‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 187 sur 334 · HousHeau se^ amis et ses ennemis · texte numérisé non relu

HousHeau se^ amis et ses ennemis

2. Â propos de cet ouvrage, Rousseau écrit dans sa Déclaration relative à Vernes : <r Voilà comment la yanilé, la vengeance, enflammèrent la sainte ardeur de M. Vernes, prédicateur, parce que c'est son métier de l'être, mais qui jusque-là n'avait point été dévoré du zèle de l'orthodoxie ; voilà le sentiment secret qui lui dicta les Lettres sur mon Ihristianisme. Son orgueil irrité lui mit à la main les armes de son métier. Sans songer à la charité, qui défend d'accabler celui qui souffre; ft la justice, qui, quand même j'aurais été coupable, devait me trouver trop puni ; à la bienséance, qui veut qu'on respecte Tamilié. même après qu'elle est éteinte; voilà le biendisant, le galant, le plaisant M. Vernes,

Le pasteur Vernes fut félicilé par le Conseil d'avoir écrit contre l'auteur de ï Emile. Dans la séance du 2 août 1763, on trouve cette mention :

n Le Conseil fait témoigner à Spectable Jacob Vernes sa satisfaction, et le fait remercier de Touvragc qu*il a publié sous le titre de Christianisme du sieur J,'J, Rousseau. »

Le gouvernement, en effet, ne pouvait qu'être très heureux de l'appui que les théologiens lui apportaient, car la situation ne s'améliorait pas depuis que Jean- Jacques avait porté le trouble dans sa patrie.

Les Représentations y la demande de convocation d'un Conseil général, avaient surexcité tous les esprits ; on parlait politique, on discutait la constitution de l'État, on la critiquait ; le gouvernement, assez inquiet de la tournure que prenaient les événements, crut nécessaire de défendre sa conduite et de démontrer qu'en condamnant les ouvra ges de Rousseau il avait agi conformément aux lois. C'est le procureur général Tronchin, celui-là môme qui avait requis contre VÉmilej qui fut chargé de ce soin ; il s'en acquitta dans une brochure anonyme intitulée Lettres de la campagne^.

transformé tout à coup en apôtre, et lançant ses foudres thôologiques sur son ancien ami malheureux. Est-il étonnant que la haine et l'eiiTie emploient si volontiers cet expédient? Il est si commode et si doux d'édiûer tout le monde, en écrasant pieusement son homme I Ce grand mot, notre iainte religion^ dans un livre, est presque toujours une sentence de mort contre quelqu'un ; c'est le manteau sacré dont se couvrent des passions viles et basses qui n'osent se montrer nues. Toutes les fois que vous verrez un homme en attaquer un autre avec animosité sur la religion, dites hardiment : < L'agresseur est un fripon > ; vous ne vous tromperez de la vie. > i. c Le procureur général Tronchin, écrit Mlle de Bondeli, est le

Bien loin de faire des concessions, l'avocat des Conseils avouait hautement le décret qui avait frappé Jean-Jacques et en soutenait la légalité. VÉmile était déclaré antichrétien, le Contrat social destructif de tout gouvernement. M. Tronchin faisait ensuite l'apologie du gouvernement de Genève; il démontrait que si les citoyens jouissaient de la liberté de faire des représentations, les Conseils pouvaient n'en tenir compte qu'autant qu'ils le jugeaient bon aux intérêts de la République, et que ce droit n'avait rien d'inquiétant dans un pays où le prudent équilibre des pouvoirs ne permettait pas d'en abuser*.

Les Lettres de la campagne étaient Tœuvre d'un esprit éminent, et Rousseau lui-même dut reconnaître le mérite de son adversaire :

(( Cet ouvrage, dit-il, écrit en faveur du Conseil avec un art infini, et par lequel le parti représentant, réduit au silence, fut pour un temps écrasé, celte pièce, monument durable des rares talents de son auteur, élait du conseiller Tronchin, homme d'esprit, homme éclairé, très versé dans les lois et le gouvernement de la RépubUque'. ))

citoyen de Genève qui t le plus d'esprit et le plus grand nez, partisan de Voltaire, parent de Tronchin Esculape, tous comprenez... comme citoyen il pouvait penser et dire ce qu'il voulait, comme procureur général il devait tout au moins se taire, parce que le procureur général est à Genève, de droit et de fonction, l'homme et l'avocat du peuple; d'après ce seul fait vous sentez ce que Rousseau doit en penser.... (11 février 1764.) 1. Il passait en revue tous les anciens gouvernements démocratiques^ examinait les gouvernements modernes et prouvait la nécessité dans une république du pouvoir négatif.

Confessions, Partie U, liv. lU.

VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAT 539

La publication de cet écrit atterra les représentants. Ils jetèrent immédiatement les yeux sur Rousseau comme sur le seul qui pût répondre avec quelque chance de succès. Mais le philosophe opposa à ses amis une fin de non-recevoir absolue, et les bourgeois découragés se résignèrent à écrire eux-mêmes une réfutation.

Jean-Jacques n'avait répondu par un refus que pour mieux déguiser ses secrètes intentions. Blessé au cœur par l'œuvre de Tronchin, il composa dans le plus grand mystère une réponse ayant pour liive Lettres de la montagne.

(( Je fis et j'exécutai cette entreprise, dit-il, si secrètement que dans un rendez-vous que j'eus à Thonon avec les chefs des représentants, pour parler de leurs affaires, et où ils me montrèrent l'esquisse de leur réponse*, je ne leur dis pas un mot de la mienne qui était déjà faite, craignant qu'il ne survint quelque obstacle à Timpression, s'il en parvenait le moindre vent, soit aux magistrats, soit à mes ennemis particuliers*. »

Rousseau chercha d'abord à faire imprimer son ouvrage à Avignon, mais aucun libraire n'osa s'en charger. R se décida alors à le confier à Rey, tout en le prévenant que cet écrit contenait l'apologie de la bour-

1. Rousseau, en efTet, eut une eDlrevuc à Tliouon ayec les chefs des l'eprésentants. U alla coucher à Goumoins, le leudemain à Morges, et au moyen d'un bateau gagna Thonon où ses amis rattendaient. Us se sépa*rèrent fort contents les uns des autres.

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