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POUR LE CONTE DE CLARENDON, PAR M. BUCHANAN

A l'origine des négociations qui aboutirent au traité Clayfon-Bulwer du 19 avril 1850, le gouvernement anglais était en possession de toute l'étendue de côtes de l'Amérique centrale qui se déploie depuis le

Rio Hondo jusqu'au port et havre de San-Juan de Nicaragua, à l'exception de cette partie située entre le Sarstoun et le cap Honduras, conjointement avec l'île de Roatan, adjacente au Honduras.

Le gouvernement des États-Unis contestait sérieusement la prétention de la Grande-Bretagne à aucune de ces possessions, à la seule exception de cette partie formant l'établissement de Belize, située entre le Rio Hondo et le Siboun, dont l'usufruit avait été concédé, dans un but spécial, par le roi d'Espagne au roi d'Angleterre aux termes de la convention de 1 786, mais sous les réserves les plus expresses par le premier de ses droits de souveraineté sur ce territoire.

La marche des événements avait fait de l'Amérique centrale un objet particulier d'intérêt pour toutes les nations commerçantes du monde, à cause des chemins de fer et des canaux dont la construction à travers l'isthme était proposée dans le but d'unir les deux océans, Atlantique et Pacifique.

La Grande-Bretagne et les États-Unis, ayant tous deux de grandes et importantes possessions sur les côtes du Pacifique et un commerce étendu avec les contrées situées au delà, il était naturel que Tune d'elles désirât prévenir l'autre et l'empêcher de prendre une position qui la mît à même d'exercer un pouvoir exclusif, en paix comme en guerre, sur aucune des grandes voies de communication projetées entre les deux Océans.

C'est là un des principaux traits de la politique qui a dicté la convention Clayton-Bulwer. Pour placer les deux nations dans une parfaite égalité, et par ce moyen écarter tout sujet de mutuelle jalousie, chacune d'elles consentait, par cette convention, à ne jamais occuper, fortifier, ou exercer le pouvoir sur aucurie portion de f Amérique centrale. Les deux parties adoptaient ce système de renoncement personnel dans le but de mettre un terme aux sérieuses mésintelligences existant alors entre elles, et qui auraient pu compromettre leurs relations amicales.

Quant à savoir si les États-Unis ont fait sagement ou non d'abandonner le droit qu'ils avaient, comme nation indépendante, à acquérir un territoire qui, situé dans une région faisant partie de leur propre continent, peut devenir nécessaire pour assurer leurs communications avec les importantes et précieuses possessions qu'ils ont sur le Pacifique, c'est une question toute différente. Mais ils ont conclu la convention ; leur foi est engagée ; et, dans de telles circonstances, ils ne regardent jamais en arrière des faits accomplis.

Les termes de la convention sont justement réciproques, quoique à l'égard des États-Unis ils n'aient d'autre effet que de les empêcher de faire à l'avenir aucune acquisition, parce qu'il est notoire que, en fait, ils n'occupent pas un pied de territoire dans l'Amérique centrale. Quant à la Grande-Bretagne,

elle esl dans une position toute différente , et les clauses de la convention s'appliquent, pour elle, non-seulement à l'avenir, mais encore au passé, parce qu'elle était alors dans l'exercice effectif du pouvoir sur une très-grande portion de la côte orientale de l'Amérique centrale. Il en résulte donc que, tandis que les États-Unis n'ont pas de possession dont il leur faille se dessaisir d'après la convention, la Grande- Bretagne a des possessions étendues à restituer aux Etats de Guatemala, Honduras et Nicaragua.

Et jusqu'à présent le gouvernement britannique n'a pas jugé à propos de faire le premier pas vers l'accomplissement des obligations qu'il a prises dans cette convention. Il demeure encore dans la possession effective de presque toute la côte de l'Amérique centrale, comprenant l'île de Roatan, comme avant la conclusion du traité. Le retard qu'il apporte de ce côté à l'exécution dudit traité ne peut être sûrement attribué à l'obscurité des termes de la convention.

