INTRODUCTION IX
A ces allégations, j'oppose des réalités que je les défie d'infirmer. Les Polyeuctes de l'antialcoolisme cassent à grands fracas des bouteilles et des verres sur la tète des passants; mais le tapage n'est pas un argument.
Les intempérants de la tempérance ne se doutent pas que, si Epicure en a fait la première des quatre vertus essentielles, elle signifiait pour lui la modération , vertu modeste et discrète, qui exclut tout fanatisme et implique le contrôle de l'individu sur lui-même.
Dans toutes les nations, dans tous les groupes, les ivrognes ne sont qu'une minorité d'autant plus restreinte que la civilisation est plus raffinée.
Un ivrogne, un alcoolique est un ennemi de luimême et des siens, soit; mais parce que A., B. et même G. sont ivrognes, en résulte-t-il que tout le reste de l'alphabet devra s'abstenir de boire du vin, de la bière, du cidre, de l'eau-de-vie ?
Les anti-alcoolomanes veulent subordonner la totalité de leurs compatriotes à la sollicitude effarée qu'ils éprouvent pour cette minorité. 11 y a aussi des prodigues qui gaspillent leur ressources. Les anti-alcoolomanes doivent logiquement exiger que tout individu, sans s'excepter eux-mêmes, n'ait le droit de recevoir des salaires et des revenus et de les dépenser qu'avec l'autorisation de l'autorité. Cette doctrine se comprenait du temps de Louis XIV, investi par le droit divin, de faire bon gré malgré le bonheur de ses sujets, en leur assurant « les biens de l'âme », « les biens du corps », et « les biens de la fortune ». Delamare, dans son grand Traité de la police x, a exposé très