Sir James Cricliton Broun. Prohibitions fallacics, p
d'entre eux sont tombés de fatigue, on les a accusés d'ivrognerie.
M. B. Mathew, secretary of the fédération of Engineering and Shipbulding trade on the Clyde and secretary of to the Local Labour advisorys Board of War Ontput déclare que l'ensemble des hommes est sobre, mais qu'à un certain moment, un stimulant est absolument nécessaire pour certains d'entre eux. Il yen a qui en abusent. « Ce n'est pas la prohibition qui produira un progrès dans leurs habitudes, c'est l'exemple et l'élévation du ton dans leurs habitudes quotidiennes ».
Et il demande :
Est-on sûr qu'en privant de toute boisson alcoolique tous les hommes engagés dans la production des munitions et dans les constructions navales, dans les ateliers de mécanique etdans les docks parce que quelques-uns peuvent être intempérants, on ne frapperait pas la production d'un arrêt ?
Les prohibitionnistes, confortablement nourris, logés, chauffés, et ne se livrant qu'à un travail modéré, peuvent parler tout à l'aise de la sobriété ; « ils ne se mettent pas à la place de l'homme dont le travail est dur, et qui, ayant une alimentation maigre, monotone, mal préparée, a besoin d'un stimulant digestif. L'alcool peut élever l'organisme à un point d'excitation nécessaire pour la production d'un excès d'énergie 1 ».
M. Will Thorne, ouvrier depuis son enfance, General secretary national union of gasworkers and gênerai labourers depuis 1889, membre du Parlement, a répondu avec vigueur dans une petite étude : A Working class view of Prohibition.
1. Sir James Chrichton Browne, Prohibitions fallacies, p. 11.
— Les ouvriers., dit-il, ont donné toutes leurs forces pour l'armée; la mer est occupée par nos marins. Des mains habiles et vigoureuses ont forgé les armes dont dépend la victoire. Les trade unions ont aboli au commencement de la guerre leurs règles et coutumes!
k Et la crise est exploitée par des farceurs qui veulent faire du patriotisme un moyen d'abstinence! Les ouvriers s'indignent de cette trahison contre la loyauté du peuple. »
M. Will Thorne, invoquant son expérience personnelle, dit :
J'ai travaillé pendant des années comme abstinent total à des tâches qui nécessitaient le maximum de force physique et de résistance. Devenu un buveur modéré, j'ai travaillé, comme chauffeur aux OUI Kent Road Gasworks pendant neuf mois sans perdre un jour. Les hommes, travaillant dans les usines à gaz, dans les briquetteries, dans la métallurgie sont constamment en état de transpiration et ont besoin de larges quantités de liquide pour éteindre leur soif. J'ai connu des briquetiers qui, pendant leur travail, buvaient dix pintes de bière forte et, autant, sinon plus, pendant leurs heures de repos, sans altérer leur santé ni leur capacité de travail, au contraire avec une augmentation de leur appétit et de leur énergie générale.
M. Will Thorne se moque de la terreur qu'éprouverait l'évêque de Willesden en apprenant que des mineurs, portent plusieurs bouteilles de bière sur leurs épaules, pour rejoindre leurs» postes où ils travaillent dans une chaleur étouffante et au milieu d'une poussière si épaisse qu'ils peuvent à peine s'apercevoir. Est-il prêt à aller leur préparer du thé ou du chocolat?
M. Will Thorne ajoute que l'institution du Liquor Control-Board a provoqué un vif mécontentement parmi les
ouvriers : à Manchester, ils ont protesté contre toute tentative de sa part pour restreindre la vente des boissons.
Ils ont protesté contre la pratique des teetotalers de présenter au monde les ouvriers britanniques comme paresseux et dissolus pendant la guerre alors qu'ils donnaient des preuves de leur énergie et de l'efficacité de leur production. Ils se sont indignés, contre les évoques qui humiliaient l'orgueil national en se mettant à genoux pour implorer le prolétariat de rester sobre.
11 proteste contre les campagnes réactionnaires de Y Alliance; et il pose nettement la question du droit de l'ouvrier anglais au public hoitse.
J'ai connu beaucoup d'endroits où sans le public liouse, l'échange d'opinions entre les ouvriers, toute récréation sociale eussent été impossibles. C'est pourquoi, ils représentent une institution nationale, dont la suppression causerait une consternation générale et le mécontentement de millions de ceux sans lesquels nous ne pouvons remporter la victoire.
On a dit aussi en France du cabaret qu'il était « le salon du peuple », et l'expression est juste.
Mais si des évêques se sont lancés dans le mouvement prohibitionniste, il y a d'autres membres du clergé qui ont gardé leur sang iroid. Tel est le Dean of Durham, (le doyen de Durham) placé au milieu du centre minier le plas important de la Grande-Bretagne. Dans une étude : Prohibition as a permanent policy, il dit :
Nos préoccupations patriotiques n'impliquent aucun changement dans notre conviction que la prohibition, comme politique permanente, est sans fondement et conduirait à de malheureuses conséquences.
La prohibition est une mauvaise politique pour les raisons suivantes :
1° Elle est en conflit avec le sens général de l'équité;
2° Elle ne sera pas obéie, parce que la désobéissance sera moralement respectable;
3° Elle conduirait à de détestables conséquences : la substitution de l'alcool, plus facile pour la contrebande, à la bière; l'extension des habitudes de drogues comme la cocaïne ;
4° Elle serait une prime à la corruption des agents de l'Etat.
Et le Dean of Durham termine en rappelant la déclaration suivante du célèbre archevêque anglican de Dublin, Magee1 :
Quel est mon choix de l'Angleterre libre ou sobre? Je déclare, quelque étrange que puisse paraître une telle déclaration de la part d'un homme dans ma situation, que je préférerais l'Angleterre libre à l'Angleterre sobre par contrainte. Je préférerais !a liberté à la sobriété, parce qu'avec la liberté nous pourrions arriver à la sobriété, tandis que dans le cas contraire, nous risquerions de perdre à la fois la liberté et la sobriété.