‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 191 sur 334 · décembre 1764. Rousseau ^ ses amis et ses ennemis · texte numérisé non relu

décembre 1764. Rousseau ^ ses amis et ses ennemis

illustre, vous êtes persécuté, mais n'avez-vous pas dû vous y altcndre? tout novateur, Socrale même ne Ta-t-il pas été? vous avez plus de droit de Têtre, Monsieur!... Genève même vous rejette, Genève un jour s'honorera de vous et nos descendants la verront pleurant sur votre mausolée et détournant les yeux d'un bûcher, ofTrir à Tinstruction de l'univers cette inscription gravée à ses pieds : Luget et motiet. Cette prophétie est aussi sûre que votre gloire, que ne puis-je rapprocher les temps/ ! »

Cependant, malgré son délire admiratif, Moultou luimômc ose exprimer un doute : « Dieu seul sait, dit-il à son ami, si vous effacerez un jour ce livre avec vos larmes ou si votre patrie vous devra des aulels. » Terrible question que le pasteur n'ose résoudre.

Rousseau sentait très bien les dangers de son ouvrage, aussi prétendait-il ne l'avoir écrit que sous le coup d'une impérieuse nécessité, contraint et forcé, uniquement à la sollicitation pressante de ses concitoyens qu'il ne pouvait abandonner après les avoir mis dans l'embarras. Toutes ces raisons n étaient qu'une mauvaise défaite; les représentants comptaient si peu sur sa réponse qu'eux-mêmes en avaient préparé une. Mais le philo* sophe, depuis 1762, avait conservé contre le Conseil et le clergé de Genève une animosité que rien n'avait apaisée ; il s'était promis à plusieurs reprises de leur faire chèrement expier leur conduite ù son égard, il avait simplement tenu parole.

i . 25 novembre 1704.

A ceux qui comme Gauffecourt lui reprochaienl de s'ûtrc trop mis en cause et d'avoir écrit un plaidoyer par trop personnel, il répondait :

(( Je voudrais encore plus que vous que le mot parût moins dans les Lettres écrites de la montagyie; mais sans le moi, ces lettres n*auraient point existé. Quand on fit expirer le malheureux: Calas sur la roue, il lui était difficile d*oublicr qu il était là^ »

Tous les hommes sensés déploraient les dangereux préceptes de ses Lettres et en redoutaient les conséquences. Rousseau au contraire se montrait plein de sécurité.

« Au reste, ècrivait-il à Pictet, ne craignez rien de TefTet de mon livre; il ne fera du mal qu'à moi. Je connais mieux que vous la bourgeoisie de Genève; elle n'ira pas plus loin qu'il ne faut, je vous en réponds ^ »

Voltaire partageait la même illusion lorsqu'il disait ; Les Lettres de la montagne ne causeront point de guerre civile, les citoyens sont trop riches pour se battre'.

Ces prévisions devaient recevoir des événements le plus éclatant démenti.

L'optimisme de Jean-Jacques était plus apparent que réel, et au fond de son cœur il ne se dissimulait pas ce qui allait advenir. En efTet, il avait eu l'idée au

i. 12 janvier 1765.

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