‹ Question de l'alcoolChapitre 61 sur 121 · Statistique internationale, 2e vol., p · texte numérisé non relu

Statistique internationale, 2e vol., p

Je crois utile de faire connaître un document de premier ordre qui paraît être, en France, ignoré des milieux anti-alcooliques.

J'ai rappelé dans l'Introduction de ce livre le caractère de The Francis Galton Eugenics laboratory , attaché à l'Université de Londres et dirigé par le professeur Karl Pearson.

La première étude vraiment scientifique, sur l'Influence of Parental alcoholism y a été faite par miss Ethel -M. Llderton et M. Karl Pearson. Ils prirent pour base de leurs études deux rapports : l'un de YEdmburgh charity organizatioh society sur des enfants d'une école ; l'autre un rapport de miss Mary Dendy sur ceux d'une école spéciale de Manchester.

Les enfants étaient âgés de '.j à 14 ans et des deux sexes en nombre égal.

Le format et l'étendue de ce petit volume ne me permettent pas de reproduire les grands tableaux et les graphiques de ce mémoire ; mais je donne la traduction littérale de quelques passages importants1.

1. Ewjenic's Laboratory mémoirs X A first stwhj of the influence on the physique and n'iili/i/ of the offsprïng. L'n mém. in-4°de 46 pages London, Cambridge University Pressj.

Page 5. Alcoolisme des parents, taille et poids des enfants. — Considérons d'abord l'effet de l'alcoolisme des parents sur la taille actuelle et le poids de leurs enfants. Nous avons d'abord divisé nos statistiques en deux groupes seulement : l'un où les deux parents boivent, l'autre où aucun des parents ne boit; puis nous avons fait la détermination de corrélations par une nouvelle méthode du professeur Pearson. Le premier pas nécessaire dans cette méthode et de découverte d'un coefficient de corrélation est de trouver les moyennes des classes. Nous constatons que la hauteur moyenne des fils de parents non alcooliques était de 47,5 pouces, et celle des enfants de parents alcooliques 47,9 pouces et la corrélation 0,07, c'est-àdire une très légère relation entre les parents qui boivent et des fils plus grands; et il en a été à peu près de même pour le poids; le poids moyen des fils de non alcooliques était de 53,8 lbs et celui des fils de parents alcooliques 5,50 lbs. ; la corrélation entre les parents alcooliques et les fils plus lourds était de .06.

Nous avons constaté que l'Age moyen des fils de parents non alcooliques était de 9,4 et des parents alcooliques de 9,8 et la corrélation entre les parents alcooliques et les fils plus âgés était de 0,1. Pour employer la formule de corrélation partielle, nous trouvons que le coefficient entre les parents alcooliques et le physique appauvri chez leurs fils, pour un âge constant était de 0,04 quant à la hauteur et de 0,05 pour le poids. Les résultats sont donnés dans le tableau I pour filles et garçons.

Tableau I

Parents Parents Garçons. , sobres, buveurs.

Hauteur moyenne 47,5 47,9

Poids moyen 53,8 55,0

Age moyen 9.4 9. S

• ë «; ( Boisson et taille. ... — .07 S Sll Boisson et poids ... — .06 ".s "2 ' Boisson et plus grand. .11

^ m ' Boisson et taille pour

•| jf ) âge constant .... 0,04 -j- 0,03

^ s ) Boisson, poids pour âge

« I constant ...... 0.05 -f 0,03

Parents Parents Filles. sobres, buveurs.

Hauteur moyenne. . 46,8 46,6

Poids moyen 52,7 52,3

Age moyen 9,3 9,4

• è^= ( Boisson et taille. ... .03 ^B-S^îl Boisson et poids. . . . .02 ^.2*£ ' Boisson et plus grand. .03

^ ' Boisson et taille pour

•| 4 \ âge constant .... 0,09 -f- 0,03

^ "S. / Boisson, poids pour âge

« ~ rv constant 0,08 -f 0,03

Le signe — indique qu'une condition meilleure chez l'enfant est corrélative à l'alcool isme chez les parents.