Le premier article déclare que les gouvernements des États-Unis et de la Grande-Bretagne conviennent que « ni l'un ni l'autre n'occupera, fortifiera ou colonisera, ne prendra ou n'exercera aucun pouvoir sur Nicaragua, Costa-Rica, la, côte des Mosquitos, ni sur aucune partie de l'Amérique centrale. » Et, par surcroit de précaution, en vue du protectorat du pays des Mosquitos, le même article poursuit ainsi : « Ni l'un

— ' 60 — ni l'autre n'useront d'aucune protection que l'un ou l'autre accorderait ou pourrait accorder, ni d'aucune alliance que l'un ou l'autre possède ou peut posséder envers ou avec aucun État ou aucun peuple dans le but de:., occuper, fortifier, ou coloniser le Nicaragua, le Costa-Rica, la côte des Mosquitos, ou aucune partie de l'Amérique centrale, ou de prendre ou exercer une souveraineté sur les mêmes pays. »

Ceci, rendu en termes précis, signifie que les parties n'exerceront aucun pouvoir sur aucune partie de l'Amérique centrale, soit directement ou indirectement, soit par elles-mêmes ou sous le nom d' autrui.

On a dit que le premier article de la convention reconnaît implicitement le droit de la Grande-Bretagne au protectorat du Mosquito, — un droit que les États-Unis ont toujours contesté et repoussé, — un droit qui assurerait à la Grande-Bretagne le contrôle exclusif sur le canal du Nicaragua et les autres voies de communication entre les deux Océans, contrôle que le véritable objet de la convention était d'abolir, et qui détruirait d'ailleurs dans l'Amérique centrale cette égalité entre les parties que le principal but du traité était d'assurer. Certainement les Étals-Unis ne se seraient jamais rendus coupables d'une telle absurdité, qui serait un véritable suicide.

Mais, en admettant, par esprit d'argumentation seulement, que les États-Unis aient reconnu l'existence de ce protectorat, il serait difficile, restreint

comme il l'est dans son usage par la convention, de comprendre à quel dessein, de si mince importance qu'il soit, on pourrait le faire servir. Ce ne serait assurément pas à celui d'occuper la côte des Mosquitos, de prendre ou d'exercer le pouvoir sur la même côte, cas à l'égard desquels la convention renferme une prohibition expresse.

La Grande-Bretagne ne s'est pas même retirée de l'île de Roatan, comme elle s'y était engagée par la convention. Ici, nulle question ne peut s'élever d'un prétendu protectorat du Mosquito. Cette île est bien clairement une dépendance de l'Amérique centrale, appartenant à l'État de Honduras, à trente milles seulement de son port de Truxillo. Si la convention embrasse pleinement un objet quelconque, à coup sûr ce doit être Roatan.

Et cependant, non-seulement la Grande-Bretagne a continué d'occuper cette île, mais, depuis la date de la convention, elle y a organisé un gouvernement colonial, qui s'étend aussi sur cinq autres îles situées dans le voisinage sur la côte de l'Amérique centrale, et qu'elle a ajoutées à Roatan, transformant le tout en la colonie anglaise de Bay Islands. Le sentiment public, aux États-Unis, est unanimement d'avis que cette colonie est une violation palpable, tout à la fois, de la lettre et de l'esprit de la convention Clayton-Bulwer.

Roatan est bien connu pour être une île de grande

valeur et de haute importance, à cause de ses porls excellents, avantage qui n'est pas commun le long de cette côte. Et de fait, un auteur espagnol Ta décrit « comme la clef de la baie de Honduras, et le centre du commerce des contrées voisines. » Sa position géographique commande à tel point que l'Angleterre, en ayant la possession, pourrait intercepter le commerce des États-Unis au passage, tant à l'aller qu'au retour de l'isthme. C'est en vain que la convention a interdit à la Grande-Bretagne d'élever ou de maintenir aucunes fortifications commandant le canal de Nicaragua, ou d'autres portions de l'Amérique centrale, si celle-ci doit continuer à exercer le moindre pouvoir sur les îles de la Baie.

Les États-Unis, maintenant, demandent seulement que cette convention soit fidèlement exécutée par les deux parties. Ils désirent que chaque voie de communication à travers l'isthme soit ouverte, non pas purement pour leur propre bénéfice, mais pour celui de l'Angleterre et du monde entier. Sous ce rapport, ils ne voudraient pas, quand bien même ils le pourraient, acquérir aucuns avantages particuliers, à cause des jalousies et des ombrages que ces avantages pourraient éveiller chez les autres nations.

