‹ Question des espritsChapitre 37 sur 117 · HI · texte numérisé non relu

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satisfaisait guère notre savant, mais il n’y pensait déjà plus, lorsque vint la faculté parlante qui ramena chez lui un nouveau paroxysme d’incrédulité, jusqu’au jour où, las de chercher en vain «un autre mystificateur que lui-même, » il se vit forcé de courber la tête devant « cette intelligence différente de la nôtre, dont la religion chrétienne ne pouvait tolérer les pratiques. »

Bien que cette lettre dise tout, M. de Sauley nous avait toujours promis quelques détails sur ces expériences trop longues, qui avaient exercé, comme il se plaît à le reconnaître, une si grande influence sur ses idées et même sur sa vie. De très-nombreuses et importantes occupations l’empéchant de rédiger ces détails, il a bien voulu prier son fils, ou plutôt son compère, M. Félicien de Saulcy, de nous en donper une relation, et c’est dans cette relation faite et revue en commun, que nous trouverons à notre tour un certain nombre de ces faits, que nous appelons rebelles à toutes les théories précédentes.

Ainsi, que signifie pour la théorie des décollements, des petits mouvements naïssants où du mouvement musculaire, cette lourde table en chêne, que trois robustes charpentiers s’efforcent d'appuyer contre terre, et qui, sommée de se lever à la simple imposition de l'index de M. de Sauley, renverse les trois charpentiers et se brise ?

Que signifie pour le reflet de la volonté, cette persévérante inimitié de tous les meubles, courant à l’envi sur leur maître, et le chargeant avec un tel entrain, que force était de se barricader contre eux et de se retrancher derrière les canapés, etc.?

Que signifie, relativement à la nature psychique , et surtout à l'innocence de l'agent, le petit dialogue suivant : — Qu’ai-je dans ma poche? — Un pistolet. — Que faut-il en faire? — Tirer sur mOi. Trouvant la demande singulière, dit M. de Sauley, j'hésitai pendantplu sieurs jours, au fond de mon Âme, et luttar entre un violent désir de faire feu sur la table, et la craintesur-

AUX THÉORIES PRÉCÉDENTES. 69 naturelle et mystérieuse que j'avais, des conséquences possibles de ce coup de feu. Depuis, je remerciai Dieu de ne m'avoir pas permis de céder à la curiosité, lorsque l’esprit me déclara que ce coup de feu m'aurait fait à la face « une blessure inguérissable, » — Mais, objectai-je,. la balle serait entrée dans la table? —Il y aurait eu deux trous, répondit-il, un dans la table et l’autre à ta figure (1).

« Mets ta main sur sa tête, » me disait-il un jour, en me montrant mon voisin. Je ne le fis pas et lui demandai plus tard ce qui serait advenu. « Il serait devenu fou et pour toujours, » me fut-il répondu (2).

Les pierres, les arbres, tout servit bientôt d’instrument à M. de Saulcy. Les arbres répondaient par des saccades significatives, et lui disaient, par la voie du médium, que « ce métier leur nuisait beaucoup (3). »

Mais le bâton était plus commode. Ce bâton, on le tenait quelquefois par les deux bouts, et c'était alors avec « une force et une vitesse prodigieuse » qu'il entrainait ses deux consultants, les menant du reste aux endroits où se trouvalent les objets perdus, sur lesquels il frappait. Fait assurément bien simple, bien facile à vérifier, et qui tranche la question de la baguette divinaloire, embrouillée dans quelques milliers d’écrits, et qui cette fois n’a plus rien de commun avec les oscillations imperceptibles et très-problématiques du pendule explorateur. Mais le bâton ne se contentait pas de deviner. Un jour, ces messieurs étant insultés par deux jeunes enfants, la trique fatidique menace ceux-ci d’une telle correction, qu’il fallut la lâcher car «les coups étaient si violents, que la tête aurait été probablement fendue du premier. »

(4) On ne peut mieux signaler la fameuse répercussion sur les sorciers, répercussion dont on s’est tant moqué.

(2) Beaucoup de fous entrés à Bicêtre, par suite des tables, ne le sont devenus que de cette manière, et non, comme ont osé le dire quelques méde-

cins, par la simple persuasion qu'une table allait tourner. (3) Consultation des chènes à Dodone.

