MOUVEMENTS NAISSANTS
Et c’est tout simple, car « tous les mouvements musculaires sont déterminés dans le corps par des leviers du troisième ordre dans lesquels le point d’appui est très-voisin du point où agit la force, laquelle, par suite, imprime une grande vitesse aux parties mobiles pour un très-petit chemin que parcourt cette force motrice... » (id. 410 ).
«On s’est étonné de voir une table soumise à l’action de plusieurs personnes bien disposées et en bonne voie de mouvement, vaincre de puissants obstacles, briser même ses pieds, quand on les arrêtait brusquement; ceci est tout simple d'après la force des petites actions concordantes. 11 en est de même des efforts faits pour empêcher une table de sesoulever d'un bord en s’abaissant du côté opposé. L’explication physique de tout cela n'offre aucune difliculté. » (id. 41%).
Puis vient le développement de toute cette théorie sur la vitesse presque illimitée et l'énergie incomparable que peuvent imprimer les plus petits mouvements au moment de leur naissance, théorie très-fine pour le coup, très-juste en la renfermant dans certaines limites, mais qui dans l'espèce s'évanouïissait tout à plat devant cette plaisanterie d’Alphonsé Karr « ainsi M. Babinet fera mouvoir aussi facilement une table pesante, avec le mouvement invisible et insensible dé ses muscles, que si, mettant habit bas, empoignant la tablé de ses deux mains, et se penchant jusqu’à un certain angle, il employait visiblement toutes ses forces à la faire tour: ner? » (4)
Peu importe, nous triomphions, nous qui ne tenions qu’à la réalité des phénomènes, et quoique M. Babinet s’indignât contre le soulèvement sans contact affirmé par M. de Gasparin et par bien d’autres, et le déclarät « tout bonnement impossible, aussi impossible que le mouvement perpétuel... » (id.) il n’en n’était pas moins vrai que ce phénomène primordial, qu'on pourrait appeler celui de la table emportée et rétive; était scientifiquement constaté.
(4) Le Siècle ; 5 février 1854.
Hélas! pourquoi faut-il que ces malheureux phénomènes aient été si complexes, et qu'à la rotation soient venus trop souvent s'adjoindre ces coups malencontreux entendus par tout le monde et dont M. de Gasparin nous signalait tout à l'heure les alternatives de violence et de faiblesse ?
Pour le coup, la tentation devenait trop violente, et force était à M. Babinet de retourner encore aux vieilles traditions de la jonglerie. Seulement, pour en rajeunir un peu la forme, il transformait cette fois ces centaines, ces milliers d'expérimentateurs, tout à l’heure si sincères autour de leur table emportée, il les transformait, disons-nous, et d’un coup de baguette, en... Nous vous le donnons en mille, nous vous Je donnons en dix mille...; y renoncez-vous? Il les transformait en VENTRILOQUES !.….
Comment ? les mêmes, ceux qui s’épuisaient en petits mouvements naîssants, en trépidations nerveuses, etc., etc? —Oh! mon Dieu, oui, et jugez-en plutôt :
M. Babinet trouvant avec raison que rien n’est plus commode que de poser soi-même les questions auxquelles on veut répondre, se livre in petlto au petit dialogue suivant :
« Les tables se meuvent-elles par l'imposition des mams, suffisamment prolongée ? oui. — Quelle est la cause des mouvements souvent très-énergiques ainsi produits? c'est la simultanéité d'action de tous les efforts conspirants, quand ces efforts, très-petits en étendue, sont à l’état que j'ai appelé naissant. — Les indications de la table sont-elles intelligentes ? oui, car elle répond sous l'influence intelligente des doigts imposés. — N’y a-t-il donc rien de surnaturel dans ces évolutions ? non ; — n’y a-t-il done rien de curieux, d’intéressant ? il y a beaucoup de tout cela, et nous sommes encore loin de connaître tous les détails de la transmission des effets de la volonté, du chef de la chaine dite magnétique, à la table qui obéit à tous les ordres. »
C’est bien, voilà la part des honnêtes gens. Voyons maintenant celle des jongleurs assis à la même table.