août 175C
j'adore la bonté divine. » Quelle leçon! C'est Jean- Jacques l'infortuné qui soutient que tout est tien et rappelle à la pudeur Voltaire, comblé par le sort, qui soutient que tout est mal.
Quelle chute pour Voltaire! quel piédestal pour Rousseau!
Certes, le terrain était bien choisi ; et les rieurs ^e devaient pas être du . côté du poète. Mais Rousseau n'avait pas seulement pour but de rabaisser le châtelain des Délices, il comptait bien qu'une attaque aussi vive ne passerait pas inaperçue, qu'il en résulterait une controverse publique qui mettrait le comble à sa propre réputation.
Voltaire, nous l'avons dit, n'aimait pas la contradiction, il aimait encore moins qu'on pût rire à ses dépens; il sentit toute la perfidie de l'attaque, et la lettre du Genevois, d'une argumentation très serrée, dut lui paraître parfaitement insupportable. Cependant il l'accueillit avec mansuétude, mais il se donna le malin plaisir de tromper les espérances de l'auteur en lui envoyant, au lieu de la réfutation espérée, une lettre de remerciements des plus aimables et qui coupait court à toute discussion. Il dédaignait même de relever la supposition absolument erronée qui servait <lc prétexte à la prose de Jean-Jacques.
« Vous me pardonnerez, lui disait-il, de laisser là ces discussions philosophiques qui ne sont que des amusements. Votre lettre est très belle, mais j*ai chez moi une de mes
nièces, qui, depuis trois semaines, est dans un assez grand danger, je suis garde-malade et très malade moi-même. J'attendrai que je me porte mieux et que ma nièce soit guérie pour penser avec vous.
« H. Tronchin m*a dit que vous viendriez enfin dans votre patrie. M. d*Alembert vous dira quelle vie philosophique on mène dans ma petite retraite. Elle mériterait le nom qu'elle porte si elle pouvait vous posséder quelquefois. Comptez que de tous ceux qui vous ont lii personne ne vous estime mieux que moi malgré mes mauvaises |)Iaisanteries, et que de tous ceux qui vous verront personne n*est plus disposé â vous aimer tendrement ^ »
On sait avec quelle facilité Voltaire jouait des maladies quand il y trouvait un intérôt quelconque. Celte fois cl par extraordinaire il disait vrai; sa nièce, Mme de Fontaine, venait de tomber sérieusement nialade, et l'inquiétude que son état inspirait pouvait honnêtement servir de raison pour esquiver une réponse embarrassante. Rousseau éprouva une assez vive déception, mais il eut Fcsprit de la dissimuler,
< (( J*ai été charmé, écrit-il à Tronchin, de la réponse de M. de Voltaire; un homme qui a pu prendre ma lettre comme il a fait mérite le titre de philosophe, et Ton ne peut plus être porté que je le suis à joindre à Tadmiration que j'eus toujours pour ses écrits Teslime et Tamitié pour sa personne*. »
Non seulement Voltaire ne réfuta pas la Lettre sur