‹ Querelles de philosophes: Voltaire et J.-J. RousseauChapitre 7 sur 334 · décembre · texte numérisé non relu

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chelieu, et la souplesse courtisane qu*on lui connaît Vobligcait â beaucoup d*égards pour un nouveau venu, jusqu'à ce qu'il connût mieux la mesure de son crédit*. »

Rousseau s'illusionne. 11 n'était pas besoin de souplesse courtisane pour répondre poliment à une lettre presque obséquieuse, et Voltaire, dont Tinlimité avec le maréclial de Richelieu datait de plus de vingt-cinq ans, ne devait pas se sentir bien menacé par le petit Rousseau, comme on l'appelait alors, vu l'exiguïté de sa taille.

Et ce qui prouve à quel point le nouveau venu devait peu lui porter ombrage, c'est que la pièce fut répétée, que Mme de la Popeliniùre reprocha à l'auteur d'avoir composé une musique d'enterrement* et que Richelieu abandonna son protégé sans plus se soucier de lui que s'il n'avait jamais existé. Le maréchal agit même en très grand seigneur et négligea de payer le malheureux Jean- Jacques, qui, « la mort dans le cœur, épuisé de fatigue cl dévoré de chagrin », en resta six semaines malade.

11 avait fondé en effet de grandes espérances sur ses compositions musicales; désespéré de cet insuccès, il se résigna, car il fallait vivre, à entrer en

i. Con^egêions. Partie II. livre Vil.

2. Si Jean-Jacquos avail eu l'esprit de soumettre à Voltaire les modidcations apportées dans les vers de li Priucesue de Nararrr^ il avait eu to tort de timoher â la musique et de n'eu pas prévenir Ram>au; or, Uame>u étiiit intime chez Mme de la Popclinière; il se vengea d'un manque d'égards eu faisant lomt>er la pièce.

VOLTAIRE ET J.-J. ROUSSEAU ii

qualité de secrétaire à neuf cents livres d'appointements chez cette même Mme Dupin» pour laquelle il avait éprouvé une passion aussi éphémère qu'inopportune.

Mme Dupin était fille du célèbre financier Samuel Bernard* et de Mme Fontaine* :

< Sa maison, dit Rousseau, aussi brillante alors qu'au- .cune autre dans Paris, rassemblait des sociétés auxquelles il ne manquait que d*étre un peu moins nombreuses, pour être d'élite dans tous les genres. Elle aimait à voir tous les gens qui jetaient de Téclat : les grands, les gens de lettres, les belles femmes. On ne voyait chez elle que ducs, ambassadeurs« cordons bleus. Mme la princesse de Rohan, Mme la comtesse de Forcalquicr, Mme de Hirepoix, Mme de Brignoli, Milady Hervey, pouvaient passer pour ses amies. M. de Fontenelle, Tabbé de Saint-Pierre, Tabbé Sallier, M. de Fourmont, M. de Bernis, H. de Buffon, M. de Voltaire, étaient de son cercle et de ses dhiers'. »

Rousseau se trouva donc bientôt en relations non seulement avec beaucoup de grands seigneurs, mais aussi avec tout ce qui portait un nom dans la littérature. Son esprit se développa singulièrement dans la fréquentation de ce monde qui jusqu'alors lui était

1. Beroard (Samuel) s*enricbit sous le ministère de Cliamillar«l. Il fit trois foid raillit; aussi en mourant, en 173D, sa fortune s'élevaii-elle, diton, & iilus de ti-entc-trois millons.

2. Llle avait épousé en 1702 Louis-Guillaume de Fontaine, commissaire des galères ; elle devint maluesbe de Samuel Bernard et en eut trois tilles.

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