‹ Question anglo-américaineChapitre 7 sur 13 · DU MÊME AU MÊME · texte numérisé non relu

DU MÊME AU MÊME

SECRÉTARIAT D'ÉTAT

Washington, 12 septembre 1853.

James Buchanan, Esquire.

Monsieur,

Vos deux dépêches, n° 3 du 27 juillet, et n° 4, du 24 août, me sont parvenues; je vous transmets, ci-joint, plein pouvoir du Président pour conclure un traité avec l'Angleterre sur ce qui concerne les questions de rAmérique centrale.. Une copie de la dépêche du principal secrétaire d'État de Sa Majesté aux affaires étrangères, adressée à M. Crampton, contenant les ouvertures, etc., datée du 19 janvier 1853, vous a été envoyée de ce département, le 30 juillet dernier. Je ne trouve pas d'autre document au dossier, dans le secrétariat d'État, contenant des ouvertures, etc., sur les questions de l'Amérique centrale; mais il est probable que, dans les conférences entre mes prédécesseurs et le ministre anglais, au sujet du protectorat de la côte desMosquitos et des affaires de San-Juan (Greytown), des ouvertures peuvent bien avoir été faites ou suggérées par ce ministre.

Les vues générales du Président, par rapport aux affaires de l'Amérique centrale, ont élé exposées dans les premières instructions qui vous ont été remises. Le Président n'a pas cru nécessaire d'être plus explicite quant aux dissidences qui pouvaient s'élever, jusqu'à ce qu'il connût plus pleinement les intentions du gouvernement de Sa Majesté. L'objçt important à obtenir est d'amener le gouvernement anglais à renoncer à toute intervention dans les affaires politiques des États de l'Amérique centrale et des îles adjacentes. Il est tout à fait évident, à en juger par les communications que nous avons reçues du gouvernement de Sa Majesté, particulièrement en ce qui conconcerne les difficultés relatives à San Juan de Nicaragua, qu'il existe une différence d'opinion entre le gouvernement britannique et les États-Unis, par rapport à l'interprétation et aux effets du traité Claylon- Bulwer ; mais, quelle est l'étendue de cette dissidence et quels sont les points spéciaux sur lesquels elle porte? c'est ce qui n'a pas encore été clairement défini. Cette différence, suivant ce que présume le Président, sera pleinement connue quand ces matières seront soumises par vous à l'examen du gouvernement anglais.

La connaissance approfondie que vous avez du sujet sous toutes ses faces, ainsi que des intentions générales du Président, lesquelles sont consignées dans vos instructions, vous mettra à même de protéger tout le sol américain dès l'ouverture des négociations. Quelles

seront les concessions de l'Angleterre, .quelles contes* talions elle élèvera, c'est ce qui reste à voir. Jusqu'à ce que la discussion sur les points controverses s'établisse, jusqu'à ce que les vues opposées à celles qui prévalent ici aient été l'objet d'un examen approfondi, le Président ne croit pas à propos de fixer d'ultimata. Tout cela sera produit, si on le désire, quand les négociations seront plus avancées.

Par rapport à Belize, je crois que vos instructions sont suffisamment explicites.

Quant à l'étendue du territoire, et pour les usages limités, décrits dans le traité de 1786 avec l'Espagne, l'Angleterre a le droit de rester en possession de ce pays. Quoique les États-Unis ne puissent demander que l'Angleterre se retire entièrement de Belize, un puissant intérêt les porte à l'engager à abandonner ce territoire, considéré maintenant comme de peu de valeur. Le gouvernement n'ignorç pas que Ja Grande-Bretagne prétend y avoir pleine souveraineté; mais, si elle élève sérieusement cette prétention, les États-Unis viendront la contester, et regarderont l'assertion de l'Angleterre comme une transgression à la doctrine Monroë ; doctrine qu'il est de la politique du Président de soutenir. Je crois que l'Angleterre n'a jamais défini le caractère de ses prétentions à la possession de ce qu'on appelle « la colonie de Bay Islands; » cet établissement ne paraît pas être une de ses colonies organisées. Elle n'a pas, dans des

termes explicites, prétendu le posséder souverainement, bien que ses actes aient indiqué un tel dessein. Quels que puissent avoir été ses droits, ou ses prétentions, sur cette colonie, ils ont été abandonnés, c'est au moins ici l'opinion qui prédomine, par le traité Claytou-Bulwer. Le Président ne peut pas concevoir que l'Angleterre puisse avoir aucune raison plausible pour mettre cette possession en dehors des clauses du traité, et il est tout à fait certain qu'elle ne peut en alléguer aucune qu'il puisse admettre; cependant il croit que la marche la plus sage est de lui donner l'occasion d'exposer ses vues sur ce sujet avant que de protester formellement, par une démarche solennelle^ contre l'occupation plus longtemps prolongée de cette colonie.

Le Président espère que vous traiterez ce sujet de manière à ne laisser aucun doute dans l'esprit des ministres de Sa Majesté sur l'intention bien arrêtée des États-Unis d'insister pour obtenir d'elle l'abandon de cette colonie. On présume que la seule partie à laquelle l'Angleterre sera peut-être disposée à attacher une grande valeur, ou qu'elle pourra être tentée de retenir, est l'île de Roatan. D'après un avis qui m'a été donné, il peut se faire qu'elle veuille tirer parti de ce que cette île n'appartiendrait à aucun des États de l'Amérique centrale, mais qu'elle est regardée comme étant dans la même condition que les îles des Indes occidentales. En vous reportant aux

traités entre l'Angleterre et l'Espagne, vous trouverez que cette île a été clairement reconnue comme possession espagnole et faisant partie de l'ancienne viceroyauté de Guatemala. Si Ton cherchait à faire une distinction entre cette île et les États de l'Amérique centrale, sur le principe énoncé ci-dessus, il est probable que des informations plus complètes que celles qui sont présentement entre nos mains pourraient être obtenues, directement ou par l'intermédiaire de M. Molina, représentant diplomatique des États de Costa-Rica et de Guatemala près de ce gouvernement. En recevant de vous l'avis que vous auriez besoin de renseignements ultérieurs sur ce sujet, nous ferions ici tous nos efforts pour nous procurer ces renseignements et vous les faire parvenir.

Je suis, monsieur, avec respect, votre très-obéissant

serviteur,

W. L. Marcy.

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