Les droits et les devoirs respectifs des parties ont été établis et déterminés par la convention elle-même; mais, puisque la justice des prétentions antérieures de l'Angleterre sur ses possessions dans l'Amérique

centrale a été soutenue dans les hautes régions, il ne sera pas hors de propos de faire connaître les vues du gouvernement américain sur ce sujet.

11 est à peine besoin de répéter que les États-Unis ont toujours nié la validité de ces prétentions. Les États-Unis croient que la Grande-Bretagne n'a, sous l'empire du traité, fait aucune concession qu'elle n'eût faite volontairement, sous l'inspiration de sa propre magnanimité et de son sentiment de la justice, dès que la question fut portée à son examen sérieux.

Ce serait un travail superflu que de tracer l'histoire des rapports de T Angleterre avec la côte des Mosquitos et autres parties de rAmérique centrale, antérieurement à ses traités avec l'Espagne de 1 783 et 1 786. Ces rapports provenaient sans doute de son désir de briser le monopole commercial que l'Espagne imposait avec tant de jalousie à ses colonies d'Amérique, et d'y introduire les produits des manufactures anglaises. Les efforts de l'Angleterre pour atteindre ce but éprouvèrent de la part de l'Espagne une résistance opiniâtre, et devinrent la source de continuelles difficultés entre les deux nations. Après une longue suite de querelles, ces difficultés furent heureusement terminées par les traités de 1783 et 1786, conçus en des termes aussi clairs et explicites qu'on en employa jamais en semblable occasion, et l'histoire de ces temps en rend l'intention plus claire encore et plus explicite, s'il est possible.

Le 6 e article du traité de paix du 3 septembre 1 785 fut très-blessant pour le roi et pour le cabinet de la Grande-Bretagne.

Cela ressort manifestement et d'une manière surabondante de la publication faite par lord John Russell des « Mémoires et correspondance de Charles James Fox. »

Le gouvernement anglais, ne pouvant réussir dans ses efforts pour faire retarder à six mois cet article, finit par accorder, avec la plus grande répugnance, son consentement à l'insertion dudit article au traité.

Pourquoi cette répugnance? c'est que le 6 e article stipule que, à l'exception du territoire situé entre la rivière Wallis ou Belize et le Rio-Hondo, dans lequel la permission a été accordée aux sujets britanniques de couper du bois de campêche, « tous les Anglais qui peuvent être dispersés sur toutes les autres parties, soit du continent espagnol, soit sur aucune des îles quelconques dépendant du susdit continent espagnol; et pour quelque raison que ce puisse être, sans exception, devront se retirer dans le district qui a été décrit plus haut, et ce, dans l'espace de huit mois, à partir de l'échange des ratifications. » Le traite dispose expressément plus loin que la permission accordée de couper du bois de campêche « ne sera pas regardée comme une dérogation, en aucune manière, aux droits de souveraineté de Sa Majesté Catholique » sur ce district des bois de campêche; et il

stipule, en outre, que, « si quelques fortifications avaient été élevées antérieurement dans les limites désignées, Sa Majesté Britannique devra les faire toutes démolir, et devra défendre à ses sujets d'en construire de nouvelles. »

Mais, nonobstant ces dispositions, suivant l'opinion de M r Fox, il était encore au pouvoir du gouvernement anglais « de donner notre (son) interprétation aux mots continent espagnol, et de déterminer, d'après des considérations dictées par la prudence, si la côte des Mosquitos est comprise ou non dans cette expression.»

De là, nécessité de nouvelles négociations qui détermineraient, d'une manière précise et expresse, le territoire qu'embrasse le traité de \ 783. Ces négociatiens amenèrent la convention du 14 juillet 1786, dont le premier article, précisément, écarte tout doute à cet égard. Cet article déclare que «les sujets de Sa Majesté Britannique, et les autres colons qui ont joui jusqu'ici de la protection de l'Angleterre, devront évacuer le pays des Mosquitos, aussi bien que le continent en général et sans exception les îles adjacentes, » situées au delà des limites prescrites par la convention, dans lesquelles il a été accordé aux sujets anglais permission de couper, non-seulement du bois de campêche, mais encore de l'acajou et d'autres bois; bien plus, ce district « est reconnu dune manière incontestable appartenir de droit à la couronne d'Espagne. »

Ainsi ce que Ton entendait par continent espagnol, dans le traité de 1783, est défini de manière à ne plus laisser de doute par la convention de 1 786; et la souveraineté du roi d'Espagne sur la côte des Mosquitos aussi bien que sur toute autre portion du continent espagnol et les îles adjacentes est reconnue d'une manière expresse.

