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IV. — Le grand effort des Russes

Tous ces événements empêchèrent le tsar Nicolas Ier de poursuivre les destinées asiatiques de la Russie. Héritier du reste des desseins de sa grand’mère Catherine II, la politique européenne l’attirait davantage. Fier de son pouvoir autocratique, il s’était fait le champion des rois contre les idées révolutionnaires, et naïvement, comme un don Quichotte de l’absolutisme, il avait mis ses armées au service de l’Autriche contre la République hongroise. Il vécut assez pour s’en repentir.

Plus encore il voulait Constantinople. Il rencontra devant elle l’Angleterre et la France, fut battu en Crimée, et, comprenant que là encore il avait poursuivi une chimère,

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il se laissa mourir et emporta dans sa tombe le grand projet grec. Repoussée loin du Bosphore, la Russie se retourna décidément vers l’Est, et chercha en Asie les trophées qui lui échappaient en Europe.

En effet, le grand effort de la Russie vers le « Far-East » suit de près la guerre de Crimée et en est comme la conséquence naturelle. Il porta sur toute la largeur de la frontière méridionale de l’empire, de l’Océan Pacifique à la mer Caspienne. En 1847, le tsar avait nommé le général Mourawief gouverneur de la Sibérie orientale. Ses lieutenants explorèrent les côtes de la mer d’Okhotsk, déterminèrent les embouchures de l’Amour en face de l’île Saghalien, y fondèrent Nicolaïevsk et prirent pacifiquement possession de la rive gauche du fleuve. Mourawief fut chargé de faire accepter cette annexion par les Chinois ; après de longues et pénibles négociations, où l’énergie du général russe finit par leur en imposer, ils signèrent le 16 mai 1858 le traité d’Aïgoun. Ils cédèrent à la Russie toute la rive gauche de l’Amour. La nouvelle de ce succès fut accueillie à Saint- Pétersbourg avec enthousiasme, et le tsar donna à Mourawief le titre de comte Amourski. D’autres avantages complétèrent presque aussitôt ces importants résultats. Quelques jours après, l’amiral Poutiatine, par le traité de Tientsin, obtenait pour les Russes le droit de voyager et de commercer librement dans l’empire chinois, l’exemption pour eux des droits de douanes en Mongolie, la libre circulation des caravanes entre Kiakhta et Tientsin. La Sibérie et la Mongolie devenaient la grande route du commerce entre l’Europe orientale et la Chine. Une ambassade russe permanente fut installée à Péking, et veilla à la sécurité de ces nouveaux intérêts.

En 1860, le général Ignatief, ambassadeur en Chine, obtint encore le traité de Péking. Un consulat russe fut fondé à Ourga, la principale ville de la Mongolie. Surtout le pays compris entre l’Oussouri et la mer, avec la longue côte de la mer du Japon entre l’embouchure de l’Amour et la frontière de la Corée, fut cédé à la Russie. Vladivostok, dont le nom signifie « Domination de l’Orient », fut fondée tout au sud de cette frontière, aux confins de la Corée et de la Mandchourie, en face du Japon ; elle s’enfonce là comme un coin dans la direction des mers du sud. En 1875, les Russes achetèrent aux Japonais l’île Saghalien, en échange des îles Kouriles : ils avaient cédé en 1867 le ter-

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ritoire d’Alaska aux Etats-Unis. La frontière de l’empire des tsars n’a pas été modifiée depuis dans ces régions. Mais, par-dessus la frontière, l’influence de la Russie n’a pas cessé de peser de plus en plus sur la Chine et l’Asie orientale.

Ailleurs encore elle a essayé de pénétrer dans le Turkestan chinois, dans les vallées qui s’ouvrent vers la Dzoungarie et le bassin du Tarim, de part et d’autre des monts Thian-Chan, pour tracer une nouvelle route sur Péking. Après 1860, après l’expédition franco-anglaise qui aboutit à la victoire de Palikao et à la prise de Péking, à la faveur de la formidable insurrection des Taïpings dans la vallée du Yang-tse-Kiang, les provinces chinoises de la frontière occidentale se soulevèrent aussi. La Kacbgarie, ou vallée supérieure du Tarim, se déclara indépendante sous le khan Mohammed-Yakoub. Il entretint aussitôt d’amicales relations avec la Russie. Les Anglais lui envoyèrent aussi une ambassade conduite par M. Forsyth, et les deux influences rivales se préparèrent à se disputer ce terrain. Mais, après la mort de Yakoub, les Chinois furent assez forts pour rétablir leur autorité à Kachgar (1877).

