Mars
ches et fit intervenir les hautes relations qu'il possédait à la cour; nous verrons bientôt quel fut le résultat de cette négociation.
Après avoir éprouvé une très vive curiosité pour le philosophe genevois, après lui avoir témoigné de grands égards, après avoir longuement parlé de lui dans toules les gazettes avec les éloges les plus pompeux, la nation anglaise se calma peu à peu et s'occupa de- sujets plus nouveaux. « On dit que Jean-Jacques ne fait pas un grand etfet en Angleterre, mande Mme du Deffand. On y est un peu plus occupé de l'affaire des colonies que de lui, de ses ouvrages, de sa servante et de son habit d'Arménien'. »
Walpole écrit de son côté :
(( On me dit que Rousseau ne réussit guère en Angleterre, où les singularités ne sont un objet de curiosité pour personne. Il faut pourtant qu*il reste là ou qu*il dépouille ses prétentions : quitter un pays où il peut vivre à son aise et sans persécution, ce serait avouer que la tranquillité n'est pas ce qu'il cherche. S'il veut encore des persécutions, qui le plaindra? je crois que les bigots eux-mêmes le planteraient là tout seul, sans plus s'en inquiéter*. »
il y avait donc une décroissance sensible dans la curiosité du public et dans son enthousiasme.
Le revirement qui se produisait dans le peuple anglais n'avait rien de très étonnant. Après un premiermouvement exagéré d'enthousiasme et de curiosité, on était
i. Mme (lu Deffand à Voltaire, 28 février 1700. 2. Walpolo à W. Cote. Paris, 28 février 1 70«.
revenu à une appréciation plus exacte. L'excès même de la louange provoqua la critique ; on se rappela que l'illustre exilé avait dit beaucoup de mal dans ses ouvrages de ce peuple anglais auquel il demandait aujourd'hui l'hospitalité, et quelques articles moins élogieux parurent dans les journaux.
Aussitôt Rousseau commence à se fatiguer d'être à Londres, il «spire au repos cl i\ l'isolement. Hume lui trouve une résidence agréable à Chiswick, près de la capitale; le philosophe y attendra paisiblement, à l'abri des importuns, que Thérèse l'ait rejoint.
L'arrivée prochaine de cette femme mettait un assez grand obstacle à l'établissement définitif de Jean-Jacques ; il exigeait en effet que celle qui en Suisse faisait la cuisine et servait les repas, mangeât désormais avec lui à la table de ses hôtes. Cette condition paraissait inacceptable, et les enthousiastes mômes se refusaient à admettre dans leur intimité, à leur propre table, cette Thérèse dont le rôle était si peu équivoque. C'est qu'en Angleterre, on ne paraissait nullement disposé à suspendre tordes les lois sociales en faveur de Rousseau \ Thérèse, toute maîtresse d'un grand homme qu'elle était, n'en restait pas moins sa maîtresse, et elle ne devait nullement. compter de la part du peuple anglais sur une réception chaleureuse. Si les grandes dames de Paris, comme Mme de Luxembourg, poussaient l'engouement jusqu'à l'embrasser en public, toute la société de