Il était juste que l'Angleterre s'entremît pour protéger les Indiens Mosquitos contre le châtiment qu'ils avaient encouru eux et leurs alliés de la part de leur souverain légitime et reconnu. Aussi le 14 e article de la convention y pourvoit-il. ce Sa Majesté Catholique, mue uniquement par des motifs d'humanité, promet au roi d'Angleterre qu'elle n'exercera aucun acte de sévérité contre les Mosquitos habitant la partie du pays qui doit être évacuée en vertu de la présente convention, à raison des rapports qui peuvent avoir existé entre lesdits Indiens et les Anglais; et Sa Majesté Britannique, de son côté, interdira rigoureusement à ses sujets de fournir des armes ou des munitions de guerre aux Indiens placés en général sur les frontières des possessions espagnoles. »

L'honneur britannique exigeait que ces traités avec l'Espagne fussent observés de bonne foi; et, d'après l'histoire contemporaine, il n'est pas même douteux que cela ait été fait et que les ordres prescrits par l'article 15 aient été donnés parle gouvernement an* glais et strictement exécutés.

Le récit de ce qui arriva de significatif dans la Chambre des lords, le 26 mars 1787, ne doit pas être passé sous silence, à cause de la connexité que ces débats ont avec la question aujourd'hui pendante. Ce jour-là, il fut fait par lord Rawdon une motion tendant « à ce que les termes du traité du 14 juillet 1 780 ne fussent point approuvés par la. Chambre. » La motion fut discutée pendant un temps considérable et avec beaucoup d'habileté. La tâche de défendre le ministère fut entreprise en cette circonr stance par le lord chancelier Thurlow, qui s'en acquitta d'une manière tout à fait victorieuse; il justifia surabondamment le ministère d'avoir rendu la côte des Mosquitos à l'Espagne, et prouva que c< les Mosquitos n'étaient pas alliés de l'Angleterre; que ce n'était point un peuple que le gouvernement fut tenu de proléger. — Sa Seigneurie repoussa avec une sorte d'indignation l'argument que l'établissement fût un établissement régulier et légal; et, loin de convenir, comme on l'avait soutenu, que les Anglais fussent sans discontinuité demeurés en possession paisible et incontestée de leurs prétentions sur le territoire dont il s'agit, il somma le noble vicomte Stormont de déclarer, en homme d'honneur, s'il ne savait pas le contraire. » — La motion de lord Rawdon, tendant à faire condamner le traité, fut rejetée par un vote de 53 voix contre 17.

11 est spécialement à remarquer que tous les côtés

de la Chambre, soit qu'ils approuvassent la convention, soit qu'ils lui fussent contraires, agirent d'après l'aveu formel quelle exigeait que l'Angleterre, pour employer son propre langage, c< évacuât le pays des Mosquitos. » Sur celle question, la Chambre des lords fut unanime.

A quelle époque, donc, la Grande-Bretagne a telle renouvelé ses prétentions « sur le pays des Mosquitos, aussi bien que sur le continent en général, et sur les îles adjacentes sans exception?» Ce ne fut pas assurément en 1801, époque à laquelle, en vertu du traité d'Amiens, elle acquit de l'Espagne l'île de la Trinité, sans qu'il fût fait une mention quelconque d'acquisitions antérieures en Amérique. Ce ne fut pas certainement en 1890, en elle fit un traité d'alliance offensi e et défensive avec l'Espagne, afin de résister aux efforts que faisait l'empereur Napoléon pour s'emparer du royaume d'Espagne. Ce ne fut certainement pas en 1814, quand les traités de commerce qui avaient précédemment existé entre les deux puissances, et comprenant, cela est à présumer, ceux de 1 783 et de 1 786, élaient remis en vigueur.

