‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 249 sur 334 · février · texte numérisé non relu

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% Moultou à Rousseau, 13 août 1703.

456 VOLTAIRE ET J.-J. KO:USSEAlI

pu démêler dans les Irails insignifiants de sa figure la plus petite trace des facultés de son esprit. 11 avait un visage gros et plat, avec une grande bouche, sans aucune expression, autre que celle de rimbécillitc. Ses yeux ternes et inanimés et son excessive corpulence donnaient plutôt Tidée d'un glouton d'alderman que d'un philosophe subtil.../ »

Ajoutons qu'il parlait peu, que sa parole était lourde et embarrassée, qu'il n'avait ni chaleur, ni grike, ni agrément dans l'esprit, et l'on supposera qu'il fut peu goûté dans les sociétés parisiennes, où personne ne paraissait moins fait pour plaire : tout au contraire, il y obtint le plus étourdissant succès. « Tous les encyclopédistes et les femmes tenant à leur secte, dit Voisenon, lui ont marqué le môme empressement qu'on marqua il y a plusieurs années au rhinocéros qui vint à la foire. »

Ce ne fut pas seulement la secte encyclopédique qui lui fit accueil ; bien qu'il soutint les mêmes idées que les philosophes français, tous les salons de l'aristocratie se le disputèrent, il devint la mode en personne^.

C'était du reste un homme excellent et Ton a toujours rendu justice à la bonté de son cœur. « De tous les philosophes de sa secte, dit Lord Charlemont, aucun, je crois, n'a réuni à ses dangereux principes plus de bienveillance réelle. Sa philanthropie était universelle et

1. Mémoire of the political and privnle life James Earl of Charlemont, by Francis Hardy. Loiidon, 1810.

2. Horace Walpole. n H. Hume est la mode personnifiice, disait encore Walpole, quoique son français soit presque aussi inintelligible que son anglais. » (20 septembre 1705.)

ardente, et il n'y avait aucun service qu'il ne fût prêt à rendre à ses semblables, exceplô de les laisser faire leur salut à leur manière. Il avait une ûme sensible, aimante et charitable à l'excès*. »

Pendant son séjour à Strasbourg, Rousseau avait écrit une lettre lamentable sur sa situation et ses infortunes. Hume en eut connaissance et il fut saisi tout à la fois de pitié et d'indignation en pensant « qu'un homme de lettres d'un mérite si éminent était réduit, en dépit de la simplicité de sa manière de vivre, à une telle indigence*. » Il lui écrivit aussitôt pour renouveler ses oflres, se faisant fort de lui procurer en Angleterre un asile honorable. Depuis 1763, les sentiments de Rousseau pour llume ne s'étaient nullement modifiés, il n'est donc pas étonnant qu'il se soit décidé à accepter les propositions du philosophe anglais.

(( Vos bontés. Monsieur, lui répondit-il, me pénètrent autant qu'elles m*honorent. La plus digne réponse que je puisse faire à vos offres est de les accepter, et je les accepte. Je partirai dans cinq ou six jours pour aller me jeter entre vos bras : c'est le conseil de Milord Maréchal, mon protecteur, mon ami, mon père; c'est celui de Mme de Boufflcrs, dont la bienveillance éclairée me guide autant qu'elle me console; eA\Cm j'ose dire c'est celui de mon cœur, qui se plait à devoir beaucoup au plus illustre de mes contemporains, dont la bonté surpasse la gloire^. >>

1. Memoirs of Ihe polilical and priva te life of James Eari ofCharlemont, by Francis Hardy. London, 1810.

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