‹ Question des espritsChapitre 27 sur 117 · VENTRILOQUIE · texte numérisé non relu

VENTRILOQUIE

« Que dire en définitive de tous ces faits observés ? Y at-il des coups frappés? oui. — Ces coups répondent-ils à des questions? oui... — Qui est-ce qui produit ces sons ? le médium. — Par quel procédé? par LE PROCÉDÉ ORDINAIRE DE L'ACOUSTIQUE DES VENTRILOQUES. — Mais on avait supposé que les craquements des doigts ou des orteils pouvaient donner ces sons? non, car ils partiraient toujours en apparence du même point, ce qui n’est pas (1). »

Vous voyez bien que tout cela s’enfile parfaitement et ne constitue même pas deux chapitres; que les ventriloques y sont pêle-mêle avec les pousseurs de bonne foi, comme les mouvements naissants avec les procédés de la. vieille acoustique. Pascal disait : « Plaisante justice qu'une rivière ou une montagne borne; vérités en deçà des Pyrénées, erreurs au delà. » Et nous, nous pouvons dire : explications plaisantes qui se contredisent et se détruisent dans le même alinéa. Sincérité parfaite dans les quinze premières minutes de l'expérience, mais à partir de la seizième, misérable et dégoütante fourberie !

Que M. de Gasparin a donc encore une fois raison de nous supposer ravi d'une pareille invention. Comment ? tous ou a peu près nous aurions donc été des ventriloques sans le savoir ! —J1 le faut bien, puisqu'il n’y a plus d’autre explication. — Mais tous ceux qui peuplent aujourd’hui l’Amérique, tous ces milliers de médiums qui font entendre ces mêmes coups à plus d’un million d’auditeurs? — tous aussi des ventriloques. — Mais comment expliquer une impossibilité pareille ?—le plus facilement du monde; écoutez bien. Il n'a fallu pour la première maison « qu'un gamin frappant à la porte d’un bourgeois mystifié, peut-être au moyen d’une balle de plomb attachée à une ficelle, et si M. Weekman (le premier croyant américain ), qui se tenait en embuscade pour la troisième fois, n’entendit pas les éclats de

(A) Zd., mai 531.

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rire dans la rue, cela tient à l’essentielle différence qui existe entre le gamin français et le gamin anglais ou transatlantique, toujours largement pourvu de cet humour... ou gaieté triste. » (Mai 514.)

Vraiment, c’est à peine s’il nous reste assez de courage pour faire remarquer à M. Babinet, qui nous renvoie comme d'ordinaire à Comte et à Robert Houdin, que le premier n'a jamais eu de successeur comme engastrimythe, en raison des facultés physiques et physiologiques nécessaires à l'emploi et fort rares, à ce qu’il paraît. Quant au second, nous prévenons pour la seconde fois ceux qui tiennent tant à le citer, qu’on excite chez lui un véritable rire homérique, toutes les fois que l’on applique en sa présence le mot de jonglerie à des faits de cette nature. En produisant cette grande aulorité, que les tribunaux ont acceptée plus d'une fois, nous avions espéré qu’on ne nous renverrait plus si facilement aux prestidigitateurs, il paraît que nous nous étions trompé, et que chacun tient à la compter dans ses rangs ; nous le comprenons; seulement, avant de citer ce grand expert, 1l serait assez juste, il nous semble, de reconnaître sa signature et de ne pas taire son ullimatum, le pire de tous les escamotages étant celui de la vérité (1).

Enfin, nous ne terminerons pas cet exposé des phénomènes et des explications physiques, sans mentionner, pour qu'elle ne périsse pas et pour qu’on l’inscrive s’il se peut, en lettres d’or, dans les fastes académiques, la théorie tout originale de M. le docteur Rayer. Tout le monde connaît ce praticien célèbre, mais tout le monde ne sait pas que l’été dernier il s’avisa de présenter à l'Institut un Allemand dont le savoir-faire donnait, selon lui, la clé de tous les Ænockings et rappings des deux mondes. Nous rougissons d'ajouter qu'il s'agissait tout simplement cette fois, du déplacement réitéré de l’un des tendons musculaires de la jambe, appelé le long péronier.

(4) Voir le chapitre 1° du livre des Esprits : « Une anecdote avant les faits sérieux, où l’Expertise d’un grand maitre. »

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