Page 8. Manclœstcr. — Du rapport manuscrit de Miss Dendy concernant les enfants dans les écoles spéciales de Manchester1 nous avons établi la classification suivante : a) normal; 6) délicat; c) phtisique et épileptique; d) mort dans le jeune âge de « crises ou convulsions », « consomption », etc. Le pourcentage des enfants de parents sobres ou alcooliques ayant différents degrés de santé sont indiqués ci-dessous :

Garçons. Père sobre. Père alcoolique

Bien portants 57,8 59,2

Délicats. . . . 14,8 15,8

Epileptiques et phtisiques. . . . 9,1 4.3

Morts jeunes 18,3 20,7

Filles. Père sobre. Père alcoolique.

Bien portantes 57.2 61,7

Délicates 14,8 13,9

Epileptiques et phtisiques. ... 6;1 3.9

Mortes jeunes 22,0 2u.o

Garçons. Mère sobre. Mère alcoolique.

Bien portants 57,5 61 ,7

Délicats 13,0 19,4

Epileptiques et phtisiques .... 5,3 2,2

Morts jeunes . . . 22,2 16,7

Filles. Mère sobre. Mère alcoolique.

Bien portantes 59,0 57.6

Délicates 14,7 18,2

Epileptiques et phtisiques. . . . 8,4 o.O

Mortes jeunes 18.0 21,2

Ces pourcentages indiquent que les différences entre la santé des enfants de parents sobres et ceux de parents alcooliques sont très légères et comportent une certaine irrégularité. Le seul fait constant dans les quatre tableaux est le plus grand pourcentage (1 enfants souffrant dépilepsie et de phtisie parmi les enfants de parents sobres. Dans trois cas sur les quatre, nous trouvons un nombre légèrement plus élevé denfants bien portants chez les enfants de parents alcooliques, et un nombre légèrement plus élevé de délicats; dans la classe « morts jeunes » nous trouvons en deux cas le plus grand nombre parmi les enfants d'intempérants et en deux cas

parmi les enfants de parents sobres. Il est évident, d'après ces tableaux, que les corrélations sont très petites et qu'il est difficile de décider si, pris en masse, elles doivent être considérées comme positives ou négatives, c'est-à-dire, si le rapport est entre l'intempérance et la mauvaise santé, ou entre l'intempérance et la bonne santé.

Page il. — Le fait, démontré par ces chiffres, que les enfants d'intempérants sont mieux portants que les enfants de gens sobres, est probablement dû à la circonstance que parmi les membres de la communauté les plus virils et les plus physiquement aptes sont plus enclins à la tentation alcoolique, et par conséquent le résultat observé est un effet indirect de l'hérédité et non un résultat d'alcoolisme. Le plus grand pourcentage d'enfants phtisiques et épileptiques dans les familles sobres est aussi très probablement du à la même cause : à savoir ces conditions pathologiques proviennent de constitutions transmises par hérédité, et les parents d'enfants phtisiques et épileptiques étant eux-mêmes de constitution plus faible ([ne les parents moyens, sont moins exposés a l'alcoolisme. On peut encore constater que dans le cas d'enfants morts jeunes, alors que dans le cas des garçons les parents des deux sexes sont plus sobres que la moyenne, pour les filles ils sont plus alcooliques que la moyenne; ceci parait indiquer que le résultat est dû plutôt au milieu qu'à une influence toxique, et correspond à ce que nous avons remarqué au sujet du poids et de la taille d'enfants par rapport a l'alcoolisme des parents. Prenant la santé en masse uous sommes forcés de dire que, — sauf pour la phtisie et

l'cpilepsie qui apparaissent moins fréquemment chez les enfants de parents alcooliques — il n'y a aucune relation significative entre Valcoolisme des parents et la mauvaise santé des enfants. Les différences sont beaucoup trop légères pour permettre d'en tirer des conclusions sûres, et il n'y a pas de relations intense et proche entre l'alcoolisme et la santé défectueuse ou les conditions pathologiques de la progéniture.

Page 12. Alcoolisme des parents et intelligence des enfants. — D'abord nous considérerons les résultats des écoles spéciales de Manchester. Nous divisons les enfants en 1° mentalement défectueux et 2° normaux.

