TAPAGE MUSCULAIRE
Aussitôt et séance tenante, démonstration du système en plein Institut, expression de la reconnaissance académique, pour cette intéressante communication, et peu de jours apres , assurance donnée par un professeur agrégé de la faculté de médecine que « les savants ayant prononcé, le mystère était enfin éclairei (4). »
Nous ne répondons qu'une seule chose, c'est qu’il est bien heureux pour l'humanité souffrante, que les auteurs de tant de travaux, qui sont tout à la fois une gloire et un bienfait pour la France, réservent pour les questions surnaturelles ce mode de critique étroite, et disons-le... burlesque, car si par malheur ils allaient appliquer à leur art une pareille logigue, ce serait à désèrter au plus vite une telle Épidaure et a ne plus jamais en interroger les orales , ne füt-ce que pour un rhame de cerveau.
Heureusement, il n’en est rien. Soyons juste d’ailleurs , et n'oublions pas que M. Babinet nous disait tout à l'heure : « Les sons ne sauraient provenir, comme on l’a dit, du craquement des doigts et des orteils, car ils partiraient toujours en apparence du même point, ce qui n’est pas (2). »
À la bonne heure, voilà de l’impartialité! D'ailleurs, la ventriloquie suffit et répond à tout.
En attendant, si telle doit être la physique, dont M. Babinet réclame , à la fin de ses deux articles, la prompte et vaste popularisation, c’est le cas de se demander si le fameux proverbe « il est beau de savoir, mais il est bon d'ignorer » n'a pas été créé tout exprès pour elle.
Ainsi donc, selon notre grand physicien, les TABLES TOURNENT très-vile, très-énergiquement, résistent de même et, selon M. de Gasparin, elles se SOULÈVENT SANS CONTACT.
Ün ministre disait : « Avec trois mots de l'écriture d’un homme, je me charge de le faire pendre, » Avec ces trois lignes , nous nous chargeons, nous, de mettre en déroute
(A) Constitutionnel, 15 juin 4854.
(2) Revue des Deux Mondes, p.551.
tous les physiciens de la terre, ou plutôt de révolutionner le monde.
Comment les savants distingués auxquels nous avons affaire , n’ont-ils pas eu du moins la précaution d'en appeler, comme M. de Gasparin, «à quelque loi encore inconnue? » Avec cela on se tire de tout; il est vrai que cette loi, existàtelle, n’expliquerait pas du tout son développement subit et privilégié pour l’année 1853, qu’elle n’expliquerait pas davantage comment les archimèdes de chaque siècle n'ont jamais pu soupçonner quelque chose d'aussi simple et surtout d'aussi involontaire, et toujours on se demandera, comment ces armées de travailleurs, qui depuis Adam, brassent et remuent la matière, qui ne font qu’un pour ainsi dire avec elle, qui en connaissent par instinct toutes les lois, comme ils savent par expérience la somme exacte de leurs forces et le point précis au delà duquel elles succombent, auraient pu, durant six mille ans, laisser inactives de telles facultés et des procédés si commodes?
Ah! si ces malheureux praticiens de la dynamique avaient pu deviner tout ce qu'il y a d'énergie « dans la pression insensible et perpendiculaire de quelques petits doigts, » s’ils avaient su quelle vitesse « les petits mouvements naissants DONT ON NE SE REND PAS COMPTE, surtout, peuvent imprimer à la matière; » s'ils avaient connu seulement la trépidation nerveuse et à plus forte raison le soulèvement sans contact! mais, au lieu de soulever des obélisques et des montagnes, ils auraient soulevé la planète tout entière. Il est vrai, comme le dit fort bien M. Babinet, que « le monde se serait bien vite écroulé. » Mais que voulez-vous? périsse le monde plutôt qu'un princape! Toujours est-il qu'ils ne se sont pas doutés de toutes les vertus cachées d’une volonté tellement impuissante au grand jour, et si nous sommes étonné d’une chose, c’est de voir les savants et heureüx possesseurs d’une telle découverte, au lieu de monter sur les toits, comme ils le devraient, pour annoncer la bonne nouvelle à la foule,
laisser celle-ci dans sa vieille ignorance, et probablement pour toujours.
Mais, attendez, nous dira-t-on, attendez que cette vérité soit sortie de son berceau , car toutes les découvertes en sont là; toutes out leurs périodes d’incubation et de développement. C’est vrai, nous savons tous de quel long et profond sommeil peuvent dormir, même à l’Académie, des vérités énormes, mais nous Savons aussi que ces vérités, presque toujours physiques, n’ônt jamais eu rien de commun avec une force humaine, physiologique, qui, tout en étant le résultat sonvent involontaire de la plus simple pensée, n’en a pas moins traversé quarante siècles sans se trahir. Enfin nous savons, comme tout le monde, que la plupart de ces vérités incomprises ont en général passé du sommeil à la vie, des ténèbres au grand jour, et qu'aucune d'elles ne serait jamais rentrée dans la nuit du tombeau, après avoir éclaté et brillé pendant plusieurs années au grand soleil de nos deux hémisphères. Cela seul détruit toute assimilation.
Quant à ce profond silence après tant d'éclat, quant à ce mépris profond et calculé pour des phénomènes si nouveaux et néanmoins si bien constatés par la science, on ne peut les expliquer que par un mot, et ce mot c’est la peur.
On a tout d’abord reconnu que ces faits, au lieu d’être le résultat d'une loi, n'étaient que le résultat d’un caprice ; puis on aura entrevu par delà ce qu’on voyait, quelques-unes de ces choses qu'on ne veut nommer à aucun prix, mais devant lesquelles s’évanouissent comme des bulles de savon, et l'énergie des mouvements naissants, et le fluide inconnu, et les trémidations nerveuses, et surtont les {apages musculaires. Dés lors, les faits, les explications et jusqu’à leur souvenir, —si la chose était possible, —ont été condamnés sans appel ; mais cette fois-ci lPéchelle était trop vaste, la leçon trop importante, pour que l’histoire püt se laisser escamoter sans mot dire.
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