L'EMPIRE BYZANTIN
le plus souvent au-dessous de la moyenne, engoncés dans leur armure, leurs épaisses robes ouatées, leurs grossiers surtouts de peau mal tannée ou de crin mal ajusté, coiffés de leurs casques pesants ou de leurs énormes bonnets fourrés, ces gens de guerre, Huns, Turcs, Mongols, semblèrent aux sveltes Européens des nains effroyables et difformes et leur produisirent une vive impression de surprise, de dégoût et de terreur1.
La dynastie chinoise des Han tenta d’assimiler ces peuples barbares, de les encadrer dans son administration formaliste et méthodique. Beaucoup 'y répugnèrent, et, en petites bandes, puis en vastes exodes, ils allèrent vers l’ouest. Ils se mêlèrent aux Kirghiz, ou étrangers, des steppes de la mer d’Aral; ils furent appelés Kazacks, Cosaques, ou aventuriers, séparés de la famille ; les Huns partirent en masse, et, le long du Caucase, de la mer Noire, ils cherchèrent fortune dans l’Occident, qu’ils troublèrent un moment de leur effrayante apparition.
Les Turcs, dans ce mouvement lent vers l’ouest, ou ils allaient se placer au cœur de l’ancien continent, entre les antiques empereurs chinois et les derniers empereurs de la Rome byzantine, fondèrent successivement plusieurs dominations éphémères, du Hoang-ho à la Volga.
Ce furent d’abord les Turcs Oïgours, qui eurent pour grandes capitales Karakoroum, Samarcande, Bokhara, au vme siècle. Ils furent encore contenus au nord de l’Iran par la solidité de l’empire arabe.
Ce furent ensuite les Ghaznévides, de Ghazna, dans l’Afghanistan, qui étendirent leur puissance sur tout le plateau iranien, et même de la mer d’Aral aux sources du Gange, dans la première moitié du xie siècle, vers le temps où régnait à Constantinople Basile le Bulgaroctone.
Ce furent encore les Seldjoukides. Seldjouk, qui donna son nom à cette tribu turque, conquit d’abord pour son propre compte Djend, sur le Syr-Daria, et s’établit dans le Khorassan. Il se mit alors au service des khalifes de Bagdad. Ses héritiers se rendirent ainsi maîtres de l’Arménie en 1048, peu à peu de la plus grande partie de l’Asie mineure, de la Syrie, et même de la côte occidentale de l’Arabie. L’apogée de leur domination se place vers 1090, c’està-dire à la veille de la première croisade.
1. L. Cahun, dans Lavisse et Rambaud, Histoire générale , II, 888.
BYZANCE ET STAMBOUL
Ces peuples belliqueux, aussi terribles que les bander d’Attila et plus disciplinés, au service d’une foi religieuse nouvelle et ardente, allaient être à l’empire grec un redoutable péril. Enserrée entre les Slaves et les Turcs, également menacée de mort de part et d’autre, Constantinople semblait n’être plus incertaine que de son vainqueur et de la date de sa défaite.