Dans toutes ces occasions, il ne fut fait aucune mention des titres de l'Angleterre au protectorat des Mosquitos, ou d'aucun des territoires américains qu'elle avait abandonnés.

Ce ne fut pas en 1817 ni en 1819, quand les actes du parlement britannique (57 et 59 Geo. 111) recon-

naissaient distinctement que rétablissement anglais, à Belize, c< n'était pas sur le territoire et sous la domination de Sa Majesté, » mais était purement « un établissement, pour un but déterminé, en la possession et sous la protection de Sa Majesté, » montrant ainsi l'intention bien arrêtée d'observer avec la plus scrupuleuse bonne foi les traités de 1783 et 1786 avec l'Espagne.

Dans l'excellent livre sur l'Amérique espagnole, publié à Londres, en 1818, par le capitaine Bonnycastle, du corps des ingénieurs royaux anglais, on ne trouve pas le plus léger indice que l'Angleterre ait fait revivre ses prétentions au protectorat du pays des Mosquitos. Au contraire, l'auteur décrit la côte mosquite « comme une étendue de pays situé le long* des parties nord et est de la côte du Honduras, « sui « laquelle les Anglais avaient eu des prétentions. » Il ajoute que « l'Angleterre a gardé ce pays huit ans et Ta abandonné en 1787 et 1788. »

Les choses continuèrent en cet état pendant une période de temps considérable, jusqu'à l'année 1821, époque à laquelle les provinces espagnoles qui formaient la capitainerie générale de Guatemala proclamèrent leur indépendance de l'Espagne. Ce serait faire un travail surabondant que d'essayer de prouver, à cette période de l'histoire du monde, que Jes provinces dont il s'agit; étant, par des révolutions successives, devenues des États indépendants, avaient

succédé, dans leurs limites respectives, à tous les droits territoriaux de l'Espagne. Cela ne serait sûrement pas nié par le gouvernement anglais, qui prit une part si noble et si éminente dans l'affranchissement de toutes les provinces hispano-américaines.

De fait, l'Angleterre a constaté son adhésion à ce principe de droit international dans son traité du 26 décembre 1826 avec le Mexique, alors colonie espagnole récemment émancipée. Par ce traité, loin de prétendre à aucuns droits au delà de l'usufruit qui lui avait été concédé par sa convention de \ 786, avec l'Espagne, elle en reconnaît l'existence continue et l'effet particulier entre elle et le Mexique, en obtenant et acceptant de ce dernier gouvernement une stipulation que les sujets anglais ne seront point « troublés ni molestés dans les paisibles possession et exercice de tous les droits quelconques, privilèges et immunités dont ils ont joui en tout temps dans les limites établies et fixées par cette convention. » On pourrait soulever la question de savoir si l'ancienne souveraineté de l'Espagne sur Belize, sujet h l'usufruit anglais, revenait de droit au Mexique ou bien au Guatemala; mais, dans l'un et l'autre cas, la reconnaissance par la Grande-Bretagne n'en est pas moins un fait acquis et positif.

Et ici, il peut être à propos de faire observer que l'Angleterre jouit encore de la tranquille possession non- seulement du district situé entre le Rio-Hondo et

le Si bo un, dans lequel le roi d'Espagne, par la convention de 1 786, avait accordé la permission de couper l'acajou et autres bois; mais que les colons anglais ont étendu cette possession au sud jusqu'à la rivière Sarstoun, à un degré et demi de latitude au delà des limites décrites et fixées par la convention. On présume que les empiétements de ces colons au sud du Siboun n'ont point été autorisés ni sanctionnés par la couronne d'Angleterre et que leur départ ne sera pas un sujet de difficulté.

Cependant, avant que ces antécédents eussent été oubliés, l'île de Roatan, appartenant à l'État de Honduras, et en vue des côtes, fut prise en 1841 par le colonel Mac-Donald, alors surintendant de Sa Majesté Britannique à Belize, et le drapeau de Honduras fut abattu et remplacé par le pavillon anglais. Ce petit État, incapable de toute résistance effective, fut forcé de plier, et l'île a depuis lors toujours été au pouvoir de l'Angleterre. Ce qui rend cet événement plus remarquable, c'est que l'on voit un semblable coup de main exécuté violemment sur Roatan par le surintendant de Belize en 1855; mais à cette époque, et sur la plainte du gouvernement fédéral des États de l'Amérique centrale, alors existant, l'acte dont il s'agit fut désavoué formellement par le gouvernement anglais, et l'île fut restituée aux autorités de la République.

