‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 189 sur 334 · Confessions. Partie H, liv. XH · texte numérisé non relu

Confessions. Partie H, liv. XH

appelle « son meilleur ouvrage », ne peut s'empêcher d'écrire :

a Les Lettres de rhomme de la montagne sont bien de Rousseau. Genève est en combustion ; il attaque tout, surtout les ecclésiastiques et les orthodoxes de toutes les religions et de toutes les sectes. Mme Sandoz croit que, las de la vie et n*osant se tuer parce qu*il a combattu victorieusement le suicide, il veut s*y prendre d*une autre manière en courant au martyrologe. Grand bien lui fasse. Moi je n'aimerais pas à être martyre. Puis un fiel terrible, et cela me fâche plus que ses hérésies. Comment le défendre contre ses ennemis? Votre grand Haller ne se ménage point sur l'article de Rousseau, il fait clairement voir à quoi tient son guignon et le traitant même comme un chétif écrivain ^ »

On fit courir dans Genève une lettre de l'abbé Mably* à Mme Saladin :

a Voilà toutes mes idées bouleversées sur le compte de Rousseau, écrivait l'abbé. Je le croyais honnête homme, je croyais que sa morale était sérieuse, qu'elle était dans son cœur, et non pas au bout de sa plume. S*il s'était borné à prétendre que son déisme est un bon christianisme, et qu'on a eu tort de brûler son livre et de décréter sa personile, on pourrait rire de ses paralogismcs et de ses paradoxes, et on aurait dit qu'il est fâcheux que l'homme le plus éloquent de son siècle n'ait pas le sens commun. Mais cet honmie finit par être une espèce de conjuré. Est-ce Éros-

Page 1