Dans le même temps, Kouldja, c’est-à-dire la vallée de lTli, qui coule à l’ouest et se jette dans le lac Balkasch, se révolta aussi contre la Chine (1865), puis se donna à la Russie (1871). Les Chinois protestèrent; les Russes rendirent Kouldja, mais gardèrent la partie occidentale de la province. Ils se trouvèrent maîtres de la plus grande partie du bassin de l’Ili, et disposèrent ainsi d’une nouvelle ligne de pénétration en Chine.

Leur action fut surtout continue et fructueuse dans le bassin de la mer d’Aral, dans la direction du plateau de l’Iran. En vingt ans, le long des Thian-Chan, par-dessus le Syr-Daria, ils arrivèrent à la frontière de l’Afghanistan, à la base même des montagnes, par la conquête des khanats de Boukhara et de Khiva. En 1852, le général Perovski continua la construction des forts qui devaient assurer la ligne du Syr-Daria. Il battit les troupes du khan de Khokand, leur prit la forteresse d’Ak-Medjedi, en compléta les retranchements et lui donna son nom.

Le plus illustre héros de la conquête du Syr-Daria fut le colonel Tchernaïef. Ses exploits rappellent les gestes légendaires des chevaliers de la « Bannière bleue », aux temps du Gengis-khan et de Tamerlan. En 1864, il enleva Aoulié-

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Ata, Tchimkent, ouvrit la route de Tachkent, la plus grande ville du Turkestan. Dans la crainte de mécontenter l’Angleterre, le gouvernement lui envoya l’ordre de rebrousser chemin ; il mit la dépêche dans sa poche et prit Tachkent — juin 1865. Il fut rappelé pour désobéissance ; mais la Russie garda la ville. Il laissa une légende dans l’armée et le peuple. Les soldats chantèrent longtemps ses hauts faits. Les Kirghiz, dans les poèmes que leurs bardes consacrent aux preux, l’appelèrent leur « chevalier ». Les Turcomans traduisirent son nom en Tchir-Naïp, « semblable au lion ».

Son successeur, le général Romanowski, eut à repousser les attaques du khan de Boukhara, Mozaffer. Avec une petite armée de 3.600 hommes, il le battit à Irdjar — mai 1866, — prit Khodjent. Les nouvelles conquêtes furent organisées en « gouvernement russe du Turkestan », sous le commandement du général Kauffmann (1867). Mozaffer fut encore battu à Zera-Buleh, sur le Zerafchan. Les Russes enlevèrent Samarkand, la grande cité du Zerafchan, l’ancienne capitale de Tamerlan qui y est enseveli, et cette conquête eut plus de retentissement que leurs autres victoires. Le khan de Boukhara s’avoua vaincu juillet 1868, — paya une forte contribution de guerre et se reconnut le vassal du tsar. Bientôt après, le pays de Khokand eut le même sort. Les habitants de cette ville avaient chassé leur khan, Khudayar, auquel ils reprochaient d’être tout dévoué aux Russes. lise retira à Orenbourg. Une petite armée russe, sous Skobelef, battit les révoltés à Makram (1875), occupa Khokand et les villes voisines, et en forma la nouvelle province du Ferghana, le plus riche territoire du Turkestan russe.

Le khan de Khiva lui-même fut réduit à la soumission. Sa capitale avait été une première fois occupée, puis évacuée, en 1854. En 1871, inquiet des progrès des Russes, il suscita un soulèvement des tribus des Kirghiz. Après un échec en 1872, le général Kauffmann résolut d’attaquer Khiva par trois directions différentes. Trois corps d’armée partirent d’Orenbourg, de Tachkent et de Krasnovodsk sut la mer Caspienne. La colonne d’Orenbourg fut décimée par le climat et les tempêtes du désert : elle se perdit presque tout entière. Les deux autres, sous Kauffmann et Skobelef, très maltraitées aussi, arrivèrent devant Khiva, et, après un bombardement, y entrèrent par la brèche. Le khan traita : il céda toute la rive droite de l’Amou-Daria, permit la libre

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navigation des navires russes sur la mer d’Aral, paya une contribution de guerre, subit la construction au-dessus de Khiva de la forteresse d’Alexandrovsk, occupée par une garnison russe.

