‹ Question des espritsChapitre 106 sur 117 · ET LE MÉTHODISME · texte numérisé non relu

ET LE MÉTHODISME

à son chef, M. le baron Du Potet, dont les expressions /yriques peuvent se traduire en belle et bonne prose, à l’aide de quelques écrits et même de quelques conversations récentes, dont les interlocuteurs n'ont pas tous été discrets.

Voilà pour le magnétisme ; maintenant voyons un péu la manière dont ile Presbytère de Cideville aurait été « battu en brèche» par M. de Gasparin.

«Ge récit, a-t-1l dit plus haut, est en train de faire le tour du monde... Mais si je pémonrre que‘les incidents constatés à Cideville Sont absolument dépourvus de réalité... etc., etc. » D'accord, mais c'est ce qu'il faut démontrer.

M. de Gasparin n oublie qu'une chose, où plutôt il ne l’a jamais sue. S'il s'était donné la peine de faire venir les pièces, que nous n'avons pu relater à cause de leur longueur, mais que notre éditeur, — nous l'en avions prévenu , — tenait à sa disposition, il se füt assuré qu'il y avait eu « très-longue enquête; » visite et conversion de médéecins, de magistrats, d’ecclésiastiques, débats contradictoires, plaidoyers brillants, et, qu'on le note bien, conviction profonde chez l'avocat du curé, l’un des plus distingués de la ville de Rouen, puis Jugement définitif et impossibilité d'en appeler, malgré toutes les menaces du parti très-nombreux qui avait annoncé cet appel. Enfin M. de Gasparin se fût assuré, que les opposants convenaient de la réalité des faits, de la sincérité des témoins, et ne différaient avec ces derniers que sur l'explication de ces mêmes faits, qu’ils attribuaïent, où plutôt essayent d'attribuer à la jonglerie humaine.

Maintenant, il plaît à M. de Gasparin de renouveler ce qu'il faisait tout à l'heure pour Loudun, c’est-à-dire d'intervenir entre des adversaires d’accord sur les bases matérielles, de déposer sur le fait à deux cents lieues de distance, et d'affirmer bien à son aise, des bords du Léman , que les faits de la Seine fnférieure n'ont jamais existé 1...

Pour S'insurger à ce point-là, contre toutes les règles du témoignage de l'histoire, de la justice et même du bon sens, pour proclamer de st loin le mensonge de témoins, que leurs adversaires de si près reconnaissent véridiques, il faut d'abord avoir un certain courage, et ensuite de tellés raisons, que l'évidence elle-même soit obligée de plier devant elles.

M, de Gasparin men à que deux, et avec cela il se charge de tout démolir; ces deux raisons sont : 4° l'impossibilité de Ia bourrasque

mystérieuse qui vint ouvrir la scène; 2e la répercussion des coups sur la personne absente du berger.

Assurément , la dernière de ces raisons était tout à fait suffisante , et n'appartient pas en propre à notre adversaire ; et pas n’était besoin de nous l'envoyer d'aussi loin , le plus jeune écolier de nos villages ayant pu tout aussi bien la trouver. C'est là un de ces faits qui ne peuvent pas se discuter, que leur réapparition constante, en pareille occurence, a pu seule faire remarquer, et sur lesquels toutefois l’action magnétique ou fluidique, à distance, pourrait encore jeter quelque jour. Au reste, comme ce fait n’a jamais été qu'un détail, et n’est entré pour rien dans les débats, son importance était nulle.

Il n’en était pas de même de la bourrasque. Si les témoins ont menti sur celle-là, dès lors ils auront pu mentir, et l'auront fait sur tout le reste.

Voyons donc ce qu’on lui oppose : « Voilà un phénomène qui, tout sortilége à part, aura certainement attiré l'attention des ignorants et des savants à cent lieues à la ronde, que dis-je, dans le monde entier. » On aura procédé à une enquête... Les trombes laissent de leur passage des marques incontestables, Voici un presbytère dont les fenêtres sont brisées, dont les cheminées sont détruites, dont les tuiles jonchent le sol, et voici tout autour des maisons qui n’ont reçu aucune attente. Voici le jardin du curé où Les arbres ont élé arrachés, etc., p. 544,

Mon Dieu, que de frais inutiles et perdus! Laissons d’abord les arbres arrachés..… car M. de Gasparin «souffrira que je le déclare, ce détail n’a existé que dans son imagination » (id.). Quant au désordre du presbytère, il a existé pendant deux ans, el les traces s’en. volent encore aujourd’hui ; quant aux journaux qui l’auraient su, ils l'ont tous

su, et on peut le leur demander; quant à l'enquête générale, elle serait arrivée un peu tard pour constater la bourrasque, et n'aurait pu constater, comme tout le monde, que ses effets; quant au respect de cette bourrasque pour les maisons du voisinage et à sa publicité, nous avons eu et subi, comme tout le monde, des bourrasques qui brisaient nos arbres et découvraient nos maisons, puis des grêlées qui respectaient nos vitres et causaient pour 4,000 fr. de frais à nos voisins, etc., etc., sans qu’on en dit deux mots en dehors de notre canton. C'est même ce qui arrive le plus souvent. D'ailleurs, on ne peut arguer du silence et de l'indifférence du pays, car c'est encore une vérité de fait, que éout le pays aflua pendant deux mois dans cette maison dévastée.., Enfin,

ET LE MÉTHODISME. 209 quant à l'empressement des savants à venir s'assurer de la vérité, comment M. de Gasparin peut-il donc s’y tromper encore? Comment ! il ne saurait parvenir à leur faire seulement regarder ses soulèvements sans contact, prodige qu’il répète à volonté, et qui suflirait à « faire écrouler le monde ; » et il argue encore de l'intérêt des savants, de leurs bons yeux et de leur franchise? Ah! qu'il connaît mal le terrain qu'il exploite, et qu'il ignore tous les mécomptes qui l’attendent, en raison même du point précis qu'il a franchi, et après lequel il verra bien que rien ne peul se prouver, Si ce n'est à quelques-uns de ces très-rares esprits sans préjugés, comme heureusement il s’en est encore trouvé un fort bon nombre à Cideville.

