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CHAPITRE II LES CAMPAGNES ANTIALCOOLIQUES A L ÉTRANGER

Il y a eu des ivrognes dans l'Inde, en Perse, en Egypte, en Chine, en Palestine, en Grèce, à Carthage, à Home : et partout où il y a eu des ivrognes, il y a eu des gens, se considérant comme d'une sagesse supérieure, dont les prêtres et les législateurs ont été les principaux représentants, qui ont blâmé l'ivrognerie et ont voulu la restreindre, un peu par la persuasion, le plus souvent par la contrainte.

Mahomet a été radical. Le Coran interdit les liqueurs fermentées et distillées.

En 1552, un act interdit en Angleterre, la consommation du vin sur place et limita le nombre des marchands qui avaient le droit de le vendre en détail. Mais on se plaignait aussi des désordres provoqués par la consommation de la bière.

En 1690, des distilleries, soumises à un droit très faible, furent installées.

Des bars s'ouvrirent, invitant, d'après Smollett, les gens « à s'enivrer pour un penny, » et « à tomber ivres morts » pour 2 pence, la paille sur laquelle ils pouvaient s'étendre étant gratuite.

En 1732, le recensement de Londres opéré par W. Maitland sur 95.968 maisons, trouva : brasseries 171, au-

berges 207, tavernes 447, débits d'ale 5.975, débits d'eau-de-vie (brandy) 8.659, soit 15.288 maisons de vente de boissons dont plus de moitié vendaient des spiritueux. On trouvait à boire dans une maison sur seize malgré les actes de 1728-1729 destinés à restreindre le nombre des débits. La population était de 750.000 personnes. On avait essayé en 1729, par l'augmentation du droit d'accise de réduire la consommation ; en 1736 fut passé le gin acl soumettant tout vendeur de spiritueux par quantité inférieure à 2 gallons à une licence de £ 50 et à un droit de 20 s. par gallon vendu. Ces mesures provoquèrent un régime de corruption et de fraude. La consommation de 1733 à 1742 doubla en Angleterre et dans le pays de Galles. Les Anglais renversèrent le système : en 1742, les licences furent réduites à £ 1 et le droit de détail de 20 s. à 1 d. par gallon.

En 1743, lord Lonsdale disait à la Chambre des Lords :

Partout dans cette grande métropole vous trouvez des misérables, insensibles et immobiles, couchés sur le pavé, préservés seulement par la charité des passants, d'être écrasés par les voitures ou piétines par les chevaux.

Ces liqueurs ne troublent pas seulement l'esprit, mais elles empoisonnent le corps; elles remplissent nos rues avec des fous et nos prisons avec des criminels, nos hôpitaux avec des estropiés... Les femmes qui roulent dans cette débauche empoisonnée sont incapables de produire des enfants ou ne procréent que des malades dès leur naissance.

Le premier paragraphe a disparu du programme des anti-alcooliques, preuve que l'ivrognerie publique a de beaucoup diminué.

Le second paragraphe reste la base des lamentations et des imprécations des antialcooliques.

Les mesures prises à partir de cette époque, instituèrent d'une manière définitive un système modéré de licences, qui aboutit aux actes de 1821 et de 1828 pour l'Angleterre et pour l'Ecosse et de 1833 pour l'Irlande. L'act de 1828 supprima aux « justices » le pouvoir discrétionnaire, qu'elles avaient possédé depuis 1495, de supprimer les licences : cependant les licences n'étaient accordées que pour une année et devaient être renouvelées chaque année.

Des sociétés de tempérance furent fondées aux États- Unis, en 1808, à Saragota, dans l'état de New-York et en 1813, dans le Massachusetts. En 1833, elles étaient au nombre de 6.000 comprenant un millier de membres; en 1836. Y American Society engloba dans son action la prohibition de toutes les boissons fermentées.

En Europe, des sociétés se fondèrent à partir de 1818 en Irlande. En 1831 lut fondée la British and Foreiga tempérance society avec l'archevêque de Londres pour président. En 1837, elle compta la reine Victoria parmi ses membres. Elle disparut en 1850.

