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Livre Jaune, Affaires arméniennes, p

LES AFFAIRES DE CRÈTE

essentielles du droit européen actuel, et à la mettre sous la garantie collective des grandes puissances. Il la compléta par la double formule : pas de condominium, pas } d’action isolée sur aucun point. L’Europe désormais prenait sous sa tutelle les populations de l’empire ottoman. Elle s’engageait par là moralement à ne plus laisser s’y reproduire les « atrocités » de Bulgarie et d’Arménie. Même elle s’engageait moralement à assurer aux Arméniens les libertés nécessaires et la réparation de leurs malheurs. Après plus de dix ans, ces malheurs ne sont pas réparés.

III. — Affaires de Crète et conflit Gréoo-Turc (1895-1897) 1 II.

La Crète, après l’Arménie, fournit bientôt à l’Europe d’autres sujets de préoccupation et soumit à une première et délicate expérience les principes émis par le gouvernement français.

A vrai dire, cette île ne fut jamais absolument conquise par les Turcs ; les chrétiens conservèrent toujours dans la montagne une réelle indépendance, et ils en descendirent à dates presque régulières pour faire le coup de feu contre les Musulmans. Après la grande insurrection de 1867, le firman du 10 janvier 1868 établit un compromis entre le souverain et les sujets, en instituant, sous un gouverneur nommé par le sultan, une assemblée élue. Ce ne fut pas la fin des troubles : l’Assemblée eut des volontés que le gouverneur ne respecta pas ; le gouverneur prit avec le firman des libertés contre lesquelles l’Assemblée protesta vivement, dans les rares occasions où la Porte lui permit de siéger. Les conflits furent inévitables entre l’une et l’autre, entre la majorité chrétienne et la minorité privilégiée des musulmans, et, parmi les chrétiens, il se forma un parti radical prêt à de nouvelles insurrections pour arracher l’île à la domination musulmane, par l’annexion à la Grèce.

L’article 23 du traité de Berlin, en son paragraphe premier, exigea du sultan l’application sincère du firman de 1868 et la promesse même d’y apporter les modifications équitables. Sous le contrôle des consuls européens en Crète, en leur résidence de Halepa, près de la Canée, fut signé le

1. Livres Jaunes: I. Affaires de Crète, juin 1894-février 1897; —

II. Conflit gréco-turc. Situation de l’empire ottoman, février-mai

pacte du 12 octobre 1878. Le vali ou gouverneur-général, nommé pour cinq ans, fut assisté d’un mouchavir ou adjoint chrétien. L’Assemblée générale fut composée de 49 chrétiens et de 31 musulmans, dut être réunie tous les ans pendant quarante jours au moins, 60 au plus ; la Sublime Porte s’engagea à sanctionner ses lois, « si elles ne portaient pas atteinte aux droits du gouvernement impérial et aux principes de la législation de l’Empire ». Une part des revenus fut réservée aux travaux d’utilité publique, constructions d’écoles, d’hôpitaux, de routes et de ports1.

Mais les gouverneurs généraux continuèrent à violer, du consentement du sultan, les engagements pris par celui-ci; les Crétois continuèrent à se soulever périodiquement, surtout en 1888. Sous le prétexte de cette insurrection et pçir application de sa politique personnelle, Abd-ul-Hamid promulgua un nouveau firman, celui du 26 octobre 18892. Il augmenta les attributions du vali, dont les pouvoirs n’eurent plus de durée déterminée, institua à côté de lui un commandant militaire. Le gouverneur-général eut le droit de présider l’Assemblée, de diriger ses débats, d’écarter toute proposition « sur les questions échappant à sa compétence ». L’Assemblée fut invitée à voter de nouvelles ressources pour « les travaux si nécessaires d’utilité publique ». Le vali reçut l’ordre de donner la plus grande publicité à ce firman, « afin de faire connaître à tous les sujets du sultan habitant dans l’île les grâces et les bienfaits qui leur étaient ainsi prodigués. » En fait, le nouveau firman compromettait les avantages précédemment accordés aux Crétois, déchirait le pacte de Halepa, mentait aux promesses antérieurement faites. D’ailleurs le gouverneur général Mahmoud-Djelaleddin-pacha se chargea de faire comprendre à ses administrés que le temps des concessions était passé et que le gouvernement ottoman avait changé de maximes.

Le mécontentement en fut plus vif, les tentatives insurrectionnelles plus fréquentes. L’ile fut rejetée dans l’anarchie, dans la misère; une telle situation ne pouvait aboutir qu’à quelque formidable révolte, qui donnerait au sultan l’occasion de régler la question cré?toise par quelque sanglante exécution. Mais il lui fut impossible de cacher assez

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