‹ Question anglo-américaineChapitre 5 sur 13 · MEMORANDUM · texte numérisé non relu

MEMORANDUM

SECRÉTARIAT d'ÉTAT

Washington, 5 juillet 1850.

La déclaration de sir H. L. Bulwer fut reçue par moi le 29 juin 1850. En réponse, je lui adressai

— l(i — ma note du 4 juillet, où je reconnais avoir entendu que la partie anglaise du Honduras n'a pas été comprise dans le traité du 19 avril dernier; mais, en même temps, j'ai évité avec soin de me prononcer affirmativement ou négativement à l'égard du titre de l'Angleterre à rétablissement dont il s'agit et à ses prétendues dépendances. Après avoir signé ma note la nuit dernière, je la remis à sir Henry, et nous procédâmes immédiatement et sans désemparer à l'échange des ratifications dudit traité. L'adhésion du Sénat à la déclaration ne fut pas demandée, et le traité fut ratifié tel qu'il élait quand il fut fait.

John M. Clayton.

-V. H. Les droits d'aucun des États de l'Amérique centrale n'ont été compromis par le traité , ni par aucune partie des négociations.

M R Claytoin a sir H. L. Bulwer.

SECRETAMAT D'ÉTAT.

Washington, k juillet 1850.

Monsieur,

J'ai reçu la déclaration que votre gouvernement, par ses instructions, vous a chargé de me faire, con-

cernanl le Honduras et ses dépendances, et dont une copie est jointe ci-après.

Le libellé du premier article de la convention conclue le 19 avril dernier, entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, décrivant le pays qui ne devait point être occupé, etc., par aucune des parties, a été, comme vous le savez, approuvé deux fois par votre gouvernement; et il ne fut entendu ni par lui ni par aucun de nous (qui étions chargés de la négociation) que ce libellé dût comprendre rétablissement anglais du Honduras (connu sous le nom de British Honduras, pour le distinguer de l'État du Honduras), ni les petites îles qui existent au voisinage de cet établissement et qui en sont notoirement des dépendances. Aucun de nous n'eut l'idée que l'acte que nous dressions s'appliquât à cet établissement et à ces îles. Quant au litre à l'occupation de cet établissement et dépendances, mon intention, pendant tout le cours des négociations, a été et est encore de le laisser, comme le traité le laisse, sans y apporter ni négation ni affirmation, sans m'y immiscer aucunement; de le laisser, en un mot, tel qu'il était précédemment. Le président de la commission des affaires étrangères du Sénat, l'honorable William R. King, m'informe que « le Sénat avait parfaitement entendu que le traité ne comprenait pas le British Honduras. » H a été entendu que cette convention s'appliquait à tous les États de l'Amérique centrale, Guatemala, Honduras,

San Salvador, Nicaragua el Costa-Rica, qu'il embrasse en effet avec leurs limites exactes et leurs dépendances. La difficulté qui s'élève eu ce moment semble provenir de l'emploi que nous avons fait dans notre convention de l'expression « Amérique centrale » que nous avons adoptée, parce que le vicomte Palmerston y a acquiescé et qu'il l'a employée comme le terme propre; et nous avons supposé naturellement que, par cette raison, l'emploi que nous en faisions satisferait votre gouvernement; mais, si maintenant votre gouvernement se propose de retarder l'échange des ratifications jusqu'à ce que nous ayons pu déterminer les limites précises de l'Amérique centrale, il nous faut renvoyer tout acte ultérieur jusqu'à ce que nous ayons, de part et d'autre, des informations ultérieures aussi, que nous n'avons pour le moment aucuns moyens de nous procurer et que certainement nous ne pourrions obtenir avant l'expiration du terme fixé pour l'échange des ratifications. Il n'y a pas lieu d'imaginer que tel soit l'objet que s'est proposé votre gouvernement; car non-seulement cette marche retarderait, mais encore elle annulerait la convention.

Naturellement aucun changement ne peut èlre apporté à la convention, en l'état où elle est actuellement, sans qu'il en soit référé au Sénat; et je ne pense pas que vous ayez autorité pour proposer aucun changement. Maisj à la première occasion, un article con-

ventionnei, établissant clairement quelles sont les limites de l'Amérique centrale, pourra devenir utile.

Il y a une autre question plus importante encore, question que Ws stipulations de la convention nous indiquent déposer, mais que vos instructions ne vous permettent pas, pour le moment, de déterminer; et je désire que vous appeliez sur ce point l'attention de votre gouvernement. « C'est, à partir des deux extrémités du canal projeté, la distance dans laquelle les vaisseaux des États-Unis et ceux de la Grande-Bretagne, faisant fa traversée du canal, devront, en cas de* guerre entre les parties contractantes, être à l'abri de tout blocus, détention ou capture par Tune ou l'autre des parties belligérantes.» La question est d'un grand intérêt, et je serai heureux d'être mis au courant des intentions de votre gouvernement à cet égard, aussitôt qu'il lui conviendra de prendre une résolution sur ce point.

Je vous renouvelle, monsieur, l'assurance de la considération distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre obéissant serviteur.

John M. Clayton.

Au Irès-honorable sir Henry I» Bulwer, etc., elc»

Lord John Russell a M r Crampton.

Londres, 19 janvier 1853.

