‹ Question des espritsChapitre 66 sur 117 · LE CET · texte numérisé non relu

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Loudun, le voici :

Pour le docteur Bertrand, Grandier est bien décidément un très-grand criminel, pour la condamnation duquel ce très-long, très-cher et très-dangereux procès de magie, était complétement inutile, attendu que « ses crimes précédents — avoués par ses defenseurs eux-mêmes — suffisaient pour l'envoyer à la mort » (1).

Pour le docteur Calmeil, comme pour la plupart des mani- ' graphes actuels, c'est un misérable. Quant à la jonglerie, il la transforme pour toujours en effroyable névrose, plongeant dans un enfer anticipé (2), cette communauté de religieuses qui d’ailleurs ne le cédaient à personne, comme éducation distinguée, et comme accomplissement de leurs devoirs; oui, pour M. Calmeil l'opinion contraire esl UNE CALOMNIE réfutée par la seule exposition des faits » (3). Les douze juges avaient été choisis parmi « les plus grands hommes de bien » | de la province, et se trouvaient d'accord, non-seulement avec toute la population, mais encore avec les hommes éminents, princes, évêques, ou médecins, qui accouraient à ce procès de tous les points de la France. M. Calmeil réhabilite surtout ces derniers, car aucun des médecins présents ne pouvait,

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FL | | selon lui, voter pour ia jonglerie en présence d’une maladie HR FI très-réelle, tandis que les conclusions rédigées en faveur 121 L El H de ce dernier système au nom de l’école de Montpellier, par h p4 | | (1) Docteur Bertrand. Traité du Somnambulisme, p. 34. | Lil (2) Calmeil , t. IL, p. 8.

|}! (3) Ib., p. 28.

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LE POINT PRÉCIS, FRANCHI PAR LES SAVANTS. 133 le célèbre Duncan « sont {out à fait indignes de cette université » (1).

Enfin et toujours, selon le médecin en chef de Charenton, si l'opinion de l’histoire s'est égarée à un tel point, c'est grâce au protestant Aubin, qui « écrivit près d’un siècle après l'événement , et dont les comjectures et même les calomnies avancées sans preuves, sont absurdes (2).

Voilà l'opinion médicale actuelle sur Eoudun; c'est aussi l'opinion générale des magnétistes, qui par la seule et una— nime reconnaissance de leur agent, en celte affaire, sont obligés logiquement, comme les médecins, de mettre la jonglerie hors de cause.

Ici pas de milieu, et le plus simple bon sens suffit pour s’en assurer ; le moindre soupçon de maladie annihile, à l’instant même tout le système de la fraude. À qui persuaderat-on, en effet, que de pauvres religieuses, plongées comme le dit M. Calmeil, dans un enfer anticipé, vont profiter de ces loisirs pour monter « une comédie » plus burlesque que toutes celles de Scarron, ou plutôt une tragédie plus cruelle cent fois que toutes celles de nos dramaturges les plus échevelés ? et le tout pour se divertir pendant six ans !....

Non, pas de milieu ; nous avons là, ou toute une communauté de furies, plus atroces que toutes celles de la Fable, où comme le dit M. Calmeil « des hystériques d’une espèce loute nouvelle et comme on n’en avait jamais vu là jusqu’alors. » (3).

On comprend le dilemme et l’on comprend mieux encore, que presque tous les médecins de ce temps aient reculé devant la première hypothèse, puisqu'elle joignait à l’absurdité d’une « calomnie réfutée par les faits » l’absurdité d’une immense complicité, que le plus vaste mépris pour l’espèce humaine ne parviendra jamais à expliquer.

(1) Idem.

(2) Bertr., loc. cit.

(3) Voir Calmeil, t. W, p. 28.

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