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Paris avait devancé Orléans et Genève, et ces phénomènes, aujourd’hui si étranges pour M. Thury, auraient été regardés, dès le mois de mai 1853, comme l'enfance de l’art et de la science pneumatologiques.
Si l'opinion publique ne s’est pas trompée sur un nom propre, qui, au reste, ne s’est jamais mis en peine de la désabuser, M. l’abbé Bautain, grand vicaire de l’archevéché de Paris, et tout à la fois, docteur en théologie, en médecine et en droit, serait la première autorité scientifique que nous aurions rencontrée dans la lice.
Les faits étaient d'hier, et déjà cette grande autorité nous disait (4) : « Jai vu des tables tourner sous l'application de la main de l’homme, sans aucun effort musculaire de sa part, et même avec la volonté bien arrêtée de n’en pas faire... je les ai entendues parler à leur manière..….; j'ai vu, j'ai entendu, j'ai touché, palpé, et me suis assuré par tous les moyens possibles qu'il n'y avait ni tromperie ni illusion. Si la logique veut que l'induction ne s’étende point au delà des faits observés, elle exige aussi qu’elle aille jusqu’à la dernière limite de ces faits, et qu’elle en épuise toute la portée. Or, il y a là, des phénomênes de pensée, d’intelligence, de raison, de volonté, de hberté (lorsqu'elles refusent de répondre)... et de telles causes ont toujours été appelées par les philosophes, des esprits ou des âmes... Mais quels esprits? [1 est constant, d’abord, que ces esprits voient etsavent des choses que nous ignorons et que nous ne pouvons pas voir. Ces faits se reproduisent tous les jours, bien que les expériences ne réussissent pas chaque fois, car il y a souvent des erreurs et de l'inexactitude... Les esprits en question voient donc plus, et plus loin que nous,
A) Avis aux chrétiens sur les tables tournantes et parlantes, par un Ecclésiastique ; 1853.
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et s'ils ne voient pas toujours juste et ne disent pas toujours vrai, 1 reste constant que sans être infaillibles, ils voient des choses de l’autre monde et du nôtre que nous n’apercevons pas... Enfin, relativement à la bonté ou à la méchanceté de ces esprits, M. Bautain appuie ainsi l’anathème dont il les frappe : « d’après ce que j'ai vu et entendu, je réponds avec assurance que ce sont pas de bons esprits, c’est-à-dire des ministres de la volonté et de la parole de Dieu. Je n’en veux qu'une preuve, et pour moi elle est décisive; c’est qu'ils refusent de répondre nettement en ce qui concerne Notre Seigneur Jésus-Christ, et quand on veut les y contraindre en insistant avec une parole impérieuse, les tables résistent, se dressent, s’agitent, se renversent quelquefois et se jettent à terre, en échappant aux mains qui les touchent... J'ai vu ces choses plusieurs fois; j'ai vu un jour une corbeille ainsi animée SE TORDRE COMME UN SERPENT, et S'ENFUIR EN RAMPANT devant un livre des évangiles, qu’on lui présentait sans rien dire. »
Nous devons dire tout de suite que ces derniers résultats ne suivent pas constamment, ou plutôt immédiatement, toutes les expérimentations analogues.
Ainsi, voici venir maintenant M. l'abbé Almignana, auquel sa triple qualité de docteur en droit canonique, de théologien magnétiste, et même de médium, donnent le droit de figurer ici. Pour lui le criterium de M. l'abbé Bautain semblerait sans valeur, et dans une de nos dernières notes nous discuterons les objections qu'il fait à ce sujet. Mais s’il est incertain entre les bons et les mauvais esprits, ce n’est là qu’une question de discernement, et pour le moment nous n’avons à nous occuper que de la nature essentielle du phénomène.
À cet effet, nous devons reproduire les quelques faits
que M. l'abbé Almignana oppose à M. de Gasparin (1).
S’attaquant d’abord à la théorie de la rémaimscence, qui, selon ce dernier auteur, explique le prodigieux développement des facultés intellectuelles des extatiques, 11 la définit à merveille en disant : «la réminiscence n'est que Île retour de l’âme à une chose et à une idée, oubliées, quoique gravées dans la mémoire. »
Or, en sa qualité de médium ou de somnambule éveillé, il s’assimile à l'extatique, et voici les faits personnels qu'il oppose à la théorie psycho-physiologique de la ré:iniscence. |
« Je prends un crayon, dit-1l, et, le tenant dans ma main, je le place sur ce papier, puis me concentrant dans cet état, je dis à la force occulte qui entraîne ma main et la fait écrire à mon insu, de me faire écrire quélque chose sur la création, s’il était possible. A peine avais-je prononcé ce dernier mot, que ma main, entraînée sans la moindre interruption, écrivit sur la création des choses vraies ou fausses, mais qui me surprirent. |
« Cette séance, étant terminée et désirant savoir si ces idées sur la création étaient des réminiscences, je cherchaï à voir si elles auraient pu être gravées dans ma mémoire, soit par la lecture, soit pour les avoir entendues de quelqu'un.
