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être? lui dimes-nous tout stupéfaits. — Non. — Qui es-tu donc alors? — L'ESPRIT DU MAL. — Quel a été le but de l’indigne comédie que tu joues depuis si longtemps avec nous? — DE CHERCHER A VOUS INSPIRER DE LA CON- FIANCE POUR MIEUX VOUS TROMPER ENSUITE. — Mais ne souffrais-tu pas d’être obligé de nous parler de Dieu, de la Vierge et des saints, et surtout lorsqu'on mettait sur le guéridon, un crucifix, des médailles bénites, un chapelet, etc.? — Je souffrais, mais je dissimulais ma souffrance dans l'espoir de parvenir plus tard à vous égarer. — Tu nous hais donc? — Oui, parce que vous êtes chrétiens. — Puis l'esprit prit congé de nous par ces paroles : « Dieu ME FORCE à parler ainsi, l’enfer me réclame, adieu. » — Interrogé de nouveau par nous, dans la soirée, l'esprit chercha à revenir sur ses aveux et à nous persuader que c'était pour éprouver notre confiance et notre foi qu'il avait parlé de la sorte, et il persista dans cette nouvelle comédie ; mais le lendemain, voyant qu'il perdait son temps, 1l nous avoua de nouveau qu'il était l'esprit du mal, qu'il avait espéré reprendre notre confiance, mais que, ne pouvant y parvenir, 1l jetait désormais le masque et ne chercherait plus à l'avenir à dissimuler sa nature et la haine qu’il nous portait. Depuis ce temps , en effet, et dans les rares occasions où nous avons interrogé ce guéridon ou tout autre meuble de la maison, l'esprit du mal s’est toujours hardiment nommé et nous a témoigné ses sentiments de haine.
« Tel est le récit exact, quoique très-abrégé, des faits les plus remarquables qui se sont passés sous nos yeux. Ces faits portent en eux-mêmes leur signification; aux esprits sérieux, impartiaux et sans préjugés, d’en tirer les conséquences.
« Le vicomte L. pE MESLON. »
« Rauzan, le 28 juin 48354.
Nous devons cette intéressante communication à l’obligeance de M. le baron
Durroy de Bruignac.
M..le baron de N***, occupant une position officielle et considérable dans un des ministères de Paris, en nous permettant, à M. Des Mousseaux et à nous , de raconter les faits qui vont suivre, a bien voulu y joindre la permission de le nommer verbalement. Nous rappelant parfaitement ses expressions, nous croyons pouvoir les reproduire avec la plus grande fidélité,
«Nourri, nous dit-il, ou plutôt saturé de tout le scepticisme du xvinr° siècle, doublé au xix° de celui que je tenais de ma propre nature, j'avais et j'aurais défié tous les prédicateurs du monde, de pratiquer la moindre brèche à une pareille forteresse... Mais arrivèrent les tables ; les manier, les écouter, et deviner tout le mystère, ne fut pas long pour moi. Vous dire quelle révolution cette conviction nouvelle opéra dans mon esprit, serait une chose impossible. Dès le premier instant, j'entrevis à quelles extrémités tout cela
NOTES. 89 devait infailliblement me conduire, et je ne le cachais pas à ces convertisseurs d’un nouveau genre.
« Savez-vous bien , leur disais-je, que vous travaillez contre vous? Savezvous que vous me mènerez tout droit à confesse. — Non, non, répondirentils. — Mais si, si. — Non. — Si. — Non, je t'en empécherai bien. — Et comment pourrez-vous vous y prendre? — Tu le verras. — Le fait est que je remportai la victoire, et que j’allai tout droit à ce qui les révoltait tant. Mais à partir de ce moment, leur vengeance fut atroce : je devins leur {able à mon tour ; i{s s’emparèrent de moi, et l'identification fut complète. Je ne pensais plus par moi-même, ce n’était plus moi qui parlais ; je souffrais tous les tourments de l'enfer, et, littéralement, j'étais fou ou plutôt possédé. Mon désespoir était extrême, et je ne sais ce que tout cela fût devenu, sans la grande et prudente vertu du directeur que je m'étais donné. Grâce à lui, à la paix, à l’obéissance , au redoublement de prière et de confiance dans lesquels il avait su me maintenir , la possession disparut, et le dernier de ces cruels hôtes me quitta en me disant : « Adieu, tu l’emportes; mais nous te retrouverons sur ton « lit et à l'heure de ta mort, c’est là que nous sommes tout-puissants. » Depuis lors, Messieurs, je me regarde comme sauvé, et suis le plus heureux des hommes. Néanmoins, un jour, je voulus encore essayer de tirer d’eux quelques vérités et peut-être quelque bien. « Donnez-nous, leur disais-je, quelque idée de la bonté divine. — Comment le voudrais-tu , puisqu'elle est infinie ? — Elle est infinie, et cependant tu souffres, malheureux? — Cruellement..…. — Et toujours? — Toujours... — Mais, misérable comme tu parais l'être, et Dieu étant bon comme tu le dis, si tu essayais de le fléchir!... Qui sait? — Tu demandes encore là une chose absolument impossible. — Et pourquoi? — Il ne saurait me pardonner , PUISQUE JE NE LE VEUX PAS.
« — Et s’il te proposait l’anéantissement complet, accepterais-tu? » Après quelque hésitation , l’un des Esprits répond : « Our, PARCE QUE L'ÊTRE EST LE SEUL BIEN , QUE JE TIENNE ENCORE DE LUI, ET QU ALORS NE LUI DEVANT PLUS RIEN , JE SERAIS QUITTE ENVERS LUI. »
« Quant à l’autre : « NON, JE N’ACCEPTERAIS PAS, dit-il, PARCE QUE JE N'AU- RAIS PLUS LA CONSOLATION DE LE HAÏR. — Tu hais donc bien? — Sr JE AIS! MAIS MON NOM EST : LA HAINE ; JE HAIS TOUT , JE ME HAIS MOI-MÊME..... »
On voit que ces faits et que ces dialogues sont loin d’être toujours puérils ; ceux-Ci rappeileront à plus d’un lecteur le Satan de Dante et de Milton. Ils pourront s'assurer encore, que, dans tout cela, les pensées, les actes et les conclusions ne se sont pas décalqués très-exactement sur ceux du médium. Quant à l'authenticité du récit, nous ferons remarquer , pour la dernière fois, que la permission de nommer équivaut à l’acte de signer.
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