Premier dialogue
et ils se sont servis de leur pouvoir pour étreîndre Rousseau dans des liens dont il ne peut se dégager. Tous les événements qui lui arrivent, et qui paraissent accidentels et fortuits, sont concertés d'avance; tout ce qui doit lui arriver dans la suite a déjà sa place marquée dans le tableau*. Les ligueurs, très habiles, ne Tattaquent jamais qu a mots couverts, sans jamais le nommer, ni lui ni ses livres.
Mais n'est-il pas invraisemblable que le monde entier ait concouru à ce ténébreux dessein? L'explication est fort simple : l'art des conjurés a été de ne pas dévoiler la trame à tous les yeux et de n'initier chacun dans le complot qu'autant que l'exigeait la partie de l'exécution qui lui était confiée. Il n'y a peutêtre pas dix personnes qui connaissent le fond de la trame*.
Quelle est la cause de cet acharnement? Rousseau lui-même ne peut supposer que cet accord si unanime n'ait aucun fondement raisonnable et que toute une génération s'accorde pour violer toutes les lois de la justice, toutes les règles du bon sens, sans objet, sans profit, sans prétexte, uniquement pour satisfaire une fantaisie. Et cependant, après avoir soigneusement cherché les raisons de ce parti suivi par tout le monde, il n'a rien trouvé, il n'a pu parvenir à s'expliquer ce qui lui arrive et rien n'a pu l'éclairer sur ces étranges dispositions^.