûler le reste. II a dit lui-même à ses amis, qui lui reprochaient les mensonges dont il a rempli ses histoires : « Comment? moi, je n'écris pas pour « être vrai, j'écris pour être lu. » Voltaire jouit de la réputation la plus brillante; il a des biens en abondance, il a des amis, il a rassemblé autour de lui tous les plaisirs et tous les divertissements imaginables, et c'est cependant le plus malheureux de tous les hommes. Le plus petit auteur est capable de troubler sa félicité : s*il en parle avec mépris, ou s'il a quelque succès, VolLiire en sera désolé. La crainte de la mort le martyrise. J'ai toujours cru que les plaisirs n'étaient rien lorsque le cœur nous manque; mais je le sens bien plus vivement encore lorsque je pense à Voltaire. Si sa gaîté apparente est vraie, je ne sais pas ce que c'est que la gaité; j'aime beaucoup mieux ma tristesse. Je ne sais cependant comnrent on peut se détacher de son commerce; ses billets sont si engageants qu'on ne peut presque plus se passer du plaisir d'en recevoir lorsqu'on l'a goûté une fois. C'est à son esprit intrigant que M. de Voltaire doit sa réputation, aussi bien qu'à son génie*. »

La modération du philosophe en parlant de celui qu'il faisait passer pour son persécuteur ne pouvait que le grandir aux yeux de la petite Église, et augmenter Tauréole de vertu dont il aimait à se parer.

Du reste, s'il se montrait modéré en paroles, il Tétait moins dans ses correspondances. A tous il s6 plaignait de Voltaire, toujours il le désignait comme son perse-

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