Ou ne saurait douter que Roatan fût l'une des « îles

adjacentes» au continent américain, que l'Angleterre avait restituées àJ'Espagne, en exécution des traités de 1783 et 1786. En effet, les journalistes et géographes anglais les plus accrédités jusqu'à présent ont témoigné de ce fait (apparemment sans information sur cette partie jusqu'ici si peu connue du monde), que l'île avait été reprise par le surintendant de Sa Majesté à Belize, et formait actuellement une possession revendiquée par la Grande-Bretagne.

Quelle est l'époque à laquelle l'Angleterre se détermina à ressaisir sous le nom de protectorat son pouvoir sur la côte des Mosquitosî c'est ce que les États- Unis ne savent pas d'une manière précise. Le premier avis qui en parvint au secrétariat d'État, à Washington, se trouvait dans une dépêche, du 20 janvier 1842, de William S. Murphy, agent spécial du gouvernement américain à Guatemala, dépêche où il rapporte que, dans une conversation avec le colonel Mac-Donald, à Belize, ce dernier l'avait informé qu'il avait découvert et envoyé en Angleterre des documents qui avaient déterminé le gouvernement britannique à faire revivre ses prétentions sur le territoire des Mosquitos.

Selon Bonnycastle, la côte des Mosquitos aborde au nord et à l'est le littoral du Honduras, » et, d'après la carte qui accompagne son travail, elle ne dépasse pas au midi l'-embouchure de la rivière Segovia, à environ douze degrés de latitude nord. Cet excellent auteur n'a certainement jamais imaginé que cette côte s' é-

tendît au sud jusqu'à San-Juan de Nicaragua, puisqu'il décrit celui-ci comme le principal port de Nicaragua sur la mer des Caraïbes; il dit qu'il y a trois portages l entre le lac et l'embouchure de la rivière; c< ces lieux de portage sont défendus, et à l'un d'eux est le fort de San-Juan , — appelé aussi le château de Nu&stra-Senora, — situé sur un rocher, et bien fortifié ; il a trente-six canons montés, avec une petite batterie dont la plate-forme est au niveau de l'eau; et le tout est enclos du côté de terre par un fossé et un rempart. Sa garnison est portée généralement à cent hommes d'infanterie, seize artilleurs, avec environ soixante miliciens ; elle est munie de bateaux, avec lesquels on monte la garde tant en amont qu'en aval du courant. >•

Ainsi il paraît que les Espagnols avaient bien compris l'importance de la défense de cette sortie du lac de Nicaragua dans l'Océan, parce que, comme l'observe le capitaine Bonnycastle, « ce port (San-Juan) est regardé comme la clef des Amériques; et avec la possession de ce port et de celui deRealejo, de l'autre côté du lac, les colonies espagnoles peuvent être paralysées alors par l'ennemi, maître des côtes sur

1 Dans les diverses parties de l'Amérique septentrionale, lorsque la navigation est interrompue par un saut ou rapide, par un faîte entre deux rivières, les matelots portent sur le dos ou à l'aide de bêtes de somme, les bagages, les vivres et quelquefois les canots même : c'est ce que l'on appelle portage.

les deux Océans. » Il pouvait ajouter qu'il y a environ soixante ans (le 26 février 1796), le port de San-Juan de Nicaragua fut classé, par le roi d'Espagne» comme port de seconde classe.

Le capitaine Bonnycastle,ùaussi bien que les Espagnols, auraient été grandement surpris, s'ils avaient su que ce port faisait partie des possessions de S. M. le roi des Mosquitos, et que les villes et territoires cultivés des alentours des lacs de Nicaragua et de Managua n'avaient de débouché sur la mer des Caraïbes qu'autant que cela plairait à Sa Gracieuse Majesté. Aussi fut-ce avec une surprise et un regret profonds que le gouvernement et le peuple des États-Unis apprirent que des forces anglaises, le 1 er janvier 1848, avaient expulsé de San-Juan les autorités de Nicaragua et renversé le drapeau de ce pays pour élever à sa place le pavillon mosquito. L'ancien nom de la ville, San-Juan de Nicaragua, qui, dans les temps antérieurs, témoignait lui-même de sa dépendance du Nicaragua, fut transformé en cette occasion en celui de Greytown.

