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Mais ce que l’on ne comprend plus du tout, c’est l’amalgame de la théorie épidémique avec celle de la fraude, et Ja transformation & commandement, de toutes ces convulsionnaires réelles, en autant de Rachel et de Contat. C’est cependant ce que M. de Gasparin, très-embarrassé de sa cause, voudrait nous faire admettre. Il voit bien la maladie, mais il veut aussi la jonglerie, il la lui faut à tout prix, car, sans elle, Aubin et sa thèse protestante sont à jamais perdus. Alors, que fait-11? C’est ici que nous adjurons nos lecteurs de bien peser la valeur de tous ces faux-fuyants d’une erreur aux abois, d’une erreur qui se voit condamnée pour vivre, à l’on ne sait quelles mixvtures impossibles, et à des associations d'idées qui s’excluent mutuellement comme celles de cercle et de carré,
Ainsi, lorsqu'il parle des débuts de cette horrible affaire, ? — et pour nous c est toujours là le point capital, — il voit bien l'excitation nerveuse, mais selon lui « cette excitation nerveuse est causée par la mise en scène » (1. 2, p, 192).
Mais un peu plus loin (p. 197), ce sont au contraire les accidents nerveux qui préviennent les « insinuations du confesseur, » puis un peu plus bas encore « ces accidents nerveux furent peut-être amenés par les espiègleries de quelques jeunes sœurs qui avaient besoin de se distraire, » enfin tout un roman, garni de peut-être, de probable, d’'hypothèses, parmi lesquelles nous remarquons surtout la suivante qui mérite d’être citée; « 1l est probable que le confesseur Àli- 2non, lorsque les sœurs réellement effrayées lui raconterent les apparitions dont elles avaient été témoins, crut lui-même que le démon n’était pas étranger à ces actes » (p. 198). Qu on pèse bien ces paroles! Mignon, l’auteur de la comé-
.de, Mignon, le dramaturge assassin, croyant lui-même à la
possession !!1 Mais alors Aubin est perdu? — Non, « parce que Mignon entrevit tout de suite le lustre et les profits qui allaient en rejaiilir sur la communauté. » — Ah!
ceci est par trop fort; le lustre des saltimbanques et des
blasphémateurs, pour une maison d'éducation religieuse, el les profits pour une communauté, qui fut ruinée sur le coup, et ne pouvait pas ne pas l'être.
Voilà cependant sur quelles assises M. de Gasparin élève un tel échafaudage; la frande, mais une sorte de fraude honnête, cause et conséquence lour à tour de ces terribles phénomènes.
Et qu'on le sache bien, ce n’est pas seulement Mignon, cet infâme Mignon d’Aubin et de Sue, qui devient sous sa plume uue sorte d’honnête criminel, ce sont les ursulines ellesmêmes, « ces indignes menteuses, » qui tout en jouant pen— dant sept ans leur sanglante comédie, savaient leur leçon sans l'avoir positivement apprise, car... chez elles la croyance à la possession pouvait être sincere, et l’idée des maléfices de Grandier avait pu faire sur leur esprit une profonde impression » (T. II, p. 200).
Enfin il n’est pas jusqu'aux exorcistes, ces Lerribles suppôts de Laubardemont, qui n’obtiennent aussi leurs circonstances atténuantes; de méme que « les nonnes savaient leur leçon sans l'avoir positivement apprise; » de même, ces deux exorcistes aValent préparé leur trame « sans peult-élre s'en rendre compte » (1b.). | . Ne nous étonnons donc plus d'entendre M. de Gasparin soutenir que la fraude n'exclut pas une sincérité « relative. (192), et une espèce particulière de bonne foi (196). » Si particulière en effet, que tout en reconnaissant « le cœur humain » susceptible parfois d'assez bizarres contrastes, nous nions que l'esprit humain consente à jamais les reconnaître 101.
