‹ Question des espritsChapitre 58 sur 117 · RÈGLES DU TÉMOIGNAGE · texte numérisé non relu

RÈGLES DU TÉMOIGNAGE

srands génies comme par le commun des martyrs, et redigées ainsi par la plume de Voltaire.

Un témoignage est suffisant lorsqu'il repose sur :

1° Un grand nombre de témoins très-sensés et ayant bien vu.

2° Se portant bien.

3° Désintéressés.

4° D'accord entre eux.

9° Attestant solennellement (1).

Mais surtout nous demandions, que l’on ne fût pas plus difficile à l'égard de nos faits, qu’on ne l’est pour envoyer un homme à l’échafaud. Était-ce done trop exiger ? (4)

Maintenant, quelle peut être la profession de foi de M. de Gasparin en matière de témoignage? car lorsqu'on renverse celle de tous les temps et de tous les lieux, il faut bien se présenter avec une nouvelle charte et dire « voilà votre salut. » Il est vrai qu'il faut encore, que cette charte soit assez large et assez nelle, pour pouvoir remplacer convenablement les anciennes et satisfaire également à toutes les nécessités. Mais celle-là, il faut bien le dire, jusqu’à ce que M. de Gasparin en vienne à nous proposer une vraie loi d'exception, nous la chercherons vainement dans son livre, sans pouvoir y rencontrer autre chose qu’une la mentation et un vœu; « la question du témoignage, dit-il, veut être ahordée résolument et dans son ensemble, sans quoi les plus fermes esprits seraient troublés, les meilleures têtes auraient le vertige en présence des faits impossibles qu'’affirment à l’envi des témoins sincères et intelligents. FAUTE D’UNE THÉORIE Sur le témoignage, on en serait réduit à descendre jusqu à cet état moral, le plus dangereux de tous, où l’on ne croit pas ce qu'on est censé croire, et où l’on ne rejette pas non plus ce qu on est censé rejeter ; l'âme entière est malade alors

(4) Dictionnaire philosophique.

(2) Voyez l'introduction des Esprits.

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et les divers principes de la vie $piritüellé, raison , conscience, foi, sont également atteints (4). »

On ne saurait mieux peindre le scepticisme et $es tristes effets; mais la THÉORIE qui doit nous guérir, où donc est-elle, s'il vous plait ? Nous avons là, sous les yeux, tout le chapitré sur le témoignage, nous venons de le relire trois fois, la plume à la main, depuis la page 259 jusqu’à la page 319, et dans ce long réquisitoire contre le témoignage des terhps passés, nous en sommes encore à trouver, à sa décharge où à sa reconstitution; autre chose que ce qui suit : « Persontie ne sera assez Insehsé pour EXCLURE ABSOLUMENT le témoignage. Sans lui, nous n’aurions ni Science, ni histoire, ni religion : l’homme qui ne croirait que ce qu'il à vu, descendrait au rang des brutes. (2) »

Ainsi donc une toute faible restriction à une exclusion presque absolue, voilà la seule planche de salut qu’on nous présente dans ce lamentable naufrage ; et comment ne pas la trouver bien étroite lorsqu'on a soin de nous prévenir que « plus, 1 y a de procès-verbaux, de déclarations authenliques; de faits incontestables, plus où triomplie, car il est certain que ces certificats inaltaquablés ne constatent qu'un grand mensonigé, et que nos histoires d’Esprits et de sorciers ne seront jamäis mieux altestées que célles-là » (3).

Ceci est parfaitement vrai, elles ne sont pas mieux attéstéés que ces /ails incontestables. Seulement, elles ont én leur faveur que leurs téfiüins vivent encore, peuvent et doivent se déflendre; et qu’on ne s’en débarrasséra pas aussi facilement que de céux, qüi n'existent plus.

Encore une fois, voilà fout ce qu'on nous offre poûr guérir « Cet état fioral le plus dangereux de tous, en ce que l'âme entière est malade. » Mais, en révanche, pour l’aggraver, pour le reñdre incurable, pour mieux nous montrer «ce

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(9) EE "p.260.

(2) Idem, p. 260.

(3) Idem, p. 285.