Ces procédés firent naître de sérieuses appréhensions dans toutes les parties des États-Unis; l'Angleterre paraissait vouloir exercer sa domination et son monopole sur les différentes routes créées ou à créer entre l'Atlantique et le Pacifique, routes qui, depuis l'acquisition de la Californie, étaient devenues d'une importance vitale pour les États-Unis. Sous cette im-

pression, il était impossible que Je gouvernement américain demeurât plus longtemps spectateur silencieux et résigné de ce qui se passait dans l'Amérique centrale.

M. Monroë, un de nos présidents les plus sages et les plus judicieux, annonçait dans un message public au congrès, à la date de décembre 1823, que « les continents d'Amérique, en vertu des conditions de liberté et d'indépendance qu'ils venaient de conquérir et de défendre, ne devaient plus désormais être considérés comme assujettis, pour leur future colonisation, à aucunes puissances européennes.»

Cette déclaration a, depuis lors, été portée à la connaissance du monde entier comme formant la doctrine Monroê, et a reçu l'approbation publique et officielle des présidents qui lui ont succédé, aussi bien que celle de la grande majorité du peuple américain.

Le maintien de cette doctrine, qui sera défendue aussi longtemps que, dans l'opinion du congrès, la paix et le salut des États-Unis le rendront nécessaire, aussi bien que l'obligation d'agir en conséquence dans l'Amérique centrale, pourrait amener des collisions entre nous et l'Angleterre, éventualité qui doit êlre conjurée et évitée autant que possible.

Nous pouvons nous faire l'une à l'autre autant de bien et autant de mal que deux nations quelconques du monde; et c'est pourquoi il est de notre plus grand intérêt mutuel, comme ce doit être aussi, réciproquement, notre plus ardent désir, de conserver

de bons rapports. Pour régler ces dangereuses questions, les deux parties doivent, dans un esprit de sagesse, recourir aux négociations amicales auxquelles la convention d'avril 1350 a donné naissance. Puissent-elles aboutira un acte d'accommodement définitif de toutes les questions ou sujets de difficultés existant dans l'Amérique centrale entre les parties contractantes, et puissent-elles rendre durables entre elles la paix et l'amitié !

Certes les Indiens mosquitos ne doivent pas devenir un obstacle à un résultat si désirable. Quand même ces sauvages n'auraient jamais été réduits par l'Espagne, cela ne serait pas pour eux un titre à prendre rang comme État indépendant, sans violer Jes principes et les usages de toutes les nations de l'Europe, en général, qui ont acquis des territoires sur le continent américain. Elles ont reconnu mutuellement le droit de découverte, aussi bien que le titre du découvreur, à une large étendue de territoire intérieur, bien qu'il fût occupé, pour le moment, par des tribus d'Indiens sauvages et hostiles.

C'est sur ce principe que les guerres, les négociations, les cessions et la jurisprudence de ces nations on été fondées. Le pouvoir en dernier ressort et le titre absolu leur appartinrent, quoique plusieurs d'entre elles, et en particulier l'Angleterre, aient concédé aux Indiens un droit de pur usufruit, qui, cependant, pouvait être anéanti par la seule

autorité de la nalion sous le pouvoir de laquelle se trouvaient ces Indiens. Toutes ventes ou cessions de territoire faites par eux à des tiers furent déclarées nulles d'une manière absolue ; et ce fut une règle bienfaisante, même pour les Indiens, puisqu'elle les mettait à l'abri des fraudes de la part d'individus peu scrupuleux.

Aucune nation n'a jamais agi plus constamment d'après ces principes que l'Angleterre, et elle les a reconnus solennellement dans ses traités de 1783 et \ 786 avec le roi d'Espagne, en admettant sa souveraineté sur les Mosquitos.

