Walpole & Chute, 7 janvier
VOLTAIRE ET J.-J. HOUSSEAU 465
(( En rentrant chez moi, raconte WalpoleJ'en fis une lettre et je la montrai le lendemain à llelvëtius et au duc de Nivernais; ils s'en divertirent de si bon cœur qu'après avoir relevé quelques fautes de langage, qui ne pouvaient manquer de s*y trouver, ils m'encouragèrent à la laisser voir. Vous savez que je suis fort disposé à me moquer des charlatans politiques ou littéraires, quelque talent qu'ils puissent avoir, et j'y consentis. On s'en est arraché les copies et tne voici à la mode. Mon règne fmira avec la semaine et j'en attends la fin fort tranquillement*. »
La plaisanterie de Walpole était sous la forme d'une lettre de Frédéric.
a Mon cher Jean-Jacques, écrivait le monarque, vous avez renoncé à Genève, votre patrie; vous vous êtes fait cliasser de la Suisse, pays tant vanté par vos écrits; la France vous a décrété; venez chez moi : j'admire vos talents, je m'amuse de vos rêveries, qui (soit dit en passant) vous occupent trop et trop longtemps. Il faut à la fin être sage et heureux; vous avez assez fait parler de vous par vos singularités peu convenables à un véritable grand homme, démontrez à vos ennemis que vous pouvez avoir quelquefois le sens commun : cela les fâchera sans vous faire tort. Je vous veux du bien et je vous en ferai si vous le trouvez bon; mais si vous vous obstinez à rejeter mon secours, attendez-vous que je ne le dirai à personne. Si vous persistez à vous creuser l'esprit pour trouver de nouveaux malheurs, choisissez-les tels que vous voudrez; je suis roi, je puis vous en procurer au gré de vos souhaits, et ce qui sûrement ne vous arrivera pas vis-à-vis de vos ennemis,
1. WalpoIc à Conway, Paris, l'i janvier 1760. Traduction da comte de Bâillon.
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je cesserai de vous persécuter, quand vous cesserez de ineltre- votre gloire à l'être ».
« Votre bon ami,
FrKDKRIC. ))
La prétendue lettre du roi se répandit comme une traînée de poudre, et lit un bruit énorme « dans une ville où Ton se jette en gloussant sur tout événement, comme un poulailler sur un grain de raisin*. » Les dévotes de Rousseau crièrent « comme si on leur-arrachait Tàmc. » Mme de Boufflers « qui espérait toujours s'envoler au temple de la Renommée, en s'accrochant à la robe arménienne de Rousseau' », déchira Walpole de tout son cœur « sur le ton du sentiment et avec les accents de l'humanité souffrante*. » Le prince de Conti témoigna beaucoup d'irritation : « On n'en a pas moins couru après moi comme après un princo africain ou un serin savant », ajoute Walpole enchanté de son succès.
A part les intimes qui étaient dans le secret, ou ignora en général lauteur de la leltre; beaucoup de personnes la prirent au sérieux et la crurent réellement de Frédéric. D'autres, au contraire, s'imaginèrent que c'était une nouvelle et mordante satire de Fernev.
Rousseau ne connut qu'après son arrivée en Angleterre la plaisanterie dont il était victime, il en fut profondément affecté. On le raillait sur sa manie de la