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CHAPITRE III LES PROHIBITIONNISTES AUX ÉTATS-UNIS

Aux États-Unis, Me* Potter, évêque anglican de New- York, a dénoncé, dans des articles retentissants et dans des interviews, l'intempérance de propagande des apôtres de la tempérance '.

L'Église catholique en Amérique a toujours fait la distinction entre « l'abus des boissons enivrantes qui est un péché et l'usage qui ne l'est pas - ».

Le cardinal Amélie, archevêque de Paris, a lancé Fana thème à l'a le ool ; m ai s le cardinal Gibbons, archevêque de Baltimore, vient d'affirmer que « la prohibition serait une catastrophe nationale, presque un crime contre le bien-être physique et moral du peuple américain3 ».

11 fait entendre cette vérité qui devrait être inscrite dans toutes les salles où se réunissent des ministres et des législateurs :

Une des grandes erreurs de notre époque est de croire que la loi suffit à guérir toutes les tares sociales. La loi, qui sort de la voie naturelle, est mort-née et les lois mort-nées font naître dans le peuple le mépris de l'autorité légale...

\. La lutte anti alcoolique aux Etats-Unis par Dupré La Tour. {Le Musét sociul. Mémoires et documents.)

3. Lettre adressée au Bonforfs circulât du 15 mai, reproduite par le New York Times.

Les prohibitionnistes n'ont vu dans la guerre qu'un prétexte pour assurer leur victoire. A la Chambre des représentants. M. Webb a déposé un amendement au food control bill dans le but d'ajouter un 18e amendement à la Constitution : mais une pareille proposition doit réunir les deux tiers des voix des deux Chambres et être ratifiée par les législatures des trois quarts des Etats. Sa proposition ne réunit que 132 voix contre 114 alors qu'il lui en aurait fallu 252. M. Shepard, ayant fait une tentative semblable au Sénat na pas eu plus de succès. Mais la Chambre des représentants a interdit la fabrication de l'alcool de grains. Le Sénat, par 47 voix contre 37, a voté, avec quelques modifications, la prohibition des spiritueux, mais non celle de la bière et du vin.

Le Journal of commerce de New-York a montré quelles ruines entraînait cette liquor lunacy, cette folie antialcoolique.

Que reste-t-il des allégations des anti-alcoolomanes? Et certes je suis loin d'avoir épuisé le sujet.

Au point de vue des« crimes de l'alcool ». la démonstration est sans réplique. M. Charles Benoist, qui est parmi les agités de cette question, avait prétendu en dépit des faits que l'alcool nuisait à la natalité. Un député, M. Léon Perrier, lui répondit :

Voulez.-vous la principale cause de la diminution de la natalité?. Elle est auprès de vous, dans le milieu qui vous entoure et le phénomène de la faible natalité française est parti de là. C'est autour de l'Institut, autour des conférenciers de l'Académie que réside le mal et l'exemple du mal. C'est, en effet, surtout dans la classe aisée, dans la grande bourgeoisie parisienne qu'il y a une faible natalité; la diminution de la natalité française, laissez-moi vous le dire, monsieur Benoist, vient surtout du malthusianisme des classes riches. (Applaudissements.)

L'exemple est de chez vous descendu dans nos villes et dans nos campagnes. Je pourrais dire, sans crainte d'être démenti, que l'eau, qui séduit tant les hygiénistes, a fait plus de mal que l'alcool, et que le cabinet de toilette de nos élégantes n'a rien à envier à ce point de vue au cabaret et au débit d'alcool.

Combien les membres de l'Académie française comptent-ils d'enfants? et ceux des autres classes de

l'Institut, sans parler des membres de l'Académie de médecine ?

M. Charles Benoist, prenant le Calvados comme type, avait déclaré que les populations où il y avait des bouilleurs de cru ne produisaient que des déchets. Un député du Calvados, M. Laniel, lui a opposé l'opinion d'un général disant récemment, après un conseil de révision : « Je n'ai jamais vu une aussi belle collection d'hommes comme qualité et comme quantité! » Il n'y a pas eu 10 p. 100 de réformés et ces réformés auraient pu même être utilisés dans les services spéciaux de l'armée.

Je recommande une étude intitulée A chemisas vicies, publiée par le professeur Henry G. Armstrong, professeur émérite de chimie au City and Guilds collège, South Kensington, titulaire en 1911, de la Davy medal donnée par la Royal society.