« Dans ce but, je commençai par relire les livres religieux et philosophiques m’appartenant, qui pouvaient traiter la question, mais je n’y trou vai rien de semblable à ce que j avais écrit sur la création.
« Je consultai les bibliothèques publiques, et elles ne m'offrirent rien de semblable à ce que ma main m'avait fait connaître sur la création.
4) Examen des doctrines de MM. de Mirville et de Gasparin (chez Dentu, au Palais-Royal). Il est impossible de mieux signaler les points capitaux d’un sujet, et de les mieux exposer qu'on ne le fait ici. M. l'abbé A... a su prouver une fois de plus, que pas n’est besoin d’un grand nombre de pages
pour bien poser les questions les plus compliquées, et par conséquent aider à leur élucidation.
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« Passant dé la lecture à l'audition, je fis ensuite une revue rétrospective de toutes les universités que j'ai fréquentées, et je ne vis pas un seul professeur qui m'ait
Jamais tenu un pareil langage, ni qui soit même capable de le tenir.
«Jexamine les opinions, à ce sujet, de tous les philosophes, naturalistes, physiologistes, théologiens et historiens avec lesquels j’ai eu des relations scientifiques, et pas un n’a Jamais parlé sur la création, comme ma main l'a fait. »
M. l'abbé Almignana n’a pas grand’peine à prouver, qu’il ne peut ÿ avoir dans cette improvisation instantanée, l’ombre d’une réminiscence : mais ce n’est pas tout, et voici qu'ayant demandé à son esprit de lui répondre, par écrit, sur une chose que lui (M. l’abbé) savait, son esprit n’a pu le faire, ou lui à répondu contre ses idées et convictions.
On voit d’après cela, que la théorie de l'écho, imaginée par M. de Gasparin, cloche ici tant soit peu, à moins que cet écho ne soit comme celui du Vaudeville, auquel on demande « Comment vous portez-vous? » et qui répond «Je me porte fort bien. »
À ces études et objections personnelles sur les tables, M. l’abbé Almignana joint le récit de plusieurs apparitions très-intéressantes qu’il a obtenues de somnambules lucides, apparitions de personnages lout à fait inconnus aux Consullants et aux consultées, et dont l'avenir constate cependant tout à la fois l'identité et la véracité.
€ Maintenant, dit M. l'abbé, qu’il me soit permis d’adresser une question à M. de Gasparin.
« Si l'apparition (de ce personnage) n’est pas une hallucination, mais un fait réel, constaté par les lettres de ma sœur, qui reconnaissent son existence ;
« Si la lucide n’a pu voir dans ma mémoire, l'image de ce personnage que je n'avais ni Vu ni connu ;
«Di ce n est pas le démon, qui prenant cette forme, aurait apparu à la lucide...
« Si ce n’est pas l’Âme de ce personnage qui est apparue à la somnambule.….,
« M. de Gasparin pourrait-il m'expliquer ce phénomène et le concilier avec son livre sur le « surnaturel en général? »
M. de Gasparin répondra sans le moindre doute à M. l'abbé Almignana, comme nous lui répondrons tout à l'heure, pour les questions qui nous regardent.
Nous l’avons dit plus haut, si le livre des Esprits a obtenu quelque succès, il Pa dû d’abord à l’à-propos de sa publicalion, ensuite aux trois adhésions importantes qui, à partir de la seconde édition, étaient venues assurer sa fortune.
L'une de ces lettres était signée « de Sauley, membre de l'Institut. » Elle devait être et fut très-remarquée; c'était la relation, heure par heure, d’une vraie déroute rationaliste, déroute éprouvée par bien d’autres, mais cachée d'ordinaire avec autant de prudence, que M. de Saulcy mettait de loyale franchise à confesser la sienne. |
À la lecture de cette lettre, rien n’intéresse davantage, que la peinture de ces premiers troubles de l’incrédulité railleuse de l’auteur, en présence de la bizarre physique qui venait se révéler à lui et à ses deux compères, son fils et son ami: rien de plus naturel ensuite que cette réaction philosophique, assez forte pour lui faire attribuer encore à quelque raison naturelle, la course d’une lourde table de salle à manger, qu'il essaie-en vain d'arrêter. Ainsi, nous voyons M. de Saul- Cy, qui se défendait poste après poste et dont l’incrédulité mourait mais ne Se rendait pas, en venir à se bâtir toute une théorie électrique, à laquelle, (faute d'électricité), succède bientôt la croyance «à des impulsions différentielles, dues à la volonté des opérateurs et dont une sorte d'intégration pouvait déterminer la rotation de la table. » Tout cela ne
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