Ainsi donc, le système de M. de Gasparin peut se résumer en ce peu de mots : — à Loudun, la maladie terrible est due, soit à l'invasion épidémique, soit à quelques espiègleries de jeunes nonnes; — Mignon, qui plus tard l'excita par Pappât de la gloire et du lucre, put être de bonne foi dans le principe et put croire comme les ursulines, non-seulement à la
possession, mais encore à la magie. Les exorcistes euxmêmes, ont soufflé toute la leçon sans s’en rendre compte, et les actrices ont appris tout cet immense répertoire, sans l’avoir positivement appris. Et notez, que c'était au milieu même de ces frayeurs, de ces croyances, de ces tortures, qu’on nous représente ces « Indignes menteuses » débitant pendant des heures « les thèses les plus savantes et les plus orthodoxes » (220). Mais qui donc les soufllait, si elles ne les avaient pas apprises, et surtout si les exorcistes ne « s’enrendaient pas compte eux-mêmes » ?
Que M. de Gasparin a doncraison de nous avertir « que personne ne peut dire comment les choses se sont passées alors » (198). Maintenant, libre à lui de s’écrier en se frottant les mains : « Je n’abuserai pas de mes avantages » (252).
En vérité cette modération dans le triomphe nous déconcerte beaucoup, car 1l n’y a rien de tel que les contradictions de l’erreur pour faire briller la vérité.
Quant au mérite respectif des médecins de Montpellier et de leurs adversaires, nous croyons M. le docteur Calmeil beaucoup plus compétent que M. de Gasparin, pour en juger sainement, et nous pensons que, lorsque le médecin en chef de la maison de Charenton stigmatise l’opinion des premiers en faveur de la jonglerie, comme indigne de cette grande société, son avis sera nécessairement adopté de préférence à tout autre.
Enfin notre adversaire ne nous pardonne pas d’avoir préféré à son posthume écrivain, les procès-verbaux « et les pages IGNOBLES, TRACÉES PAR LES TUEURS » (236). « I ne vient pas, dit-il, à l'esprit de M. de M..., qu'il faut citer autre chose, pour disculper des personnes accusées de mensonge el d’assassinat, que les pièces rédigées par ellesmêmes! C’est se moquer que d’argumenter ainsi » (233).
L'emportement égare ici notre adversaire, et nous conjurons nos lecteurs, de bien réfléchir à tout ce qu’ils seraient obligés d'englober parmi les TuEuRS, en fait de princes, d'é-
vêques, de magistrats, de médecins, etc. Qu'ils y songent bien, il n’y a pas que les accusés qui aient signé tous ces procès-verbaux, et toute condamnation qui ne serait pas collective et n’atteindrait pas tous ces tueurs, n'aurait plus nulle signification.
M. de Gasparin veut bien nous prévenir dans un premier avertissement « donné, dit-il, avec force et netteté, que le pays ne nous pardonnera pas d’avoir touché à son indignation. » A cela nous pouvons lui répondre, premièrement, que d'habitude, nous tenons assez peu de compte de ces sortes d’avertissements ; secondement, qu'il faudra bien excepter de cette entité assez vague, qu'on appelle le pays, ce « bon nombre de savants » dont le quasi-suffrage effrayait tout à l’heure notre adversaire, danger qui grossit à vue d’œil, puis enfin , la plupart des spécialistes médicaux, qui ne voient là qu'une hallucination, et tous les magnétiseurs qui n’y voient qu’un effet de leur agent. Chez tout ce monde, la jonglerie étant logiquement hors de cause, « l’indignation » ne sera Jamais bien redoutable. Voilà donc bien des raisons pour attendre patiemment le second avertissement et même pour ne tenir aucun cas du troisième, s’il était jamais formulé.