Monsieur,

En vous entrelenant de l'affaire du Mosquito, je dois, en premier lieu, vous reporter à la dépêche de lord Malmesbury, du 6 juillet 1852, sur ce sujet. 11 est évident que, depuis que la Grande-Bretagne a entrepris pour la première fois la protection et la défense des Indiens du Mosquito, la position de toutes les parties a changé.

1° L'Espagne, au lieu d'exercer une souveraineté absolue sur l'Amérique centrale et d'empêcher tout commerce sur les côtes qui étaient sous son autorité, a totalement perdu son pouvoir sur le continent depuis le cap de Horn jusqu'à la Floride.

2° Les Indiens Mosquilos, au lieu de gouverner leur tribu selon leurs coutumes, fournissent un nom et un titre aux Européens et aux Américains qui viennent commercer a Greytown et le long de la côte des Mosquilos, conformément aux usages des nations civilisées.

3° La G^nde-Bretagne, au lieu d'avoir un intérêt à défendre les Indiens du Mosquito, dans le but de délivrer une partie du territoire de l'Amérique

centrale de la domination espagnole, et .d'obtenir protection pour son commerce, n'a pas d'autre intérêt dans le Mosquito que celui qui découle d'une considération justement acquise par ses anciens rapports avec la nation indienne des Mos* quitos.

Le gouvernement de Sa Majesté s'est efforcé, pendant plusieurs années, de faire cadrer ses engagements avec les divers changements survenus dans la situation. Mais toutes les propositions présentées dans ce but ont rencontré des obstacles insurmontables. Les contestations qui se sont élevées dans l'Amérique centrale entre le Nicaragua, le Costa-Rica et le Honduras; l'absence d'une autorité à l'abri de laquelle doit être formé un accommodement durable; les jalousies sans fondement à l'égard delà Grande-Bretagne, et diverses autres circonstances, ont empêché le règlement de cette question malencontreuse.

Conformément aux opinions exprimées dans la dépêche de lord Malmesbury, du 16 juillet, à laquelle je vous ai reporté plus haut, je dois constater que la commission de gouvernement de Greylown est, par le fait, le pouvoir réel qui exerce autorité dans cette partie de l'Amérique centrale. 11 serait indifférent au gouvernement de Sa Majesté que l'autorité fût exercée au nom du roi du Mosquito ou au nom de Greylown elle-même. Mais il est à désirer que l'on lasse accorder, aussitôt que possible, les apparences avec la réa-

- âï lito. Les apparences sont que le roi du Mosquito exerce la souveraineté sur Greytown; la réalité, c'est qu'il n'y a pas la moindre autorité, mais que la commission formée d'Européens cl d'Américains gouverne ce port,

Ce que le gouvernement de Sa Majesté considérerait comme un arrangement heureux et définitif, ce serait, d'abord, que Greytown fût déclaré port franc et indépendant, uni au Mosquito par tels rapports d'amitié et d'alliance sur lesquels on pourrait s'accorder; — puis, qu'il fût assuré au Mosquito un dédommagement et des avantages équivalents a ceux qui sont accordés par le projet de convention du 13 avril 1852, en retour de ce qu'il aurait renoncé à sa position présente par égard pour Greytown; — enfin, que la Grande-Bretagne et les États-Unis, sans se rendre caution pour GreyloWti, fussent prêts à agir de concert pour défendre son indépendance, comme ville ou port libre, contre toute agression. Ce qui serait essentiel et d'une importance immédiate, ce serait que les autorités de Greytown fussent prêtes à accepter cette indépendance, soit absolue et non tempérée, en s' engageant à défendre le Mosquito, soit tempérée, en promettant au Mosquito allégeance et appui. Dans ce but, une personne ayant qualité pour traiter se rendrait en même temps à Greytown. Que ce fût un officier de la marine au service de Sa Majesté, ou bien un fonctionnaire civil, pourvu que cette

personne fût à la hauteur d'une pareille mission, ce serait à vous de le décider» 11 serait à souhaiter, si le gouvernement des États-Unis devait concourir au développement de ces desseins, qu'une nouvelle convention, destinée à remplacer le projet non accepté d'avril 1852, fût proposée et conclue, et qu'un agent ayant les qualités qui viennent d'être indiquées fût envoyé par ce gouvernement en même temps et pour le même objet.

J'ai seulement à ajouter que l'indemnité revenant au Mosquito pourrait ne pas être fournie en argent, mais avec plus de garantie au moyen d'une étendue de territoire déterminée, sur laquelle le port franc de Greytown, avec l'aide des vaisseaux de guerre de Sa Majesté, pourrait s'organiser pour défendre la nation des Mosquitos. Le gouverneur général du Canada et les autorités qui gouvernent d'autres possessions britanniques dans l'Amérique du Nord ont pris de temps à autre des arrangements analogues. Le Président des États-Unis a souvent fait des traités avec les Indiens dans un but semblable. La particularité du cas qui nous occupe est que certains États voisins s'entendent pour ne pas reconnaître l'indépendance de la nation mosquite; et celle-ci est exposée journellement à de nouvelles incursions sur son territoire. Nous ne pouvons la garantir complètement contre ce danger. Notre politique est de faire tout ce que l'honneur et l'humanité réclament en faveur des Mos-

quilos. Mais nous entendons nous conformer rigoureusement au traité de Washington du 19 avril 1850, et ne pas faire acte de souveraineté, soit directe, soit indirecte, dans l'Amérique centrale.

J. Russell.

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