‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 34 sur 334 · Streckeisen-Moultou · texte numérisé non relu

Streckeisen-Moultou

VOUS élevant aussi librement et aussi fortement que vous Tavez fait contre la fureur des spectales, et en montrant tout le ridicule et le danger du projet qu*ont formé certaines personnes d'établir un théâtre dans notre villes

Et Rousseau, plein de vénération et d'admiration pour le clergé de sa patrie, répondait :

<( Quand j*ose élever ma faible voix sur les dangers du théâtre, je ne fais que répéter les maximes de nos pasteurs, dont nous devrions mieux profiter.... Tout ce que j'ai dit de bon, je le tiens de mon pays; je serais bien ingrat de ne pas le lui rendre, quand le besoin parait l'exiger.... 0 Monsieur I si jamais je puis revoir ma patrie, qu'il me sera doux d'apprendre à devenir meilleur et plus sage en conversant quelquefois avec vous!...* »

Tous les Genevois ne poussaient pas l'admiration aussi loin que les pasteurs Moultou et Sarazin. Beaucoup trouvaient plaisant de voir d'Alembert et Rousseau, qui n'avaient jamais habité Genève, débattre entre eux ce qui convenait le mieux à ses habitants.

« De quoi se mêle M. Rousseau, disait-on? dés l'âge le plus tendre il est sorti de sa patrie ; il a reçu une éducation absolument étrangère, il a passé quarante ans de sa vie sans connaiti*e Genève, il n'y a jamais vécu.... Il ne connaît ni nos lois, ni nos usages, ni notre génie... ni l'esprit de notre gouvernement, ni celui de nos magistrats, ni celui de notre

1. Sarazin aîné à Rousseau, septembre 1758. Gaberel, Rousieau et U$ Genevois,

Page 1