Toutefois, nous conviendrons volontiers avec M. de Gasparin, de l’immense majorité actuelle de ses partisans relativement aux nôtres, mais nous lui rappellerons ce qu’il sait mieux que personne, à savoir que, semblables aux majorités parlementaires, les majorités philosophiques se déplacent fort souvent. Or, il existe encore aujourd’hui deux Frances, la France légère, crédule, battant des mains à toutes les erreurs, et se jetant tête baissée dans tous les maux qui en découlent, c’est-à-dire la France à laquelle on a fait croire tout ce que l’on a voulu. Oui, tout, depuis les impostures de Jeanne d'Arc jusqu'aux fameux cerf-volant de Migné, tout, depuis les crimes de Louis XVI jusqu'aux messes célébrées par Charles X. Hélas ! on le sait, si cette France-là a pu compter tant d'enfants, c'était gràce au très-grand nombre des
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138 FINS DE NON-RECEVOIR, préjugés qu'on lui donnait, et des passions que l’on savait entretenir. |
La majorité ne saurait donc être douteuse, et il faut le reconnaitre, elle est encore énorme de ce côté. Mais en dehors de la foule, et même du catholicisme avoué, se dessine une autre France aujourd’hui, France impartiale et pensante, qui, fatiguée, effrayée el trop longtemps victime des préjugés de la première, les revise presque tous en ce moment; c’est elle que nous voyons dans la première partie de ce siècle, applaudir et croire à Cuvier brisant tous les arrêts antibibliques de Voltaire, à Champollion justifiant Moïse des calomnies de Dupuis et de Fréret, à Villemain et Cousin décernant aux Pères de l’Église le double sceptre de la vertu et du génie ; c'est elle que nous voyons applaudir encore à tous les vengeurs de Jeanned'Arc, à l’intelligente loyauté de protestants célèbres, tels que Staarck, Cobbett, Hurter, Ranke et Voigt, proclamant les saints pontifes dans la personne d’Hildebrand « sauveurs de la civilisation européenne; » réhabilitations non suspectes pour le coup, réhabilitations puissantes qui ont enfanté des études profondes, et tout ce travail de germination catholique, qui oppose Oxford à Berlin et ne remue pas moins aujourd'hui, Londres la luthérienne, que Genève la calviniste.
Non, dans ce mouvement, d'autant plus puissant qu'il est plus pacifique, plus libéral et volontaire, la France ne reste pas en arrière, et sar tous les sujets, l’erreur y compte une forte masse de transfuges. Il a donc fallu refaire bien des histoires (1), abjurer plus d’un système, et parmi ceux qu’on abjure, nul n’inspire aujourd'hui plus de mépris que celui qui prétendait trouver la clef de tous les mystères dans le mensonge, les pieuses fraudes et les conspirations impos-
(4) Il nest pas jusqu'à un certain droit du seigneur, qu'il n'ait fallu éclaircir. Au moment même où le préjugé en maudissait la mémoire avec le plus d’amertume, il a fallu que le génie littéraire le renvoyât , séance tenante et sans qu'on ait osé lui répondre, à l’'Opéra-Comique, dont il ne sortira plus. (Voir l'ouvrage de M, Veuiliot.)
Sibles. H est vrai que ces vieilles armes sont remplacées par d’autres, mais au moins le mensonge est détrôné et l'honneur est rendu aux victimes « des calomnies absurdes. »
Eh bien! c’est au nom de toutes ces tendances de la science moderne et de la société pensante, au nom même des arguments nouveaux du rationalisme, du magnétisme, et leurs traités à la main, que nous n’avons pas craint de ramener sur la scène, toute cette histoire de Loudun , que l’on venait si justement de déclarer « incomprise ». Nous l’avons fait, parce que, assez peu importante en elle-même, elle empruntait une haute gravité à nos derniers phénomènes.
Et pour en finir avec elle, qu’on le sache bien, Aubin luimême ne pourrait plus soutenir la thèse que l'on essaie de rajeunir en son nom, Qu’avez-vous fait ? dirait-il à ses exhumateurs ; Chez moi tout se tenait, tout s’enchaînait parfaitement. Les ursulines, Mignon, les exorcistes, les magistrats, les médecins, les évêques, les princes du sang, leurs ministres et surtout Laubardemont, tout cela ne faisait qu’un ; leur solidarité était complète, c'était une tragédie en cent actes, apprise de longue main et jouée avec un ensemble parfait, par un millier de personnages. Mais à présent que vous touchez à mon plan, à présent que vous changez cette acrobatique prodigieuse en névrose, que voulez-vous que je devienne ? à l'instant même je perds tout : poëte, acteurs, confidents et souffleur. Mon théâtre se change en un affreux hôpital, mes espiègleries en « tourments d’un enfer anticipé » et la farce de Loudun, en une épidémie qui se promène de province en province. Dés lors, M. Calmeil a raison, le médecin Duncan n’est plus qu'un ignorant, et Laubardemont, cheville ouvrière de mon drame, devient un comparse inutile. Je ne sais plus que dire, surtout lorsqu'on me montre ce dernier personnage, courant la poste, la nuit, pour ramener en toute hâte les exorcistes de Loudun près de sa femme prise à Chinon de la maladie régnante. Et ces mêmes exorcistes dont javais si bien établi la très-réelle et exceptionnelle
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