Je regrette que les premiers chapitres de ce volume fussent déjà mis en page quand j'en ai eu connaissance : car elle fortifie, par de nouvelles expériences et de nouvelles données, lesexpériencesd'Atwateretles conclusions de M. Armand Gautier. Il est sévère pour l'attitude de la plupart des médecins à l'égard de la question de l'alcool.

Sur les effets de l'alcool les médecins n'ont jamais fourni aucune explication ; ils n'ont jamais saisi le problème; leur attitude dépend des circonstances et de la mode.

Après une étude physiologique trop développée pour qu'elle puisse être rapportée ici, le professeur Henri G. Armstrong dit :

On ne doit pas supposer que les condiments et les subs-

tances savoureuses flattent seulement le palais ; l'usage du Curry dans l'Inde, du poivre rouge dans l'Amérique du Sud est associé avec le riz insipide qui serait incapable d'exciter la sécrétion des enzymes nécessaires à la digestion. Les Pickles, qui sont un prétexte pour absorber du vinaigre, les sauces anglaises sont des excitants pour la sécrétion des enzymes et ceux qui en usent ont un bon appétit et la digestion facile. L'usage du vinaigre dans la salade est tout à fait rationnel, l'acide acétique faisant partie de l'hormone class, etc. (p. 47).

Et le professeur H. G. Armstrong conclut :

La pratique est complètement justifiée par la science.

Pour ceux qui n'ont à leur disposition que des aliments insipides et dont les pouvoirs digestifs sont faibles par défaut de stimulant, les boissons alcooliques prises avec modération rendent de grands services en provoquant la digestion, non seulement localement dans l'estomac, mais dans les diverses parties de l'organisme (p. 58).

11 ajoute aussi ce conseil aux h yd romanes :

Après beaucoup d'années d'études du problème, je crois que la majorité des abstinents feraient mieux d'user modérément des boissons fermentées, ils seraient probablement moins sujets aux troubles dyspeptiques, surtout dans Les pays où on prend tour à tour de l'eau glacée et du thé ou du café chauds. Ils adopteraient une vue plus brillante de la vie, et peut-être plus sociable et plus imaginative : ils seraient en mesure de reculer au point de vue intellectuel les limites d'une continence trop étroite et d'un esprit trop borné.

Quand ils invoquent l'hygiène, ils ne sont que les plagiaires de l'illustre médecin qui, préposé à l'hygiène de Sancho Pança dans l'île de Barataria, frappait chaque plat de sa baguette en prononçant un sacramentel Absit.

Je plains l'hydromane. 11 est en retard sur la civili-

sation qui peut produire non seulement les grands crus de Bordeaux, de Bourgogne ou de Champagne, les fines champagnes de la Charente, mais les vins et les eaux-de-vie ordinaires. S'il est incapable d'appré cier la saveur d'un bon verre de vin ou de spiritueux, il lui manque quelque chose. Ces produits ont exigé de ceux qui les obtiennent des qualités d'application, de persévérance, des aptitudes de goût et de délicatesse qui en font des hommes exceptionnels. Ils portent au plus haut degré la morale professionnelle : car ils comptent sur la qualité de leurs vins et de leurs eauxde-vie pour faire l'éducation du goût de leurs clients : et, en leur offrant cette source de jouissances, ils contribuent au développement des aptitudes humaines. Ils sont des facteurs de progrés.

Les perturbations économiques, provenant de la guerre, ont réveillé toutes sortes de vieilles survivances. Des gens veulent nous ramener au brouet des Spartiates : les végétariens ont essayé de nous persuader du danger du beefsteack et de la côtelette de mouton. Des anglais voudraient condamner leurs compatriotes au régime du riz et de l'eau.

Ils ne réfléchissent pas que sils obtenaient ce résultat, les habitants futurs de la Grande-Bretagne ne seraient pas les dignes fils de ces anglais qui, fortifiés par leur roastbeef, leur aie, leur stout et leur whisky, ont lancé leur nation en avant des autres peuples, sur tous les points du globe et dans tous les domaines de la pensée : ce seraient des passifs, bien tranquilles, mais dépourvus de l'énergie qui a fait la grandeur de leurs pères et qui fait leur grandeur actuelle.

Des Français voudraient aujourd'hui forcer leurs

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compatriotes à renoncer à l'eau-de-vie en attendant de les contraindre manu militari à renoncer au vin et au cidre. Qu'ils ne boivent que de l'eau, tant pis pour eux; mais je me révolte, s'ils veulent m'imposer leur régime.

