‹ Question des espritsChapitre 35 sur 117 · ENT AE · texte numérisé non relu

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se soulève quelque peu de ses deux pieds antérieurs. M. N... se place à l'une des extrémités de l’instrument qu’il essaie de soulever : tantôtil avait sa pesanteur ordinaire qui dépasse la mesure des forces de M. N..., tantôt il faisait l'effet de n avoir plus aucun poids et n’opposait plus la moindre résistance. Comme les bruits intérieurs devenaient de plus en plus intenses, on mit fin à cette leçon, dans la crainte que le piano ne souffrit quelque dommage. On transporta la leçon au malin, et dans un autre salon situé au rez-de-chaussée. Les mêmes phénomènes se reproduisirent, et le piano, qui était plus léger que l’autre, se soulevait beaucoup plus haut, c’esta-dire de quelques pouces. M. N... et un jeune homme de dix-neuf ans essayèrent de peser ensemble, de toutes leurs forces, aux deux angles qui se soulevaient; ou bien leur résistance élait vaine, et l'instrument se soulevait encore, ou bien le tabouret sur lequel l’enfant était assis, reculait avec une grande vitesse.

«Si des faits pareils ne s'étaient produits qu’une seule fois, on pourrait croire à quelque illusion de l’enfant ou des personnes qui étaient alors présentes, mais ils se renouvelèrent un grand nombre de fois, et cela pendant quinze jours de suite, en présence de témoins divers. Puis un certain jour, une manifestation violente se produisit, et dès lors aucun fait extraordinaire n’eut plus lieu dans la maison...

« Nous ne pensons pas, continue M. Thury, que l’on soit tenté d'attribuer à l'effort musculaire direct d’un enfant de onze ans, le soulèvement d'un poids de 200 kil. (1); une dame qui avait expliqué l'effet produit, par l’action des genoux , passa elle-même la main entre le bord du piano et les genoux de l'enfant, et put ainsi se convaincre que son explication n’élait pas fondée. L'enfant lui-même, se plaçant pour jouer, à genoux, sur le tabouret, ne voyait pas cesser les perturbations qu'il redoulait.

(4) À plus forte raison de 300, comme le lourd piano d’Erhard, dont il à été question d'abord.

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« Ici je touche au point important de la question : l'enfant voulait-il ce qui s’est produit, comme il faudrait l’admettre dans la théorie de M. de Gasparin? Selon son témoignage que nous croyons entièrement vrai, 2! ne le voulait

. pas. Il paraissait visiblement contrarié de ces choses...

« Mais on sait que parfois notre être se dédouble, s’entretient avec lui-même (réves), désire inconsciemment ce qu'il ne veut pas, etc... il faudrait avoir recours à des explications de ce genre, trop subtiles peut-être, pour faire cadrer ces faits avec la théorie de M. de Gasparin, et encore serait-il nécessaire de modifier et d'élargir celle-ci, en admettant que le désir même inconscient suffit à défaut de la volonté formulée. Il y a donc sur ce point essentiel raison de douter, c’est la seule conséquence que nous voulions tirer des faits que nous avons rapportés » (p. de 21 à 25).

Les seules conséquences que nous voulons en tirer à notre tour, c’est que M. Tury est bien réservé dans Îles siennes, car le soulèvement d’un piano pesant 600 livres est un singulier rêve, et l’effroi d’un enfant qui s'enfuit devant un phénomène (p. 22) est un désir insconscient éminemment subtil. Dans tous les cas, nous paraissons assez loin de cette régle tracée par M. de Gasparin : « Les tables veulent être prises gaiement, lestement, avec entrain et confiance... elles veulent au début, des exercices amusants et faciles » (De Gasp., 1,31, 83).

C’est qu’apparemment il y a tables et tables (1).

(1) Nous sommes obligé de renouveler ici l'observation que nous faisions tout à l'heure à M. de Tristan. M. Thury, après avoir cité quelques plaisanteries fort spécieuses sur ces démons, dont l'intervention serait subordonnée aux conditions atmosphériques ou sanitaires, veut bien prendre généreusement notre défense : « M. de Mirville, dit-il, pourrait cependant répondre à l’auteur, que les conditions de la manifestation ostensible des Esprits , sont peutêtre précisément l’état fluidique, etc...» (p. 46). Véhicules et milieu ordinaire et favorable de l’action méta-pneumatique, les fluides ne nous ont jamais paru un médiateur obligé.

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