Page 13. — Sur quatre tableaux, trois indiquent une corrélation négative, c'est-à-dire une corrélation entre parents sobres et enfants mentalement faibles ; les coefficients de corrélation étant très petits ne peuvent avoir une grande signification; mais ils indiquent clairement que l'affirmation que l'alcoolisme du parent est une cause de faiblesse intellectuelle chez les enfants doit être acceptée avec réserve ; ce n'est pas le cas pour les défectueux de Manchester. Lorsque le père est sobre, nous trouvons 41 p. 100 de ses fils et 31 p. 100 de ses filles mentalement défectueux, chiffres qu'il faut comparer avec 34 p. 100 et 30 p. 100, lorsqu'il est alcoolique. Lorsque la mère est sobre nous trouvons 39 p. 100 de ses fils et 30 p. 100 de ses filles mentalement défectueux, à comparer avec 40 p. 100 et 24 p. 100 lorsque la mère est alcoolique. Ici encore nous répétons que nous ne supposons pas que la sobriété soit une cause de défectuosité mentale, pas plus que nous ne la croyons cause de phtisie ou d'épilepsie. La légère association, si elle a quelque

signification, est probablement un effet secondaire d'influence héréditaire, les enfants de faible mentalité venant d'une souche plus faible, qui n'a ni le désir ni peut-être la capacité d'alcoolisme qu'aurait une souche de physique plus vigoureux.

Page 14. — Lorsque nous examinons les proportions d'enfants ayant une bonne intelligence, nous trouvons un léger excédent de bonne intelligence parmi les fils de parents qui boivent et un léger excédent de bonne intelligence parmi les filles de parents qui ne boivent pas. Dans la catégorie des intelligences lentes et défectueuses nous trouvons un excédent parmi les fils de pères sobres et dans les autres tableaux l'excédent des intelligences lentes apparaît parmi les enfants de parents qui boivent. Les différences partout sont petites.

l'âge 16. Alcoolisme des parents et capacité visuelle des enfants. — Par exemple, si l'alcoolisme des parents produisait une dégénérescence générale des enfants, elle devrait être marquée par la vision défectueuse des enfants. De plus, les parents alcooliques sont particulièrement aptes à négliger la propreté et les soins dont dépend largement l'hygiène de l'œil. Enfin, l'alcoolisme dans la maison peut forcer les enfants à vivre dehors en grande partie, et produirait ainsi même un milieu favorable à la vue. Bref, il n'y a pas de champ dans lequel, si nous le considérons un peu soigneusement, nous pouvons rencontrer un si grand enchevêtrement des trois influences fondamentales de l'alcool ; l'hérédité, la toxicité et le milieu.

Page 18. — Le mémoire contient quatre tableaux.

nous nous bornons à reproduire les conclusions : deux faits sont communs aux quatre tableaux : 1° la plus grande proportion d veux normaux parmi les enfants de buveurs que de non buveurs; 1° la plus grande, proportion d'enfants qui souffrent d'astigmatisme complexe, d'hypermétropie, et de myopie ou astigmatisme myopique parmi les filles et garçons de parents sobres. La classe de vision qui indique quelque irrégularité dans les pourcentages est l'astigmatisme hypermétropique; dans deux cas, nous trouvons un plus grand pourcentage de ce défaut de l'œil chez les enfants de parents sobres et dans deux cas. chez les enfants de parents qui boivent.

Page. 19 — Partout les rapports sont vraiment minimes et évidemment peu simples de caractère, de sorte qu'on ne saurait y insister beaucoup; mais autant qu'on peut s'y fier, ils n'indiquent aucune relation définie et marquée entre l'intempérance et la vision défectueuse ; la relation, s'il en existe, serait plutôt entre l 'intempérance et une bonne vision.

Pour la mortalité enfantine nous devons déterminer le coefficient partiel de corrélation et corriger notre mortalité « globale » pour une grandeur constante de famille ; ceci veut dire que nous devons trouver trois corrélations : 1° entre l'alcoolisme des parents et la mortalité: 2° entre 1 alcoolisme des parents et la grandeur de la famille; 3" entre la mortalité et la grandeur de la famille.

En conservant les trois divisions de sobre, boit et boit par accès, nous avons trouvé les proportions corrélatives. Le premier pas a faire dans ce procédé est de trouver la moyenne pour chaque groupe, c'est-

à-dire : 1° la moyenne du nombre d'enfants morts et 2° la grandeur moyenne de la famille lorsque les parents sont sobres, lorsqu'ils boivent, et lorsqu'ils boivent par accès. (App. Tableaux LUI à LVI inclus. et Tableau LXII).