La tribu des Indiens mosquitos constituera- t-elle une exception à cette règle jusqu'ici universellement adoptée? Y a-t-il dans leur caractère ou dans leur civilisation quelque chose qui puisse les rendre capables d'accomplir les devoirs et de soutenir la responsabilité d'un État souverain dans la famille des nations?

Bonnycastle dit d'eux qu'ils ce formaient anciennement une race puissante et nombreuse, mais que les ravages occasionnés par le rhum et la petite vérole en ont considérablement diminué le nombre.» Il les représente, sur l'autorité des colons anglais, comme paraissant « n'avoir d'autre religion et adoration que celle des mauvais esprits. »

Le même auteur établit aussi que « leur tribu comptait jusqu'à quinze cents guerriers. »

Cela pouvait bien être exact en 1818, lors de la publication du livre de Bonnycastle; mais, h présent, il est douteux que les hommes en état de porter les armes s'élèvent beaucoup au delà de la moitié de ce nombre. La vérité est que maintenant ils forment une race avilie et qu'ils sont dégradés même au-dessous du niveau ordinaire des Indiens. Ils ont contracté les vices les plus détestables de la civilisation dans leurs rapports avec des blancs de la plus basse classe, sans avoir acquis aucunes de leurs vertus rédemptrices. Les Mosquitos ont été représentés sous ces traits par un écrivain dont le nom fait autorité, qui a profité récemment de l'occasion d'en faire l'observation personnelle. Qu'ils soient totalement incapables de maintenir un gouvernement civilisé indépendant, c'est ce qui ne fait pas question. Aussi à l'égard de ce qu'on appelle leur roi, lord Palmerston, s'entretenant sur ce sujet, avec M. Rives, en septembre 1851, disait : « Ils ont ce que Ton nomme un roi, qui, soit dit en passant, — ajouta-t-il d'un ton de plaisanterie, — n'est pas plus un roi que vous ou moi. » Lord John Russell, dans sa dépêche à M. Crampton, du 19 janvier 1853, appelle le gouvernement mosquito « une fiction » et parle du roi comme d'une personne « dont le titre, aussi bien que le pouvoir, n'est guère en réalité que nominal. »

Lorsque l'Angleterre se retirera de Bluefields, où elle exerce maintenant un pouvoir exclusif sur la

côte des Mosquitos, les précédentes relations des Indiens avec le Nicaragua et le Honduras, comme successeurs de l'Espagne, seront naturellement rétablies. Quand cela arrivera, il y a lieu d'espérer que ces États, dans leur conduite à l'égard des Mosquitos et des autres tribus Indiennes, suivront l'exemple de l'Angleterre et des États-Unis. Tandis que ni l'une ni l'autre de ces deux nations n'ont jamais reconnu ni permis à aucun autre État de reconnaître une tribu indienne établie en dedans de leurs frontières comme peuple indépendant, toutes deux ont reconnu que ces mêmes tribus avaient droit et qualité pour occuper le sol; et à mesure que le progrès des établissements des blancs le rendait nécessaire, elles ont acquis les titres de ces tribus par un loyal achat. Certainement il n'est pas à désirer que cette vaste et précieuse côte de l'Amérique centrale, sur le grand chemin des nations entre l'Atlantique et le Pacifique, devienne le partage de trois ou quatre mille Indiens vagabonds, formant État indépendant, qui n'useraient de cette liberté que pour chasser, pêcher, ou guerroyer en sauvages. Si une pareille éventualité était possible, la côte deviendrait le repaire des pirates et des malfaiteurs de toutes les nations, qui infesteraient et troubleraient le commerce du monde dans son transit à travers l'isthme. La condition ne serait guère améliorée si un nouvel État indépendant était créé sur la côte mosquite. En outre, dans l'une

ou l'autre alternative, les Étals actuels de l'Amérique centrale ressentiraient profondément le tort qui résulterait pour eux de la privation d'une partie de leurs territoires. Ils feraient des efforts incessants pour rentrer dans leurs droits: de là des difficultés et des contestations qui se perpétueraient dans cette partie du monde, où il est d'un si grand intérêt tout à la fois pour l'Angleterre et les États-Unis que toutes les questions de territoire reçoivent un accommodement prompt, satisfaisant et définitif.

James Buchanan.

Londres, 6 janvier 1854.

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