Les Anglais protestèrent vivement contre ces continuelles annexions de la Russie. M. Gladstone se déclara pourtant satisfait des assurances données pour l’avenir par le prince Gortcbakof, et alla jusqu’à faire cette déclaration à la tribune de la Chambre des communes : « Je n’ai, quant à moi, aucune inquiétude au sujet des extensions territoriales de la Russie en Asie, aucune inquiétude d’aucune espèce. Je suis d’avis que ces craintes ne sont que des craintes de vieille femme ». Était-il moins rassuré qu’il ne l’affirmait? Ou voulut-il calmer autrement que par des mots les inquiétudes de l’opinion anglaise? Il obtint du gouvernement russe la signature d’une convention pour la délimitation exacte des territoires récemment acquis par la Russie. La nouvelle frontière fut fixée à l’Amou-Daria, et laissa à l’Afghanistan les pays d’Ouakhan, Badakhan, Koundouz, Balkh et Maïmené. Plus loin vers l’ouest, elle restait indécise, et les Russes ne devaient pas manquer d’en profiter. En fait, dans ces régions, l’Angleterre, faute d’alliés, était réduite à confirmer de sa signature les agrandissements de sa rivale.

Elle chercha bien aussi à accroître son domaine, à opposer conquêtes à conquêtes ; mais elle fut bien loin d’obtenir des résultats comparables.

Pour conserver ses avantages sur le marché chinois, où pénétraient la Russie par l’Amour, la France par le Tonkin, elle attaqua la Birmanie. Elle lui avait enlevé en 1852 sa dernière province maritime, le Pégou, avec les villes de Rangoun et de Martaban. Elle exigea en 1885 du roi Thibaw le monopole de l’exploitation de ses forêts de teck. Il refusa. Le vice-roi de l’Inde, lord Dufferin, lui déclara la guerre, et envoya contre lui le général Prendergast, à la tête de 15.000 hommes. Le roi fut partout vaincu, pris dans sa capitale de Mandalé ; son empire fut annexé à l’Hindoustan, dont la frontière fut portée à l’est jusqu’au Mékong, au nord audessus de Bhamo, sur les confins du Yu-nam chinois.

Vers l’ouest, dans l’Afghanistan, Dost-Mohammed était mort en 1863. Pendant cinq ans, ses fils se disputèrent le pouvoir, qui resta enfin à Shere-Ali. Le neveu de celui-ci, Abd-er-rhaman, se réfugia à Samarkand, où il vécut d’une pension payée par le tsar. Shere-Ali, redoutant la puissance

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russe, entra en relations suivies avec le gouverneur du Turkestan, le général Kauffmann, et reçut à Kaboul une ambassade du tsar. Le vice-roi de Calcutta, lord Lytton, y envoya aussitôt une ambassade anglaise, escortée par le major Cavagnari. Shere-Ali lui interdit le passage du col de Khaïber. Lord Lytton lui déclara la guerre — novembre 1878. — 35.000 Anglais envahirent l’Afghanistan, prirent Kandahar et Kaboul, chassèrent Shere-Ali, le remplacèrent par son fils Yakoub, qui signa le traité de Gandamak — 5 mai 1 879 : le nouveau souverain dut recevoir du gouvernement anglais une dotation annuelle d’un million et demi de francs; moyennant quoi, il accepta un résident britannique à Kaboul et permit à l’Angleterre d’occuper les défilés des monts Solimans.

