‹ Question des espritsChapitre 25 sur 117 · MOUVEMENTS NAISSANTS · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS NAISSANTS

D'abord, il est assez difficile de ne pas prendre M. Babinet pour un croyant parfait, lorsqu'on voit la rotation des meubles acceptée par lui comme un fait hors de doute. « Cette rotation , dit-il, pouvant se manifester avec une énergie cons1-

la hauteur de la tête de l’ouvrier, qui, pour éviter d'être touché au visage, et en même temps pour suivre des yeux le météore , se redressa , en se renversant en arrière sur sa chaise. Arrivé à la hauteur d'environ un mètre au-dessus du pavé, le globe de feu s’allongea un peu, et se dirigea obliquement vers un trou percé dans la cheminée, environ à un mètre au-dessus de la tablette supérieure de cette cheminée.

« Ce trou avait été fait pour laisser passer le tuyau d'un poêle pendant l'hiver ; mais, suivant l’expression de l’ouvrier, le tonnerre ne pouvait le voir , car il était fermé par du papier qui était collé au-dessus. Le globe de feu alla droit à ce trou, en décolla le papier sans l'endommager, et remonta dans la cheminée; alors, après avoir pris le temps de remonter le long de la cheminée, du train dont il allait, c’est-à-dire assez lentement, le globe, arrivé au haut de la cheminée, qui était au moins à 20 mètres du sol de la cour, produisit une explosion épouvantable, qui détruisit une partie du faîte de cette cheminée, et en projeta les débris dans la cour; les toitures de plusieurs petites constructions furent enfoncées, mais il ny eut heureusement aucun accident. Le logement du tailleur était au troisième étage, et n’était pas à la moitié de la hauteur de la maison ; les étages inférieurs ne furent pas visités par la foudre , et les mouvements du globe lumineux furent toujours lents et saccadés. Son éclat n’était point éblouissant, et il ne répandait aucune chaleur non sensible. »

Après un tel récit, écouté par l’Académie et accepté par Arago, on est fort peu surpris de cette réflexion de l'illustre rapporteur : « CES GLOBES SONT UNE PIERRE D’ACHOPPEMENT POUR LES MÉTÉOROLOGISTES DE BONNE FOI; devant toutes les questions qu'ils soulèvent, la science reste muette» (t. 1, p. 219).

On est moins étonné encore de voir M. le docteur Boudin, dans le trèscurieux travail qu’il vient de publier sur la foudre, faire suivre ce récit des réflexions suivantes :

« Si ces détails sont exacts, ainsi que semble l’admettre M. Babinet, et après lui M. Arago, il nous paraît bien difficile de conserver au phénomène dont il s’agit le nom d’éclair en boule. Toutefois, nous abandonnons à d’autres le soin d’expliquer , s'ils le peuvent, l'essence d’un GLOBE DE FEU ne donnant lieu à aucune sensation de chaleur, AYANT L'ASPECT D'UN CHAT, $e promenant lentement dans la chambre, et trouvant le moyen de s'échapper en remontant par un trou de la cheminée recouvert d'un papier qu'il décolle sans l’endommager (A). »

Nous partageons l'avis du savant docteur sur les difficultés d’une définition

(4) De la Foudre, considérée au point de vue de l’histoire, de’ la médecine légale et de l’hygiène publique, par M. Boudin, médecin en chef de l'hôpital militaire du Roule. Ce deuxième Mémoire, ex-

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dérable, par üné vilesse très-grande ou par une forte résistance quand on veut l'arrêter (4). »

Après un tél aveu, le fait principal était gagné; il ne s'agissait plus là des microscopiques ébranlements qu'on nous accordait tout à l’heure. Ici les tables tournent, elles tournent franchement , rapidement, elles s’emportent pour ainsi dire, puisqu'on a de la peine à les arrêter, et que pour y parvenir il nous faudra bientôt doubles rênes. À la bonne heure, voilà de vraies tables tournantes.

Quant aux explications, en voici quelques-unes. « Poussée par les petites ‘impulsions concordantes des mains 1mposées , la table se met en mouvement à droite ou à gauche...

« Au moment où après une attente plus où moins longue il s’est établi une trépidation nerveuse dans les mains, et un accord général dans les petites impulsions individuelles de tous les opérateurs, alors la table reçoit un effort suffisant, et commence à s’ébranler »..….

exacte, et nous ne voyons pas trop pourquoi nous n’aurions pas désormais l'éclair en chien, l'éclair en singe, etc., etc. On frémit à la pensée de toute la ménagerie météorologique qui pourrait, grâce au tonnerre, venir se promener dans nos chambres.

On comprend maintenant que nous ayons pu croire à la facilité de M. Babinet, en le voyant accepter si lestement un fait, que nous avions jugé /r0p for pour le Presbytère de Cideville. On comprend encore que nous ayons pu nous dire : Sice char merveilleux est accepté sur la simple parole d'un ouvrier tailleur, avec quelle facilité n’acceptera-t-on pas des faits beaucoup moins merveilleux, solennellement attestés par des savants, par des collégues et par des milliers d’expérimentateurs , que l’on dit éminents et de bonne foi?

Nous nous étions trompé, le chat n’a pas innocenté la fable, et contre toute logique, nos manifestations fluidiques n’ont pas trouvé grâce devant l'éclair en boule. C’est ajourné.

Mais retournons aux faits sérieux.

(1) Revue des Deux Mondes, 15 janvier, p. 408.

trait des Annales d'hygiène, n’excitera pas moins d'intérêt que le premier. Exposition tont à là fois dramatique et fidèle d'une masse de phénomènes puisés à toutes les sources de la statistique et de l'histoire, critique judicieuse , aperçus nouveaux et profonds sur l'insuffisance des explications ac tuelles, telles sont les qualités principales d’un travail que l’homme du mondé voudra connaitre tout aussi bien que le savant: (Chez J.-B. Baillière, rué Hantefeuille, 49.)

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