Nombre moyen d'enfants morts

Grandeur moyenne de la famille

Famille nette

Taux de mortalité p. 100. 2.8,9

Nombre moyen d'enfants

morts

Grandeur moyenne de la

famille

Famille nette

Taux de mortalité p. KM), 28,4 33,4 36,4

Père

sobre .

alcoolique.

par accès.

Mère

sobre.

alcoolique.

par accès.

Ces moyennes indiquent que les porcs sobres oui en moyenne moins d'enfants morts cl des familles plus petites que les pères qui boivent, cl il en est de même pour les mères qui boivent.

Quand nous examinons les moyennes pour la mère nous apercevons que lorsque la mère boit le taux de mortalité est plus lourd et les différences son! plus grandes, mais la différence la plus notable est lorsque la inerc boit par à-coups.

Page 27. — Une partie de cet excédent de mortalité parmi les enfants est certainement duc aux accidents,

à l'étouffement pendant le sommeil, aux brûlures, et à d'autres causes provenant de négligence, mais nous serions portés aussi à l'attribuer au moins en partie aux mêmes causes, — probablement le manque de soins au logis, l'alimentation défectueuse, peut-être à d'autres facteurs qui peuvent être toxiques, — que celles qui se manifestent dans la taille et le poids légèrement au-dessous de la moyenne, que l'on rencontre parmi les enfants de mères alcooliques lorsqu'ils arrivent à l'âge d'écoliers.

Les résultats pour Edimbourg et Manchester semblent indiquer que depuis la population générale jusqu'à une classe très dégénérée — les parents d'enfants de faible esprit — l'excèdent de mortalité due à l'alcool varie entre 10 p. 100 et 13 p. 100 de la mortalité générale. Ces résultats ne paraissent guère d'accord avec la déclaration courante que 25 p. 100 des morts d'enfants au-dessous de l'âge de cinq ans sont dues à l'intempérance. Le pourcentage est assez grand sans besoin d'exagération. Mais ce n'est pas un paradoxe que de déclarerque si les alcooliques devenaient sobres le gain net en vies d'enfant ne serait même pas de 10 p. 100 à 13 p. 100 mais à peine 1- p. 100, parce que les parents alcooliques sont plus féconds que les sobres et ainsi leurs familles nettes sont presque égales. Ceux qui déclarent que sans l'alcoolisme l'augmentation de la population serait de 25 p. 100 plus rapide, n'ont pas tenu compte de la fécondité nette des parents alcooliques.

Tous les travaux entrepris dans le Galton Eugenics laboratory pour mesurer le rapport avec le milieu familial et le caractère chez l'enfant ont donné des

corrélations peu élevées, des valeurs variant entre 0 et 2 numériquement.

Voici les conclusions auxquelles a abouti cette étude :

Page 31. — 1,11 y a une plus grande mortalité parmi les enfants d'alcooliques que parmi les enfants de parents sobres. Ceci paraît plus marqué dans le cas de la mère que du père, et puisqu'elle est sensiblement plus élevée dans le cas de la mère qui a des crises de boisson que dans celui de la mère qui boit habituellement, il semblerait que cette mortalité soit le plus souvent due à des accidents et à la négligence excessive, peut-être aussi à un degré moindre, à l'effet toxique sur l'enfant.

En raison de la plus grande fécondité des parents alcooliques, la famille nette des sobres est à peine plus grande que celle des alcooliques.

2. Le poids et la hauteur moyens des enfants de parents alcooliques sont légèrement plus élevés que ceux de parents sobres, mais comme l'âge des enfants du premier groupe est légèrement plus élevé, les corrélations lorsqu'on les corrige pour l'âge sont plutôt positives, c'est-à-dire, que le poids et la taille sont un peu plus élevés chez les enfants des sobres. Dans lecas du père les corrélations sont sans significations eu égard à leur erreur probable ; dans le cas de la mère ils peuvent être tout juste significatifs mais sont si minimes qu'ils n'ont pas d'importance1.

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