LE MÊME AU MÊME
SECRÉTARIAT D'ÉTAT
Washington, 1 er décembre 1853.
James Buchanan, Esquire.
Monsieur,
Voire dépêche n° 16, du 12 du mois dernier, m'est parvenue hier et a été mise sous les yeux du
Président. Il approuve entièrement la suggestion faite par vous, à lordClarendon, de placer les Indiens Mosquitos dans les mêmes rapports avec le Nicaragua que ceux où sont nos Indiens vis-à-vis des États-Unis, d'autant mieux que cela est en parfait accord avec les vues du gouvernement à ce sujet, comme on peut le voir d'après l'extrait suivant des instructions du secrétariat à M. Borland, sous la date du 17 juin dernier :
« En admettant que ces Indiens soient, ainsi que les États-Unis et le Nicaragua les considèrent, une tribu de sauvages, ayant seulement des droits de possession sur le pays qu'ils occupent, sans en avoir en aucune façon la souveraineté, on ne peut raisonnablement leur demander de céder leur possession actuelle sans compensation. Le Nicaragua ne pourrait-il pas, usant d'un moyen juste en lui-même et compatible avec son honneur national, écarter cet élément de trouble et d'embarras dans la question de rAmérique centrale? Qu'il arrange cette affaire comme nous arrangeons celles de même nature avec les tribus indiennes qui habitent des portions de notre propre territoire. Je pense qu'il serait à propos que vous fissiez adopter cette vue au gouvernement nicaraguais. »
Une redevance insignifiante assurée aux Mosquitos pour la cession au Nicaragua de leur droit d'occupation du pays qu'ils habitent amènerait, je crois, le gouvernement anglais à abandonner son protectorat
sur ces Indiens. L'assurance en est donnée aux États- Unis. Une pareille manière d'agir ne constituerait pas, à mon avis, une reconnaissance, directe ou implicite, du droit d'intervention du gouvernement anglais dans la question des Mosquitos. La suite de l'accord entre MM, Webster et Crampton, dont vous demandez des nouvelles, fut une instruction à M. Kerr, chargé d'affaires des États-Unis près du Nicaragua, pour qu'il eût à présenter l'accord au gouvernement Nicaraguais, et à le lui faire adopter.
M. Kerr se conforma aux instructions; mais la proposition fut rejetée. M. Walsh fut aussi envoyé près la république de Costa-Rica, comme agent spécial du gouvernement, avec des instructions qui lui enjoignaient de soumettre la proposition à l'examen du gouvernement de cette République. Il le fit, et la proposition fut acceptée par le gouvernement de Costâ-Rica.
Quant à votre demande au sujet du nombre des Indiens Mosquitos, je ne puis vous dire avec quelque degré de certitude quel est ce nombre.
Je suis, monsieur, avec respect, votre obéissant serviteur.
W. L. Marcy.
M. BUCHANAN A M. MàRGY.
LÉGATION DES ÉTATS-UNIS
Londres, 5 janvier 1854.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de vos dépêches n os 20, 21, 22 et 23, des 19 novembre, 1 er , 3 et 16 décembre.
Je n'ai pas cru à propos de pousser la négociation relative à l'Amérique centrale, avec lord Clarendon, en novembre. Les motifs de ce retard ont été la condition incertaine du cabinet britannique, par suite de la démission de lord Palmerston et le retrait fait par lui plus tard de cette démission, l'état de la question russo-turque, pour laquelle le ministère s'est dévoué sans résultat, comme on le voit maintenant, à la tâche de prévenir une guerre entre l'Angleterre et la Russie, et le désir que j'avais de recevoir vos instructions au sujet de la suggestion que j'ai faite à lord Clarendon, que les Indiens Mosquitos pouvaient être placés à l'égard du Nicaragua dans les mêmes rapports où sont nos Indiens vis-à-vis des Étals-Unis.
Votre dépêche satisfaisante, n° 21, a écarté toute
incertitude sur ce dernier objet. J'ai lieu de croire que l'attention que j'ai eue de ne pas pousser la question centro-américaine, pendant la durée de la crise présente, si importante entre l'Angleterre et la Russie, a été convenablement appréciée par lord Clarendon. Lundi dernier, cependant, j'adressai à Sa Seigneurie une note pour demander une audience, note à laquelle j'ai reçu réponse m'indiquant un rendez-vous pour demain (vendredi) à trois heures et demie, — trop tard pour le prochain steamer. En vérité, j'aurais dû attendre; d'ici là il aurait pris luimême l'initiative et m'aurait invité à une entrevue.
Je suis, monsieur, etc.,
James Buchanan.
Honor. W. L. Marcy, etc. — Washington.