Quelques mois après, comme en 1842, les Afghans se soulevèrent. Le résident anglais, le major Cavagnari, fut tué. Une armée anglaise revint à Kaboul, détrôna Yakoub, qui fut interné à Simla. Le petit-fils de Dost-Mohammed, Abd-er-rhaman, reparut dans le pays, réclama son trône. Un fils de Shere-Ali, Ayoub, fut proclamé à Hérat, marcha contre les Anglais, battit le général Burrows à Mairvand, bloqua le général Primrose dans Kandahar. Le général Frederik Roberts accourut, battit Ayoub, le força à s’enfuir en Perse, entra triomphalement à Kandahar. Le pays restait très agité, l’armée anglaise enveloppée de populations malveillantes. Le vice-roi de l’Inde hâta la fin de la crise : il se décida à reconnaître Abd-er-rhaman comme émir de Kaboul. Il signa avec lui la convention de Rawal-pindi (1880) : l’émir reçut une dotation annuelle de trois millions de francs ; les troupes anglaises durent quitter l’Afghanistan ; l’Angleterre renonça à y entretenir un résident ; mais elle eut le droit de construire un chemin de fer de Chikarpour, sur l’Indus, à Quettah, à mi-chemin de Kandahar. Elle compte peu d’ailleurs sur la fidélité d’Abd-er-rhaman, qui fut autrefois un de ses ennemis les plus acharnés et qui vécut dix ans de sa jeunesse au milieu des officiers russes du Turkestan.

Que sont ces résultats, péniblement acquis et très précaires, en comparaison des victoires retentissantes de la Russie dans les mêmes pays? Caries défaites qu’elle infligea aux Turcs en 1877 ont singulièrement grandi son prestige et la crainte de ses armes parmi les peuples musulmans ; et les déceptions qu’elle subit au traité de Berlin, en 1878, ont

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excité son ardeur à d’autres triomphes dont l’Europe ne lui disputerait pas le fruit.

C’est en effet au lendemain de la guerre des Balkans qu’elle acheva la conquête du Turkestan. I) lui restait à prendre le pays compris entre l’Amou-Daria et la mer Caspienne. Elle avait sur cette mer une base d’opérations très avantageuse; elle y avait occupé en 1841 l’île d’Ashurada, en face de la ville persane d’Asterabad, près de l’embouchure del’Atrek. Elle occupa ensuite en 1854 Alexandrovsk, en 1869 enfin la belle baie de Krasnovodsk, en face de Bakou, à l’endroit où la mer est le plus étroite, et le général Stoliétof fonda bientôt sur cette baie le port de Mikhaïlovsk, complété plus tard en meilleure place par celui d’Ouzoun-ada.

Les Turcomans Tekkés du voisinage ne cessaient de harcéler les colons russes de ces nouveaux postes, et rendaient impossibles toutes relations commerciales avec les villes de l’Amou-Daria. C’étaient d’ailleurs de terribles bandits ; ils ne vivaient que de pillage. Montés sur leurs chevaux rapides, ils entraient la nuit dans les bourgades ouvertes, massacraient les hommes valides, chargeaient les femmes et les filles en croupe, attachaient les prisonniers par un carcan au pommeau de leur selle, et ramenaient à coups de fouet tout ce butin dans leurs forteresses, accueillis par les acclamations des habitants qui accouraient au partage de la proie. Ils étaient surtout la terreur des provinces persanes du voisinage.

Le gouvernement russe résolut de détruire ce nid de brigands. Après plusieurs sommations dont les porteurs furent égorgés, le général Lomakine, en 1876, marcha sur Kysil- Arvat, et l’occupa sans pouvoir la garder. En 1879, avec une armée plus considérable, il prit l’oasis d’Ak-Tépé, et attaqua la forteresse de Denguil-Tépé, où les Turcomans s’étaient concentrés et avaient élevé de solides retranchements, sous la direction du major anglais Buttler. Toutes les attaques des Russes furent repoussées, et Lomakine ramena le corps expéditionnaire dans la vallée de l’Atrek.