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RÉGLES DU TÉMOIGNAGE. 115 que ie lémoigtiage vaut en fait et en principe » (1), quel amoncellement d'exemples, quel pêle-mélé d’assertions toutes gratuites! En vérité, nous avons lu Hume et Diderot, et nous les déclarons dépassés ; qu'un tel chapitre est donc merveilleusement propre à güérir l'humanité malade, et que nous sommes peu élonnés, de voir le livre qui le renferme, applaudi, acclamé aujourd'hui par quélques-uns de cés penseurs « qui posent la piérre angulaire du matérialisme, » s’il faut en croire M. de Gasparin lui-nêmé (2).

Mais faute de théories et pour les remplacer, M. de Gasparin nous présente toute une encyclopédie de faits miraculeux où magiques dont il établit la fausseté Sur ces deux seuls raisons : La première, que personne n’y croit plus aujourd hui; la seconde « qu'il n'autorise pérsonne à affirmer quoi que ce soit de miraculeux , à partir du dernier des apôtres. » Il nous faut donc passer Eh revue tüus ces faits; et leur fatsseté se trouvant ainsi démontrée par ces déux faux principes , on nous invite à en conclure la nullité du témoignage hufnain.

Toutes ces ällégätions de faits, qui nous éloigneräient à perte de vuë de notre sujet principal, mais dont nôüûs discuterons les principaux à là fin de cêtte brochüre {3) ne délrüisent en rien nos principes, et c’est loüjours de pied ferme qué noùs attendons là défaite du (émoignage; car M: dé Gasparin ne s'aperçoit pas que la plupart dés récits qu'il allègue dans cé premier chapitre, n’altèrent eh rien la réputation des témoins. Ainsi, qu'on 86 trompe En Palestine sur l'emplacement prééis dé certains événements bibliqués , qu'on se trompe éh Europe sur la sainteté de quelques extatiques, Comme Marié Bucaillé ou la dévoté de Beauvais, qu’on sé Soit trompé en Voyant lé doigt de Dieu dans cértaines épreuves judiciaires, qu’à Migné méme, où ait pris un mé-

(ILE En 267.

(2) T. Il, p. 366.

(3) Voir à la fin leS notes &ur les croix miraculeuses, sur les deux sur-

naturels, sur les sorciers, sur Cideville devant le magnétisme et lé méthodisme.

léore pour une croix miraculeuse, toutes choses que nous discuterons plus tard, quelle atteinte pourraient donc en recevoir les témoins ? On s’est trompé sur la portée de leurs dires, on en a tiré de fausses conséquences, voilà tout. Tout cela est à côté de la question, et n'effleure pas même pas le témoignage.

Même erreur ou plutôt même distraction, à prapos des témoins qui meurent ou ne meurent pas pour la vérité. Nous avions cra faire acte de bonne foi, en disant que le fameux mot de Pascal : « je crois fort les témoins qui meurent pour la vérité, » ne prouvait nullement la vérité d’une doctrine, chaque erreur ayant eu ses martyrs; M. de Gasparin nous répond à ce sujet : «Si les témoins qui meurent ne sont pas irréfutables par cela seul, les témoins éclairés et désintéressés le seront-ils plus qu'eux? »

Qui ne voit que notre réflexion ne portait ici que sur les déductions doctrinales et non sur les faits attestés ?

On a beau faire et beau dire, la règle, la grande règle, c'est toujours là la règle judiciaire. Historien ou juré, il nous faut la subir, et, grâce a elle, des faits étant toujours des faits, des témoins seront toujours des témoins.

Maintenant, que ces faits conduisent à l'établissement d’un nouveau culte, à la découverte d’une loi scientifique, à la mort d'un coupable ou tout simplement à la modeste amende d’un règlement de police, la règle pour leur admission ou leur rejet, sera toujours immuable. Des témoins nombreux, sincères, judicieux et d'accord, ne pourront pas plus mentir dans un cas que dans un autre, ils vous raconteront fidèlement les faits tels qu'ils ont été perçus par leurs sens, et vous laisseront avec le soin des commentaires, la responsabilité du jugement.