Volontiers, ils invoquent « la race », « la conservation de la race » ; et quelquefois cette préoccupation paraît drolatique quand on regarde le personnage de qui elle émane. En voulant imposer la diététique qui leur agrée, ils travaillent à la détérioration de la susdite race.

Ils se prétendent patriotes : et ils trahissent la patrie française. Notre boisson quotidienne a de l'influence sur notre caractère, nos aptitudes, notre manière d'être générale. Jamais un Munichois ne pensera et n'agira comme un Gascon. Entre un Hambourgeois et un Bordelais, il y aura toujours la différence qu'il y a entre un verre de bière et un verre de Médoc. Mettez de l'eau, à la place du vin, dans les verres de Montaigne et de Montesquieu, et vous enlevez des chefs-d'œuvre à la littérature française. L'alcool chimiquement pur est un corps homogène, qu'il vienne de la pomme de terre ou des vignes de la Charente; mais le cognac n'est pas rectifié, il a conservé certains éthers et huiles essentielles qui, en même temps que son parfum, lui donnent une action psychologique dont nul autre liquide n'est susceptible. L'esprit, autour d'une bouteille de vin de Champagne ou d'un maass de bière, n'est pas identique. Enlever à la France le vin et l'eau-de-vie, ce serait supprimer une partie des qualités qui en font le charme, en constituent le rayonnement et l'influence.

Je suis originaire d'un pays à cidre, mais dans lequel les familles aisées boivent un ou deux verres de bon vin à chaque repas : et ce régime est excellent. Quant aux paysans, dans les années où il y a de la pomme, ils boivent peut-être trop de cidre ; mais le cidre leur donne de la gaité, de l'entrain, de l'énergie et de la bonne humeur; il les préserve des rhumatismes et de la pierre ; et pour juger de son influence bienfaisante, il suffit de constater leur état psychologique dans une année où il n'y a pas de cidre et dans une année où les fûts en regorgent.

Quant à la bière, quelle serait la situation des ouvriers du département du Nord, s'ils en étaient privés ? Elle a un avantage incontestable; l'eau qu'elle contient a été bouillie, et elle a acquis des propriétés réconfortantes qu'elle n'aurait pas eue, si elle était restée pure.

Qu'on compare les peuples qui ne boivent que de l'eau, du thé ou du café, et les peuples qui consomment de l'alcool et des boissons fermentées; où est donc la force et l'autorité ? où est donc la puissance, l'énergie? est-ce que ce sont les peuples musulmans, les Hindous, les Chinois qui mènent le monde? Les populations fortes, ce sont les peuples qui ne sont pas sobres, comme les Scandinaves, les Anglais, les Français, les P>elges, les Suisses, les Allemands, les Américains du Nord.

Est-ce que le thé et le café sont exempts de tout inconvénient?

Le Dr Benjamin Richardson a, dans son célèbre livre Hggiea, attribué la misère des pauvres femmes anglaises à leur consommation de thé. Dans son Manuel

de Pharmacologie, le Dr Dixon a montré que la caféine et la théine agissent sur le cerveau comme la strychnine sur l'épine dorsale,

La Ligue nationale contre l'alcoolisme annonce qu'elle fera des représentations cinématographiques de crimes commis par des ivrognes. Jamais ses tableaux ne pourront égaler en horreur, les atrocités, commises envers les Arméniens, leurs femmes, leurs enfants, dont des centaines de mille ont péri depuis 1915. Quels ont été les auteurs de ces massacres accompagnés de tortures raffinées? des Turcs et des Kurdes, des buveurs d'eau et de café1 !

Examinées d'une manière objective, il ne reste des thèses et des campagnes des anti-alcoolomanes que la preuve de leur fanatisme et de leur mépris de toute méthode.

Ils représentent ce que Buckle appelait l'esprit protecteur qui se transforme toujours en esprit persécuteur3. Ils sont des types des survivances des anciens inquisiteurs Espagnols qui brûlaient les gens pour les sauver et des anciens puritains, disciples de Calvin, qui considéraient, comme criminelle, toute joie humaine.

Jamais ni les uns ni les autres n'ont compris « la distinction fondamentale qu'il y a entre le domaine juridique et le domaine moral3. Leurs héritiers montrent, sous le couvert de nouveaux dogmes, la même mentalité.

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