‹ Question de l'alcoolChapitre 5 sur 121 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

« Ma foi, messieurs., c'est par le petit livre de M. Yves Guyot, que vous pouvez le mieux la connaître. »

En 1903, la Royal stalistical society de Londres me décerna pour une étude sur The Sugar industry on the Continent la Guy medaî, grand honneur qui n'a encore été décerné à aucun autre étranger.

L'organisation de l'industrie sucrière, établie par la loi de 1884, avait pour résultat d'empêcher les français de consommer du sucre. Les fabricants de sucre en fabriquaient bien, mais ce n'était pas pour fournir leurs compatriotes de cet excellent aliment : c'était pour toucher des primes. Quand on comprit que la question se posait de cette manière, elle fut résolue : la conférence de Bruxelles aboutit le 5 mars 1002, et en France le droit sur le sucre de 62 francs dont 45 p. 100 étaient prélevés par les primes, fut réduit en 1903 à 27. Les français qui consommaient 9 kilos par tête purent en consommer 18.

Aujourd'hui le droit a été relevé à 4o francs. 11 est à craindre que ce ne soit pas la dernière hausse. Le Gouvernement nous réduit au rationnement et à la carte de sucre. Le Gouvernement a élevé les droits sur l'alcool jusqu'à les rendre prohibitifs.

L'article 4 de la loi du 30 juin 1916 stipule que, « jusqu'à la fin des hostilités » :

Toutes les quantités d'alcool propres à la consommation de bouche et provenant de matières autres que les vins, cidres, poirés, marcs, lies et fruits, sont réservées à l'Etat qui ne peut les rétrocéder que pour des usages industriels ou médicaux.

Cette disposition augmentera le prix de l'alcool de vins, de cidres, de marcs, etc., mais enlèvera cà lacon-

sommation la plus grande partie de l'alcool. C'est une disposition hypocrite qui a pour objet de rendre la consommation de l'alcool, déjà surchargé de droits, si onéreuse qu'elle ne puisse être accessible qu'aux gens aisés : et ce sont eux qui peuvent s'en passer aisément et doivent même s'en abstenir. Cette mesure a pour conséquence de diminuer le chiffre des matières disponibles pour l'alimentation de ceux qui, soumis à des efforts musculaires, souvent au grand air, ont besoin d'avoir le plus de calories à leur disposition. Alors que le ministre du ravitaillemnet crie son impuissance de fournir du blé, de la viande, des pommes de terre, du sucre à ses concitoyens qu'il rationne, ces philantropes exigent que le gouvernement supprime encore les 7 calories par gramme que fournit l'alcool ! Ils travaillent frénétiquement à la dépression des travailleurs et volontiers ils se donnent pour des professeurs d'énergie. Ils croient que la chaleur de leurs invectives suffit pour remplacer le combustible dans la machine humaine.

J ai une supériorité incontestable sur les meneurs de la campagne antialcoolique : je ne mets, dans l'examen de la question de l'alcool, d'autre passion que celle de la vérité. Je ne me place dans cette étude qu'au point de vue objectif : et je ne me permets quelques railleries à leur égard que parce que toute recherche scientifique comporte la critique de l'erreur.

11 m'est permis de leur demander, sans leur faire des excuses, sur quels faits ils appuient les affirmations suivantes qu'ils vont claironnant partout. — <( L'alcool anéantit la race ; il augmente la tuberculose; il peuple les prisons et les asiles d'aliénés. »

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