‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 65 sur 334 · juin · texte numérisé non relu

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C'était jouer là un jeu bien dangereux; lui-môme s'en rendait compte et il confiait à Mme de Créquy qu'il ne gardait guère d'illusion à cet égard.

(( Vous n'ignorez pas, Madame, que je n'ai jamais fait grand cas de la philosophie, et que je me suis entièrement détaché du parti des philosophes. Je n*aime point qu'on prêche l'impiété : voilà déjà de ce côté-là un crime qu'on ne me pardonnera pas. D*un autre côté, je blâme Tintolèrancc, et je veux qu'on laisse en paix les incrédules; or le parti dévot n*est pas plus endurant que l'autre. Jugez en quelles mains me voilà tombé'. »

Rousseau n'était pas le seul à être fatigué des phi losophes, de leurs prédications forcenées et de leur intolérance égale à celle des dévots^. « Sottise pour sottise, s'écriait Horace Walpolc dans un moment d'humeur, j'aime mieux les jésuites! » Jean-Jacquos exprimait la môme idée quand il écrivait : « Pour moi, j'aimerais encore mieux être dévot que philosophe ^ »

i. 5 janvier 1701.

2. Voltaire soutenait le contraire et il écrivait & d'AIembert le 13 février 17G4 : a Je sais bien qu'on dit que les philosophes demandent la tolérance pour eux; mais il est bien sot et bien fou de dire que c quand # ils y seront parvenus ils ne toléreront plus d'autre religion que la leur ». comme si les philosophes pouvaient jamais persécuter ou être à portée de persécuter! Ils ne détruiront certainement pas la religion chrétienne, mais le christianisme ne les détruira pas, leur nombre augmentera toujours; les jeunes gens destinés aux grcindes places s'éclaireront avec eux. la religion doiendra moins barbare et la société plus douce. Ils empêcheront les prêtres de corrompre la raison et les mœurs. Ils rendront les fanatiques abominables, et les superstitieux ridicules. Mon cher Paul de la philosophie, votre conversation seule peut faire plus de bien dans Paris que le jansénisme et le molinisme n'y ont jamais fait de mal. >

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