Et lorsque nous parlons de témoins très-nombreuæ , c'est uniquement pour ménager la faiblesse de nos adversaires, car, pour notre usage particulier, le nombre voulu par tous les codes nous suffit amplement.

Comment! depuis six mille ans, vous ne pourrez pas rencontrer une société qui n'ait fait reposer constamment et avec l’assentiment de toutes les générations, l'honneur de toutes ces générations, leur fortune et LEUR VIE, sur la parole de deux ou trois témoins, et vous vous contentez de ne pas «rejeter absolument le témoignage! » Mais songez-y bien, de Moïse à Montesquieu, l'accord est parfait. « Celui qui sera puni de mort, dit le premier, le sera sur la déposition de DEUX OU TROIS témoins. » (Deuter. XvIL. 6):

« Les lois, dit à son tour Montesquieu, les lois qui font périr un homme, sur la déposition d’un Seul témoin, sont fatales à la liberté. La raison en exige pEux. « (Espr. des lois, L. xu, ch. 3.) |

Mais, chose inexplicable! quand 1l s’agit de dresser un échafaud, on dort en paix quand on à entendu les deux premiers venus de lear village ; mais, lorsque cinq cent mille témoins attestent des faits qui choquent un préjugé, arrière ces cinq cent mille témoins, dût-on compter parmi eux, comme on nous l’accordait tout à l'heure, les hommes les plus sincères et les plus éminents.

Et nous, si vous avez dit vrai, si nous ne devons rien de plus au témoignage, que de ne pas le rejeter absolument, nous disons à notre tour : Arrière une société semblable! périssent et ses codes et ses lois, car les archives de sa justice ne seraient plus dès lors, qu’une longue suite d’assassinats juridiques !

Du témoignage en matière surnaturelle, ou loi d'exception créée par M. de Gasparin.

On le comprend, tout cela n’est pas satisfaisant; M. de Gasparin l’a dit, et ses paroles seront toujours là: « L'homme qui ne croirait que ce qu'il a vn, descendrait au rang des brutes et, sans le témoignage, nous n'aurions ni science,

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ni histoire, ni religion (4). » Comment s y prendre alors ? l’alternative est formidable; d'un côté tous les préjugés du penseur, de l’autre l’horreur du vide, et pour unique planche de salut, le rejet PRESQUE ABSOLU du témoignage! Ah! c’est alors que M. de Gasparin fait un effort suprême el enfante celte théorie nouvelle, véritable loi d'exception, qui va désormais lui permettre de creuser un abime entre le témoignage sur {ous les faits naturels et le témoignage sur tous ceux qui ne le sont pas.

« En matière de témoignage, dit-il, la certitude cesse absolument dès qu’on pose le pied sur le territoire du surnaturel. »

Vous l’entendez ! gare aux témoins qui s’aviseront de passer la frontière! « I est un point précis » qui va décider de leur interdiction intellectuelle et civile, suivant qu'ils auront Où n'auront pas vu telle ou telle chose. Leur vue si claire, leur véracité si parfaite, leur parole si honorable, jusqu’à ce malheureux point précis, vont tout à Coup, s'ils ontle malheur de faire un pas de plus, se changer en ténèbres, en imposture, en déraison.

Un pas de plus! Mais où le placerons-nous donc ce pas fatal et décisif? car voilà la grande question, et M. de Gasparin n'oublie qu’une chose toute minime, c’est que, pour la plupart, ces malheureux faits qu’il abhore ont été vus, éludiés, rapportés par des gens très-positifs et qui les croyaient parfaitement naturels. Si le surnaturel est venu plus tard, c’estcomme explication, de guerre lasse, et par l'impossibilité de dire autre chose. Mais les faits,eux, n’ont pas bougé, ils sont toujours les mêmes. Eh bien ! faudra-t-il déshonorer les témoins et déchirer tous leurs procès-verbaux de la veille, parce que le lendemain, et bien souvent à leur insu, ces mêmes procés-verbaux auront donné naissance à la théorie qui vous déplait? Eh bien! soit; mais alors changez donc votre formule,

(4) FE, p. 260.

(2) Idem, p. 288.

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