‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 37 sur 334 · Le passage s'appliquait à Diderot · texte numérisé non relu

Le passage s'appliquait à Diderot

contre les Délices*. Quand Marmontel vint voir Voltaire quelque temps après', il lui demandait si Genève avait pris le change sur les véritables motifs qui avaient poussé Jean-Jacques à écrire la Lettre sur les spectacles :

(( Rousseau, répondit le patriarche, est connu à Genève mieux qu'à Paris. On n*y est dupe ni de son faux zèle, ni de sa fausse éloquence. C'est à moi qu'il en veut et cela saute aux yeux. Possédé d'un orgueil outré, il voudrait que, dans sa patrie, on ne parlât que de lui seul. Mon existence l'y offusque ; il m'envie l'air que j'y respire, et surtout il ne peut souffrir qu'en amusant quelquefois Genève je lui dérobe à lui les moments où l'on pense à moi'*. »

Tout le monde s'attendait à voir le premier auteur dramatique du siècle prendre la défense du théâtre si vivement attaqué. Ceux qui connaissaient la situation à Genève et les secrets desseins du poète prévoyaient une réponse virulente. Et cependant Voltaire garde le silence. Ce n'est pas qu'il ne ressente le coup qui lui est porté, ce n'est pas qu'il n'y soit sensible, mais il feint de l'ignorer, et il reste indifférent à une querelle qui en apparence ne le regarde pas; encore une fois il fait preuve d'une patience et d'une douceur inaccoutumées. Le fait est digne de remarque. C'est la seconde fois que Rousseau cherche le fer, pour la seconde fois Voltaire se dérobe. Rousseau évidemment s'attendait à une réponse, sa déception fut grande de n'en point recevoir :

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