‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 310 sur 334 · Premier dialogue · texte numérisé non relu

Premier dialogue

probre, on affecte pour lui des attentions moqueuses et dérisoires, des respects comme ceux qu'on prodiguait à Sancho dans son île et qui le rendent encore plus ridicule aux yeux de la populace*. »

Bien entendu toutes ses lettres sont ouvertes et Ton retient celles qui pourraient Tinstruire :

« On a trouvé Tart de lui faire de Paris une solitude plus affreuse que les cavernes et les bois, où il ne trouve au milieu des hommes ni communication, ni consolation, ni conseil, ni lumières, ni rien de ce qui pourrait lui aider à se conduire, un labyrinthe immense où on ne lui laisse apercevoir dans les ténèbres que de fausses routes qui Tégarent de plus en plus. S'il entre eu quelque lieu public, il y est regardé et traité comme un pestiféré : tout le monde Tentoure et le fixe, mais en s'écartant de lui et sans lui parler, seulement pour lui servir de barrière; et s'il ose parler luimôme et qu'on daigne lui répondre, c'est toujours par un mensonge ou en éludant ses questions d'un ton si rude et si méprisant, qu'il perd envie d'en faire. Au parterre, on a grand soin de le recommander à ceux qui l'entourent, et de placer toujours à ses côtés un garde ou un sergent qui parle ainsi fort clairement de lui sans rien dire.

(( On Ta montré, signalé, reconnnandé partout aux facteurs, aux commis, aux gardes, aux mouches, aux savoyards, dans tous les spectacles, dans tous les cafés, aux barbiers, aux marchands, aux colpolteurs, aux libraires. S'il cherchait un livre, un almanach, un roman, il n*y en aurait plus dans tout Paris : le seul désir manifesté de trouver une chose telle qu'elle soit, est pour lui l'infaillible moyen de la faire disparaître*.

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