Qu'il veuille bien nous croire une fois de plus , il faut autre chose qu'un raisonnement à distance, pour démolir un fait, qui a survécu à bien d’autres attaques, et que des milliers d’analogues dans les deux mondes, ne permettent plus aujourd'hui d’attaquer, sous peine d’illogisme et de déraisonnement. Quant au conseil de « respecter assez le publie pour ne pas lui servir des anecdotes qui ne résistent pas à deux minutes d'examen (519),» nous en ferons le même cas que du conseil relatif à Loudun, et nous y répondrons par lPinvitation de s’enquérir, chez tous les libraires de Paris, de la manière dont leurs clients ont accueilli notre injure. Plus tard, on pourra s'enquérir auprès des savants, de l'attention qu'ils commencent à lui prêter, et lui prêteront de plus en plus.

C'est alors que M. de Gasparin aura quelque peine à soutenir que ses «démonstrations auront été surabondantes. »

Mais voici le point le plus intéressant à élucider : c’est celui du plus ou moins de critique , et d'incrédulité, que le presbytère de Cideville pourrait rencontrer chez les lecteurs protestants.

Déjà, les littérateurs réformés et fort instruits du Quarterly-Review (1) nous ont complétement édifié sur l’immense développement, imprimé par la réforme aux théories démonologiques et aux procès de sorcellerie. Ces assertions historiques auront contrarié sans doute un adversaire qui se demande «ce que serait devenu le monde à cet égard sans la réforme. » Cependant personne ne peut ignorer que ce mot diable était sans cesse à la bouche de tous les chefs, et que tous s’accusaient, mutuellement de tenir de lui leurs arguments, leurs

(1) V. la note précédente sur les sorciers.

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règles de conduite, et qui pis est, de mourir étranglés par ce terrible professeur.

Nous n'avons jamais remarqué qu'au milieu «de leurs sornettes » les pères de l'Église se soient jamais honorés mutuellement de telles oraisons funèbres (1).

Mais enfin tout cela était oublié, et depuis, on rejetait assez exclusivement parmi les vieilles superstitions de l'Église romaine, la croyance aux esprits et aux lutins.

(1) On ferait un volume sur ce sujet, et surtout sur la fameuse conférence de Luther avec le diable, conférence à la suite de laquelle, Le sacrifice de la messe fut aboli. Laissons parler le grand réformateur : « Je vous ferai ma confession pleine et entière , saints et vénérables pères, et donnez-moi une bonne absolution; il m'est arrivé une fois de m’éveiller au milieu de la nuit, et d'entendre Satan commencer avec moi la dispute en ces termes...

Ici la controverse, et Luther reprend :

« Dans ces angoisses, dans ce combat contre le diable, je voulais le repousser avec mes armes ordinaires, sous la papauté, et je lui objectais l’intention et la foi de l’Église... Mais Satan insistait avec plus de force et de véhémence, etc., ete.

« Les très-saints pères vont sourire et me diront : « N’es-tu plus ce docteur célèbre... et ne sais-tu pas que le diable est le père du mensonge? Hélas! j'étais un géant Contre le diable absent, et si vous étiez aux prisés avec lui... vous ne chanteriez pas longtemps cette cantilène. Rien n’est horrible comme ces combats contre Satan, et moi je suis pleinement convaincu, plane persuasus sum , qué Emser, ŒEcolampade et leurs semblables, sont morts subitement sous ces horribles coups, car le cœur humain ne saurait supporter cet abominable et inexprimable assaut sans un secours de Dieu tout particulier. Satan, en effet, par un seul de ses regards, remplit à l'instant l’âme de terreur et de ténèbres, et sans le Verbe il renverse l’homme désarmé, comme avec le petit doigt. » (De l'Abolition du sacrifice de la messe.)

En vain quelques protestants, et M. Claude entre autres ( Défense de la ref. ), ontils essayé de changer ce récit en parabole ; Nicole et Bossuet leur ont merveilleusement répondu. D'ailleurs les paroles et les accents du narrateur, font justice de cette vaine tentative... «Cela s’est renouvelé bien des nuits... et c’est pour l’avoir éprouvé EN RÉALITÉ que je suis convaincu qu'Emser et Œcolampade, etc. » On ne s’avise pas de faire mourir les gens, d’une figure de rhétorique.

Les calvinistes regardent cette conférence de Luther avec le diable comme INCON- TESTABLE , et disent que les luthériens ne peuvent rien répondre là-dessus aux catholiques « qu’en niänt seulement les conséquences ».

Au reste, les luthériens se vernigent et se consolent bien vite de cette origine diabo= lique de la suppression de la messe, en accusant le célèbre Zwingle d’avoir appris du diable sa fameuse explication figurée de l’Eucharistie « ceci est la figure de mon COTps » etc.

Mais Hospinien et le célèbre David Pareus cherchent à le disculper, en réservant pour Luther seul, la réalité de la conférence diabolique : « A la différence de Luther, dit Pareus, Zwingle n’a jamais avoué que l'esprit noir lui ait jamais rien appris. »

Voir pour tous ces curieux détails, le chapitre de Nicole intitulé : « Conférence de Luther, p. 130.»

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