Dans M. Pickwick, Dickens a fait une caricature vivante dune réunion de ses membres.

Les tempérants n'ont jamais eu foi dans leur pouvoir de persuasion. Ils en ont toujours appelé au bras séculier. En 1845, ils obtinrent une loi dans l'État de New- York, interdisant la vente publique des liqueurs; mais elle fut rappelée en 1847. En 1851, à Utique, fut fondé l'ordre des Bons Templiers. Ils triomphèrent en obtetenant la prohibition de toute liqueur fermentée ou distillée dans l'État du Maine. En 1853, fut fondé YUaited Kingdom alliance ayant pour but d'obtenir la suppres-

sion légale et totale de tout commerce des liqueurs « toxiques » comme boisson. C'est ainsi qu'ils appellent les boissons alcooliques.

Dans son livre la Liberté, publié en 18o9, John Stuart Mill reproduisait le passage suivant d'un manifeste de l'Alliance dont lord Stanley était président :

Toute matière concernant la pensée, l'opinion, la conscience, doit être placée en dehors de la législation.

Mais je réclame le droit de légiférer partout où mes droits sociaux sont mis péril par l'acte social d'un autre... Si quelque chose envahit mes droits sociaux, et certainement le trafic des boissons en fait partie ce quelque chose, il détruit mon droit primaire de sécurité et d'égalité.

John Stuart Mill répondait :

Qu'est-ce que cette théorie des droits sociaux ? Ce point de vue est celui de tous les inquisiteurs dans le passé. Cette conception supprime toutes les libertés qui sont à la base de notre droit moderne. Cette théorie voudrait enfermer dans le moule de son propre idéal social chacun des autres individus vivant au monde, et nous arriverions avec elle à ce régime étrange que chacun serait investi du droit de diriger la perfection morale, intellectuelle et physique de chacun d'après le type que chacun s'en fait.

Cet argument irréfutable n'a pas de prise sur les obsédés de l'anti-alcoolisme. L'Alliance reste la plus forte des sociétés de tempérance britannique. Elle dépense environ £ 12.000 (300.000 francs) pour sa propagande annuelle.

Aux États-Unis, un parti de National Prohibition fut formé. L'ordre des Bons Templiers se répandit clans le Royaume-Uni, dans les pays secondaires où les plus vieilles sociétés de tempérance du continent européen furent fondées en lb37.

En 1897 x, AI. A. G. Herzfeld, dans un remarquable article intitulé : Le Péril de la boisson et son remède constatait que l'excès en matière de boissons était beaucoup moins répandu, en Angleterre, que soixante ans et même trente ans auparavant. Pourquoi donc les cris d'alarme des membres des sociétés de tempérance ? Il en expliquait ainsi la cause.

Le général Booth, avec son habileté de tacticien, avait pensé qu'en se mettant à la tête des abstinents, l'Armée du Salut ferait la conquête de personnes riches et haut placées qui jusqu'alors avaient considéré avec dédain ses grossiers procédésde propagande. Les autres églises ne voulurent point rester en arrière. Presque toutes instituèrent une section de tempérance. L'Église d'Angleterre, institution menacée, dut naturellement donner l'exemple.

Les églises chrétiennes qui prêchent que boire de l'alcool et même toute boisson fermentée, est incompatible avec le christianisme, rendent hommage a l'Islam qui, dans cette voie, les a précédées de quatorze siècles.

En 1909 fut tenu à Londres le World's Prohibition, conférence qui réunit 300 délégués et institua une International prohibition fédération ayant pour but la prohibition complète de toutes les boissons fermentées ou distillées.

M. Arthur Shadwell, l'auteur de l'article Tempérance dans l'Ecyclopœdia Britannica (11e édition) dit au point de vue des résultats législatifs obtenus :

« Ceux qui réclament des interventions législatives substituent toujours les moyens au but et quand ils en obtiennent,

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