‹ Question des espritsChapitre 31 sur 117 · STORE NES A · texte numérisé non relu

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j | religion nous enseigne touchant les esprits, ne sont fondées que sur leur ignorance et leurs préjugés (id. LxxH); que d'ail-

leurs l’on ne peut sans injustice refuser de croire à des témoi- | gnages constants, uniformes, désintéressés » (1. 419), le père Lebrun, après un très-mûr et trés-habile examen de toutes les théories physiques proposées par une multitude de savants d'accord avec lui sur les faits, en était arrivé forcément à cette conclusion, que l’agent de cette divination ne pouvait être qu'une cause MORALE, INTELLIGENTE el LIBRE.

Et comme le dit M. Chevreul, « il raisonne à merveille, » car, bien loin de se laisser déconcerter par les insucces et les caprices, il prouve fort biëen aux physiciens qu'une cause physique agirait au contraire et toujours d’une manière uniforme, constante; il prouve ensuite fort bien aux partisans des corpuscules émanés du corps du meurtrier, que ces corpuscules sont une véritable rêverie, et que d'ailleurs ils n’expliqueraient plus rien lorsqu'il s'agirait des objets perdus et de la découverte des bornes séparant les héritages ; enfin, il démontre aux partisans des effluves souterraines in l diquant les sources et les métaux, que la baguette ne tour- | nant que sur celles ou ceux que l’on tenait à constater, — sans bouger sur ceux qui se trouvaient à découvert, — elle ne peut être que l'instrument, non-seulement comme nous l'avons dit, d’une cause morale libre et intelligente, mais d’une cause obéissant uniquement à L'INTENTION des chercheurs et s’accommodant à leurs désirs (2. 359).

H äappuyait d'abord cet axiome par mille exemples, puis, surprenant celte cause en flagrant et conunuel délit de men-

songes et de contradictions, 11 en concluait que se coupant à chaque instant (2. 518), elle ne pouvait être ni Dieu ni un bon ange, inais que, N'ÉTANT PAS NON PLUS L'ESPRIT DE

BAGUETTE DIVINATOIRE. 43 L'HOMME, elle était forcément un de ces esprits de mensonge et d'erreur que les saintes Écritures nous dénoncent à chaque ligne.

Et notez bien qu’à ce sujet et malgré toute sa condescendance pour la science, le père Lebrun n’admet aucun tempérament. Pour lui, « l'un tient l'anneau , mais c’est l'autre qui le remue » (2: 297), et quand les expériences manquent devant les personnes les plus qualifiées, les insuccès sont un des expédients les plus habiles de l'agent mystérieux, car, en les faisant manquer, « on en rit, on regarde cela comme une folie, puis on laisse dire et faire à chacun ce qu’il voudra » (3. 343).

Le père Menestrier, le père Malebranche, l'abbé de Rancé, allégués avec tout autant de confiance par M. Chevreul, ne sont pas moins explicites.

Pour le père Menestrier, qui se livre à beaucoup d'expériences, c’est « un sortilége évident. »

Pour l'abbé de Rancé, « il ne peut y avoir deux avis sur un sujet qui de lui-même est si palpable » ( Leb. 3, 480 ).

Enfin, pour l’illustre Malebranche, « il n’y a qu’une ignorance grossière et une excessive slupidité qui puissent persuader le contraire » ( {b., 142).

Ce n’est pas nous qui parlons, ce sont les mémes hommes auxquels notre antagoniste vient d'élever une statue.

Maintenant, au tour de M. Chevreul; voyons sa théorie, et surtout voyons comment 1} va s’y prendre pour l'harmoniser avec celle du célèbre oratorien auquel il dédie son ouvrage.

Gette fois, c’est le pendule explorateur qui va faire le fond et tous les frais du système. Mais qu'est-ce que le pendule explorateur ? Laissons M. Chevreul nous en donner la description.

« Gelui dont je me servais, dit-il, était un anneau de fer suspendu à un fil de chanvre; il avait été disposé par une personne qui désirait vivement qué je vérifiasse moi-même le phénomène qui se manifestait lorsqu'elle le mettait audessus de l'eau, d’un bloc de métal ou d’un être vivant, phé-

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nomène dont elle me rendit témoin. Ce ne fut pas, je l'avoue, sans surprise, que je le vis se reproduire, lorsque ayant saisi moi-même de la main droite, etc., etc.

« Voici comment j’interprète ces phénomènes :

« Lorsque je tenais le pendule à la main , un mouvement musculaire de mon bras, quoique insensible pour moi, fit sortir le pendule de l’état de repos, et, les oscillations une fois commencées , furent bientôt augmentées par l'influence que la vue exerça (1) pour me mettre dans cet état particulier de disposition ou tendance au mouvement. Maintenant il faut bien reconnaître que le mouvement musculaire, lors même qu’il est accru par cette méme disposition, est cependant assez faible pour s'arrêter, je ne dis pas sous l'empire de la volonté, mais lorsqu'on a simplement la pensée d’essayer si telle chose l'arrêtera. Il y a donc une liaison intime établie entre l’exécution de certains mouvements et l’acte de la pensée qui y est relative, quoique cette pensée ne soit pas encore la volonté qui commande aux organes musculaires... » ( De la baguette, p.155 et 158).

On voit si bien, on saisit ici si clairement toute la pensée de M. Chevreul, que nous avons cru pouvoir nous contenter de ce peu de lignes ; et, nous le répétons, jusqu'ici nous ne voyons rien, dans ces expériences physico-psychologiques , qui ne nous paraisse fort naturel et fort plausible. Nous remarquerons seulement qu'ayant été répétées et contrôlées plus d’une fois par quelques autres académiciens, elles ont été loin d'offrir constamment des résultats semblables, et que ces insuccès fort insignifiants lorsqu'il s’agit de phénomènes libres et capricieux, sont au contraire très-graves lorsqu'il s’agit de quelque loi naturelle.

Mais ce qu'il va falloir en ce moment, ce sera d’appliquer cette force, ce principe d'effets microscopiques, aux phénomènes éclatants attribués à la baguette; il va falloir

(1) Nous ne devons pas oublier de dire, que M. Chevreul s’étant fait appliquer un bandeau sur les veux, les oscillations devinrent plus faibles.

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