‹ Question des espritsChapitre 56 sur 117 · ANGÉLIQUE COTTIN · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE COTTIN

Enfin , il ne nous paraît pas plus heureux d’exhumer pour la dixième fois, la décision académique relative à Angélique Cottin, décision dont plusieurs journaux scientifiques ont pu dire avec raison, qu’elle avait « parfaitement réussi à mécontenter tout ensemble la Joi et P incrédulité (2). »

Si le verdict de la commission fut jugé si sév èrement en 4846, qu’en diraiton aujourd'hui que des milliers d'Angélique Cottin font courir leurs tables «avec une grande vitesse » et les renversent « sans les toucher? » Quelle raison pourrait avoir à présent M. Babinet, pour attribuer à l’adresse de cette jeune idiote, qui d’ailleurs n’agissait que sous la surveillance « de parents D'UNE PROBITÉ EXEMPLAIRE (3), » ces mêmes phénomènes qu'il explique aujourd'hui par les « trépidations nerveuses » et surtout « par la grande énergie de ces petits mouvements naissants dont on n’a pas la conscience (4)? »

Admettre une chose ici et récuser la pareille un peu plus loin, cela parait assez peu philosophique. Voyons donc quelles peuvent avoir été les grandes raisons de M. Babinet pour persévérer dans une voie qui devient insoutenable aujourd’hui,

De tous les prodiges dynamiques opérés par cette jeune fille, et attestés à l’Académie par une foule de savants qui les avaient étudiés longuement , patiemment, habilement, soit en Normandie , soit à Paris, la commission ne vit que fort peu de chose.

Mais enfin voici quel était ce foré peu de chose. « Cette enfant (de treize ans ) de petite taille, engourdie,.…. avait la faculté, au milieu du mouvement qu'elle faisait pour se relever, de lancer en arrière, avec une vitesse redoutable , la chaise qu’elle quittait, sans qu'on püt apercevoir aucun mouvement

4) Le marquis de Jouffroy.

Entre autres, la Gazette des Hôpitaux du 17 mars 1846. Revue, mai, 546.

'oir plus haut.

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du torse, et par la seule détente du muscle qui allait quitter la chaise. A l’une des séances d'examen, plusieurs chaises d’amphithéâtre , en bois blanc, furent lancées contre les murs, de manière à s’y briser. Une seconde chaise de précaution, que j'avais une fois disposée derrière la sienne, pour garantir deux personnes qui causaient au fond de la pièce , fut entraînée par la chaise lancée , et alla, avec elle, avertir de leur distraction les deux savants de l’aparté (4).

11 nous semble qu'il y avait là déjà, tout ce qu'il fallait pour espérer davantage; mais malheureusement voici ce qui mit fin à la chose. Les parents de la jeune fille, ces parents «d’une probité exemplaire, » (c’est M. Babinet qui nous le dit), le rappellent encore une fois, et lui montrent « une IMMENSE table de cuisine, formée d'épais madriers de chéne, d’une grosseur el d'un poids énorme, que la jeune fille venait de renverser , par un seul acte de sa volonté, en brisant, comme de juste, toutes les assiettes et les bouteilles qui se trouvaient dessus. Ne croyez pas que M. Babinet se soit avisé cette fois de récuser un tel fait; au contraire, il l’accepte en entier, ni plus ni moins que le fameux éclair en chat (N). « Il n’y avait plus moyen, dit-il, de douter de la véracité de ces honnêtes témoins » (516). Eh bien, alors! — Eh bien! voici Ce qui suivit, et ce qui vint perdre tout : « Un vieillard octogénaire , le plus sceptique des hommes, qui avait cru comme M. Babinet à ce récit, reste malgré le froid , dans la porte d'entrée, pour observer plus à son aise la jeune fille et le guéridon.... Et voilà qu’au bout de deux heures le miracle s'opère, le guéridon est renversé. Grand étonnement! grand espoir! On allait crier bravo, lorsque le vieillard, s’avançant avec toute l'autorité de l’âge et de la vérité, déclare « qu'il a vu Angélique. par un mouvement con- * « vulsif du genou, pousser le guéridon placé devant elle, et il en conclut que « l'effort qu'elle avait dû faire avant le diner pour renverser une lourde table « de cuisine, avait aû occasionner au-dessus du genou une forte contusion ,) ce qui fut vérifié et trouvé réel.

« Telle fut la fin de cette triste histoire, où tant de gens avaient été dupes d’une pauvre idiote , assez maligne cependant pour faire illusion par son calme même » (517).

Ainsi tous les témoignages , qui se montaient à plus d’un millier, toutes les études scientifiques faites, non pas entre deux portes, mais sur les lieux mêmes et à toutes les heures de la journée, la probité et la bonne foi exemplaire des parents, leur attestation et la notoriété publique relativement à l'invasion subite d’une si prodigieuse habileté, les blessures et les souffrances de la vic-

time qui plusieurs autres fois avait été jetée dans le feu, des centaines d’ana-

(1) Par conséquent au fond de la pièce. Voilà, d’une part, un beau coup de pied; et de l’autre, des observateurs bien attentifs !

(2) Voir au chap. 4er.

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