Il fut remplacé par le conquérant du Ferghâna, encore illustré depuis au siège de Plewna, le général Skobelef. En se servant des premiers tronçons du chemin de fer de Mikhlaïlovsh à Kyzil-Arvat, il conduisit une petite armée jusqu’au cœur du pays des Tekkés, et mit le siège devant leur principale forteresse Géok-Tépé, avec 800 hommes et

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58 canons. Elle était peuplée de 30.000 habitants, défendue par 7.000 hommes, sous le commandement du plus fameux chef turcoman, Tokma-Sadar. Skobelef entoura la ville de tranchées, malgré les furieuses sorties des assiégés pour s’y opposer. Quand ce fut achevé, l’assaut fut fixé au 12 janvier (1881). Le canon russe ouvrit dans les murs en terre glaise de la forteresse de larges et profondes brèches ; Skobelef y jeta ses soldats au milieu des Tekkés effrayés de la destruction de leurs lignes défensives ; après une terrible lutte à l’arme blanche, les Cosaques l’emportèrent, poursuivant les vaincus et les sabrant sans pitié. Le soir, ils ramassèrent 6.000 cadavres.

Le retentissement de cette victoire fut énorme. Toute résistance en fut abattue parmi les tribus turcomanes. Les chefs de villages et Tokma-Sadar lui-même vinrent jurer fidélité au quartier-général.

Les résultats ne se firent pas attendre. Le docteur Lessar explora les montagnes voisines, y détermina la route ' de Saraks à Hérat par la passe ue Zulfikar, étudia le tracé de deux anciens bras de l’Amou-Daria vers la mer Caspienne. Le gouvernement russe signa avec la Perse, en 1882, une convention par laquelle elle lui abandonnait ses droits à la suzeraineté sur Merv. Merv est une des plus anciennes cités de l’Asie centrale, un sanctuaire vénéré chez les musulmans ; elle est dans une situation géographique importante, sur le Mourg-ab, qui vient des hauteurs de l’Afghanistan, à peu de distance du Héri-roud, la rivière de Hérat. Au milieu d’une oasis fertile, elle a été appelée, avec exagération sans doute, le grenier de l’Asie centrale. Les conquérants mongols y voyaient la clef de l’Inde. Toutes raisons suffisantes pour expliquer l’ambition des Russes à son sujet.

Skobelef y envoya, déguisé en Turcoman, l’un de ses officiers, le major Alikhanof, pour en étudier les défenses. Mais il n’eut pas la gloire de cette conquête, et mourut en juillet 1882. Son successeur, le général Komarof, ayant à se plaindre de quelques pillages des cavaliers de Merv, y renvoya Alikhanof porteur d’un ultimatum exigeant la soumission immédiate de la ville. Les habitants, effrayés par les menaces de l’officier russe qui annonçait l’arrivée d’une grande armée, désignèrent des députés pour porter à Komarof leur soumission. Il y fit son entrée sans difficulté quelques jours après — février 1884. — Au mois d’avril suivant, ce fut le tour de Saraks, sur la route de Hérat.

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Les Anglais encore protestèrent énergiquement. Le gouvernement russe accepta la constitution d’une commission anglo-russe pour la délimitation de la frontière ; mais ils en retardèrent les travaux. A l’instigation des Anglais, les Afghans occupèrent le petit fort de Pendjeh, sur le Mourgh-ab, au sud de Merv. Le général Komarof, malgré les menaces des officiers britanniques, y courut, battit les Afghans, leur tua beaucoup de monde, mit garnison dans la ville.

On crut que la guerre allait éclater entre la Russie et l’Angleterre, qui pressèrent leurs armements. Grâce aux dispositions pacifiques du tsar Alexandre III et du ministère Gladstone, le conflit s’apaisa et la commission de délimitation acheva ses travaux. Les Russes acceptèrent pour frontière une ligne qui laissa à l’Afghanistan les défilés de Zulfikar, en avant de Hérat, mais qui leur assura la possession incontestée de Saraks, Merv, Pendjeh. Là encore l’Angleterre enregistrait le fait accompli.

Ce n’est pas tout. Aucune convention ne fixait la frontièré russe du côté du Pamir, aux sources de l’Amou-Daria. Us y ont profité de la continuelle anarchie qui trouble l’Afghanistan. En 1891, ils y ont envoyé une expédition, ont battu les Afghans à Somatach — juillet 1892. — Un nouvel accord anglo-russe a partagé ce plateau entre l’Angleterre et la Russie, au mois de février 1895. L’Afghanistan est tourné par l’ouest et par l’est. Le camp retranché anglais de Peïchawer est menacé. Les avant-postes des Anglais et des Russes sont face à face.

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