DEVANT LE MAGNÉTISME ET LE MÉTHODISME
Nous savions fort bien que le chapitre du livre des Esprits, intitulé le Presbytère de Cideville, servirait tout à la fois contre nous, de prétexte à la mauvaise foi, et d’excuse à la bonne ; mais jamais nous n’aurions osé réver pour lui «l'illustration européenne » dont l'honore M. de Gasparin (1).
Qu'il veuille bien y prendre garde! de telles expressions nous aideraient merveilleusement, dans cette course autour du monde.
Toujoursest-il, que ce chapitre qui éclaircit tant de questions, et précisément pour cela même, a rencontré deux ennemis implacables, le magnétisme et le méthodisme représenté par notre ardent adversaire ; tous deux se sont ligués contre lui, tous deux se sont emprunté leurs meilleures armes, se sont félicités de leur prétendue victoire, et c’est en raison de cette solidarité apparente, qu'il devient curieux d’examiner si réellement elle existe et si elle peut exister,
Nous avons déjà vu ce qu'était le magnétisme pour M. de Gasparin,
(1) « (Cette histoire) est en train de faire le tour du monde... tant le presbytère de C... est devenu illustre. Là, tout se trouve réuni, des coups comme en Amérique, un berger sorcier comme au moyen âge, des témoins aussi nombreux et aussi honorables que dans les anciennes affaires de magie, un livre écrit ex-professo et non moins habile, non moins loyal que les traités de Mather ou de Bodin, ete., etc., (t. LE, p. 513 et 518).
CIDEVILLE DEVANT LE MAGNÉTISME, ETC. 203 et combien if était impossible de reconnaître dans le modèle rétréci, mutülé qu'il nous en donne, et la surintelligence, et la prévision, et les révélations de choses secrètes et toutes les propriétés littéralement magiques dont l'ont doté tous ses adeptes, depuis Mesmer et Deleuze, jusqu'à MM. Teste et du Potet; la question est épuisée, et nous ne pouvons plus y rentrer. D'ailleurs , nous en appelons à tous les magnétiseurs du monde ; tous s’accorderont sur ce point, que le magnétisme purement fluidique et physique de M. de Gasparin , est un magnétisme de sa façon , un magnétisme réformé et nécessairement schismatique. À ce point de vue, quelle force son livre avait-il pu prêter contre nous au Journal du Magnétisme ? Nous le voyons d'autant moins , que ce dernier, tout en prodiguant de grands éloges à l’auteur « des tables tournantes , » lui enlève toute espèce de crédit et même de possibilité d'existence.
Nous venons de le voir, l'ouvrage de M. de Gasparin peut se résumer ainsi : pour la question générale, absence complète de surnaturel, depuis les apôtres, et pour les faits modernes, reflet de la pensée et surtout exclusion absolue des esprits, Otez-lui, non, altérez seulement une seule lettre de ce symbole, et, comme le dit fort bien M, Thury de ses explications, i{ ne restera rien du tout.
Or, voyons un peu comment le Journal du Magnétisme va juger son système :
Dans le premier volume, il rencontre d’abord et qualifie ainsi « la cessation du surnaturel depuis le dernier des apôtres » : « Cette distinction , ce juste-milieu qui entre bien dans le caractère du protestantisme, ne salisfera personne, et sera traitée par les deux partis comme une inconséquence..…… Et, en effet, on ne comprendrait pas trop pourquoi Dieu aurait, pendant une longue période, semé les miracles à profusion, puis aurait tout à coup changé de système (1), M. de G... croit pouvoir arrêter les miracles en y comprenant les manifestations spirituelles , et dès lors, s’armant de la férule de M. Babinet, il les déclare impossibles et leur défend d'exister. Cette partie de son travail est celle qui nous semble la plus faible. »
Voilà pour le premier volume, mais « heureusement, reprend M. Morin, M. de Gasparin reprend dans le second, son rôle de savant
(1) Surtout au moment où il annonçait que ses disciples feraient de plus grandes choses que lui, MAy0rA.