10 FAITS REBELLES | On se le rappelle, de grands philosophes se sont évertués k à prouver que la baguette, pour être merveilleuse, devait f nécessairement être en bois de coudrier; ici nous voyons la trique rustique, indifféremment remplacée par le {chiboul ; rapporté d'Orient par M, de Saulcy. Aussi, ce n’est plus en | plein champ cette fois, c’est dans l'appartement de Paris que | ce nouveau médium prend ses ébats ; il se rue sur les tasses, jette le fils sur le père, frappe à coups redoublés sur les | jambes de celui-ci, et de même que le pistolet du général | Lasalle brisait d’une. balle la pipe fumée par son cocher, de même le tchibouk n’enlève dans son impertinente adresse,

| | que les cendres d’un cigarre fumé par l’académicien. [ 1 Quant au reflet de la pensée, que devenait-il encore, — Car 4 c'est à lui que nous en voulons, — lorsque le crayon , unique- | ment interrogé par des dames, écrivait. après des heures { b d'attente, ces mots « trop lisibles» qui, n ayant jamais souillé leur pensée, n’élaient même pas compris par elles (1)? ou lorsque sommé par M, de Saulcy d'écrire qu’il était un chien, il

écrivait ANA-KELB : « je suis un chien; » mais le malin l'avait écrit à l'envers, (5 ge, si bien que son interrogateur lui reprochait de n’avoir rien écrit du tout; enfin, après de longues recherches : « Sot que tu es, lui répond l’autre, retourne donc le mot,» et dans le fait le mot ainsi retourné, K Li, signifiait ANA-KELB.

De même pour quelques autres leçons d’orthographe arabe, copte, hébraïque, données par le misérable, au membre de l'Institut, qui plus d’une fois avait fini par recon-

| naître leur justesse.

| De même, pour cette masse de dessins fantastiques qui nous ont été donnés par M. de Saulcy, et que nous conservons avec Soin, nous demandant fort souvent, lequel de

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Lous les assistants eût jamais imaginé, el ces triangles renverses; constamment opposés au triangle de Jéhovah, inversion

(M) Voir la lettre.

AUX THÉORIES PRECEDENTES. 54 expliquée par l’esprit en ces termes : « JE SUIS DIEU A L’EN- VERS, moi; » et ce refrain monotone et solennellement mélancolique : « VETEREM VITAM VIVO, JE VIS MA VIEILLE VIE, » el ces pages couvertes de ce mot très-significalif. qui termine ici, comme chez M. de Tristan, la plupart des séances «ENGAGER (1),» mot dont on fut longtemps à comprendre le vrai sens, mais sur lequel l'esprit ne laissait aucune incertitude, en le faisant précéder de celui-ci: « Veux-tu? »

Comme on le voit, tout cela se trouvait aux antipodes du reflet de la pensée. Mais vint une autre question. M. de Saulcy paraissait bien fixé sur la co-assistance chez lui de deux esprits, de nature essentiellement différente. L’un, violent, tapageur, blasphémateur, insolent, ne conseillait et ne faisait que le mal; l’autre, d’allures et de mœurs fort doucereuses, semblait remuer la table avec des organes de coton, blàmant d'ailleurs ces pratiques, ne s'y prétant qu'à regret, disputant avec l’autre, et faisant succéder l'édification aux scandales donnés par le dernier. Cette illusion qui durait depuis trois mois, s’évanouit le jour où M. de Saulcy et nous, sommant enfin cet excellent esprit de s'expliquer carrément, il le fit après deux heures de lutte et en ces termes : « Pauvre dupe, tu croyais en avoir deux et tu n’en avais qu un; j'étais seul. »

À partir de ce moment, lout fut terminé ; l'épreuve avait duré trop longtemps, la leçon philosophique était complete, la leçon chrétienne l'avait été bien davantage encore, et M. de Saulcy, tout en s’abstenant complétement, ne s’en occupant plus et conseillant aux autres de « ne plus s’en occuper du tout, » nous autorise à répéter qu'il ne comprendrait pas

(4) Chez un savant médecin de nos amis, le crayon écrivit textuellement cette phrase : « Si tu veux te livrer à moi, âme, esprit et corps, je comblerai tous tes désirs, même celui qui te tient le plus au cœur en ce moment. Si tu y consens , signe ton nom au-dessous du mien, et tout sera dit... Et l'esprit sionait gielf..…. et le médecin tremblait..….. et ne signait pas! Amusons-nous donc encore au sujet de ces pactles du moyen âge, que l'Église forçait les masiciens à détruire; les voilà, en plein xix* siècle, proposés à nos médecins, et à nos académiciens!.…

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