‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 295 sur 334 · Rousseau avait accepté une pension de )lylord Maréchal · texte numérisé non relu

Rousseau avait accepté une pension de )lylord Maréchal

que les remontrances de ses amis n*ont pu guérir son cœur.

a II a mis le troublé dans sa «patrie avant d*en sortir, comme un incendiaire qui s*enfuit après avoir allumé la mèche. Celui-là, certes, a eu raison qui a dit que Jean-Jacqujes descendait en droite ligne du barbet de Diogène accouplé avec une des couleuvres de la Discorde.

« On n'aurait pas reproche à d'autres sans doute ces opprobres ou connus ou secrets, dont on est forcé de montrer ici la turpitude. 11 y a des faiblesses et des humiliations qu*on doit laisser dans les ténèbres, quand les affligés restent, dans une obscurité modeste, quand ils ne lèvent point une tète audacieuse, quand ils ne distillent point le fiel et l'outrage. Mais c'est ici un procès personnel qui exclut tous les égards; et puisqu'il est permis à un Diogène subalterne et manqué d'appeler jongleur le premier médecin de monseigneur le duc d'Orléans, un médecin qui a été son ami, qui Ta visité, traité, qui a été au rang de ses bienfaiteurs, il est permis à un ami de M. Tronchin de faire voir ce que c'est que le personnage qui ose l'insulter. On peut, sur le fumier où il est couché et où il grince les dents contre le genre humain, lui jeter du pain s'il en a besoin ; mais il a fallu le faire connaître, et mettre ceux qui peuvent le nourrir à l'abri de ses morsures.

f Finissons par faire sentir qu'un charlatan qui a lassé la pitié de ses bienfaiteurs et l'indignation publique n'a pu déshonorer que lui-même, et non pas la littérature. »

Cette passion dans la lutte, cette exagération de polémique furent sévèrement jugées : « Ces notes, dit Grimm, forment un dégoûtant libelle où Ton reproche à M. Rousseau de vilaines choses qui, vraies ou fausses, ne doivent jamais souiller la plume d'un honnête homme. L'auteur

,V2fi VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU

des Notes se fait le défenseur de MM. Tronchin et Ilcivétius el de beaucoup d'autres honnùles gens qui ne Vcn avaient pas chargé'. »

Quel était donc Tauleur de ces Notesl il n'y a pas à en douter. Elles parlaient de Fcrney, mais le philosophe s'empressa de les désavouer el il désigna le coupable comme un homme très au courant et intime ami du docteur Tronchin*.

Il faut reconnaître que malgré des griefs véritables et une irritation légitime, Voltaire abusait de la situation. Emporté par la passion, il traitait maintenant Rousseau comme il traitait tous ses autres ennemis, c'est-à-dire qu'il le piétinait. Et quand on lui conseillait de ménager un homme malheureux et que tout le monde blâmait, il répondait :

(( Je vous ai dit sans doute, et si je ne vous Tai pas dit, je le redis; et, si je l'ai redit, je le redis encore : il est avéré, prouvé, démontré, que ce malheureux Jean-Jacques ne m*avait écrit, pour prix de mes bontés, une lettre très insolente sur les spectacles que pour engager avec moi une querelle, pour soulever contre moi les prêtres el les autres gueux de Genève, el pour me faire sortir des Délices. 11 n'y a jamais eu de pareil monstre dans la littérature, pas même Fréron; voilà ce qu'il faut qu'on sache. Je me reprocherais de m'étre

i. Fr(3roii dit également : u l'ne passion aveugle et une haine féroce ont dicté ce libelle contre J-J. Rousseau, dont le mérite et la célébrité sont les sources uniques de ces déclamations et de ces injures qui finiront l)ar ennuyer le public, sans lui faire prendre le change. » (Année lUtérairen 17G6.)

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