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Conférence sur l'alcoolisme, 1882, par M. Ardouin

alambics de grande contenance, Tun de 20 muids (5.360 litres). Les frères Ougaud de Genève, en 1780, installèrent à Valegisac (Hérault) une brûlerie contenant 4 chaudières permettant de distiller 9.387 litres de vin par vingt-quatre heures.

Dès le xvne siècle, aux Antilles on obtenait des écumes et mélasses de la fabrication du sucre de canne, que les nègres appelaient tafia, les blancs guildives, et à laquelle, dans les colonies anglaises, on donnait le nom de rhum.

Pour protéger la production et le commerce des eauxde-vie de vin, le Gouvernement invoqua l'hygiène et une déclaration du roi du 24 janvier 1713 porte que « le commerce des eaux-de-vie de mélasses ou sirops de sucre, bière, cidre, poiré, hydromel, grains, marcs de raisins, lie et bassière de vin est défendu à peine de confiscation et de 3.000 livres d'amende, exceptions portées par la déclaration pour la Normandie et partie de la Bretagne. »

On répète volontiers que l'eau-de-vie de grains est toute récente : et on fait des dissertations sur l'innocuité des eaux-de-vie de vin et la nocivité des autres alcools.

On fabriquait de l'alcool de grains au moins au commencement du xviie siècle.

Un médecin saxon, Liban i us (1560-161(5), a donné la description d'un procédé de fabrication de l'eau-devie avec des grains qui lui en a fait attribuer la découverte, mais il dit lui-même qu'il ne lait que décrire une fabrication déjà pratiquée avec de la bière, des grains, des glands, des châtaignes.

Angelo Sala, chimiste italien, qui mourut en 1640 en

Allemagne, écrit, dans son livre Opéra medico-chimica publié à Francfort : « Pour fabriquer l'eau-de-vie de grains, alors très en usage dans les pays septentrionaux de l'Europe, on se sert de grains de blé grossièrement moulus, etc. » Au commencement du xvne siècle, on fabriquait et on vendait de l'eau-de-vie de grains en Allemagne, à Magdebourg, dans le Harz. Au commencement du xvne siècle, en Suède, toute exploitation agricole avait sa distillerie.

En France, un arrêt du Conseil d'Etat du Roy du 4 juin 1709 dans le but d'éviter une disette éventuelle de grains « fait défense de brasser des bières et de faire des eaux-de-vie avec du blé jusqu'au 15 octobre prochain ».

Jusqu'en 1690, l'Angleterre importait le brandy l'eaude-vie de vin) de France, le gin de Hollande et le whisky d'Irlande. Les distilleries n'y prirent d'essor qu a partir de cette date. La consommation du gin, produit du seigle, parfumé de genièvre, s'étendit avec rapidité. En 1700-1701, on étendit aux débits de spiritueux le régime qui réglait les débitants d'ale. Fielding annonçait, dans ses romans, que l'Angleterre se noyait dans le gin. On trouvera plus loin la description que lord Lansdale faisait en 1732 de l'ivrognerie à Londres.

Dans les Pays Scandinaves, on importait de leau-df ■vie; mais à partir du xvie siècle, on buvait surtout du bran de vin, produit de la distillation du seigle, contenant de 40 à 50'p. 100 d'alcool. Voltaire, au commencement de l'Histoire de Charles XII, dit des Surdois : « Ils vivent longtemps quand ils ne s'affaiblissent pas par l'usage des liqueurs fortes ». Gustave-Adolphe et Charles XII essayèrent de la prohibition et ne réussirent pas.

Quand Gustave III devint roi, en 1771, il voulut faire de sa cour la rivale de Versailles. Il en résulta qu'il eut besoin de ressources et, pour en obtenir, il essaya, sans succès, d'établir le monopole de l'alcool.

Les Génois introduisirent, au xvie siècle, l'usage de la vodka (alcool de grains) en Russie. Le gouvernement en avait établi le monopole par fermes, système qui a duré jusqu'en 1862 et qui a été remplacé, en 1895, par le monopole qui a duré jusqu'à la fin de 1914.

L'alcool de betterave était connu en Allemagne et en Belgique à la fin du xvme siècle. En France, l'appareil de M. Deros qui perfectionnala fabrication de l'alcool obtenu des betteraves, mélasses, céréales et pommes de terre date de 1818. De 1825 à 1850, les alcools d'industrie ne représentaient que 8 p. 100 de la production totale; ce fut à partir de 1855 qu'ils se développèrent.

On trouve l'usage de l'alcool répandu sur toute la terre depuis des siècles chez les populations les plus diverses. M. Armand Gautier dit * : « En Chine, le manduring et le fan-tsou ; dans les Indes, Yarak; au Thibet, le chong; en Nubie, le bouja s'obtiennent depuis des siècles en faisant fermenter les infusions de riz ou d'autres céréales bouillies et mélangées ou non de miel et d'epices.

« Le vin de palme, le pulqué du Mexique, le cachaca du Brésil, leguaruzo de l'Amérique du Sud, le mobi de Virginie, etc., se préparent avec les sèves sucrées du palmier, de l'agave, des cannes à sucre, et les décoctions de riz ou de pommes de terre. En Norvège, on fait fermenter la sève du bouleau ; dans les Alpes, l'infusion

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