‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 17 sur 334 · Confeêsionê, Partie II, livre VII · texte numérisé non relu

Confeêsionê, Partie II, livre VII

affection n'était pas innée dans le cœur de Thomme ! Mais pour élever ses enfants, il faut souvent s'imposer une gène et des soucis, dont Tauteur d'Emile aimait mieux se dispenser. N'était-il pas beaucoup plus simple de les jeter à Thospicc et de n'en plus entendre parler*?

Si nous insistons sur ces événements et sur les modifications que nous venons de signaler dans la manière d'être et dans l'esprit de Rousseau, c'est qu'ils sont à notre avis le point de départ d'une perturbation mentale, qui va s'accroître peu à peu. Déguisée au début sous une affectation de singularité, de misanthropie, elle fut à peine remarquée; alimentée par un orgueil immense et une invincible jalousie, elle devint bientôt la manie, puis le délire de la persécution, enGn la folie pure.

Après cette rapide esquisse de l'état moral de Rousseau, ajoutons une particularité sur son état physique, particularité de grande importance, carelleaeu, nous en sommes convaincus, une véritable influence sur sa vie.

Jean-Jacques était affligé depuis sa naissance d'une inOrmité physique, disons le mot, d'une maladie de vessie, qui ne fit que croître pendant de longues

1. On a dit que si Jean- Jacques avait mis ses cinq enfants aux Enfants trouvés, c'est qu'il savait pertinemment qu'ils n'étaient pas à lui. Nais alors comment écrivait-il de Thérèse à Mme de Luxembourg, le 12 juin 1761 : c Je l'ai toujours aimée et honorée comme ma femme, à cause de son bon cœui% de sa sincère affection, de son désintéressement sans exemple et de sa fidélité sans tache sur laquelle elle ne m'a pas même occasionné le moindre soupçon, i Et ceUe afflrmation, il l'a répétée cent fois.

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années, et qui lui causa les plus cruelles souffrances. Il crut longtemps ses jours menacés» et dès 1751 il écrivait qu*il était atteint .d*une maladie mortelle et .très douloureuse*.

Les indispositions de ce genre, la médecine le reconnaît, ont toujours une influence considérable sur le moral; elles poussent à T hypocondrie, à la tristesse, à. la misanthropie, souvent à la monomanie, quelquefois même au suicide. Avant de voir Tétat mental de Rousseau s'aggraver, il n'est que juste d'indiquer cette cause physique qui pour nous contribua puissamment à déséquilibrer les facultés du citoyen de Genève; elle lui enleva une partie de son libre arbitre, et le rendit par conséquent dans une certaine mesure irresponsable de ses actes.

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