‹ Question sociale et écoles sociales (volume 2)Chapitre 16 sur 33 · II. Aperçu historique · texte numérisé non relu

II. Aperçu historique

i* Période de début ; les Physiocrates. — Les premiers ancêtres de nos libéraux sont les Physiocrates (t), économistes du xvnr» siècle. Parmi eux, les plus illustres furent le docteur Quesnay, médecin de Louis XV et auteur de la Physiocratie ; Dupont de Nemours, qui publia les œuvres de Quesnay ; de Gournay, pendant plusieurs années intendant du commerce; l'abbé Boudeau, l'abbé Morellet, le marquis de Mirabeau, surnommé l'ami des hommes, Mercier de la Rivière et le ministre Turgot. Us s'inspirèrent des fausses idées philosophiques de leur temps et les premiers firent entrer l'économie politique dans la voie scientifique. D'après eux, il existe un ordre naturel des sociétés humaines qu'il suffit de reconnaître et de suivre. L'organisation économique doit résulter du concours naturel des choses, non de l'intervention arbitraire du pouvoir. Pour que l'agriculture et l'industrie soient prospères, disaient Quesnay et Gournay, il n'y a qu'à laisser faire et à laisser passer, et leurs disciples ajoutaient : il ne faut ni prohibitions, ni douanes, mais une liberté universelle de commerce. Par l'ensemble de leur doctrine les Physiocrates ont imprimé à l'économie politique une direction fausse et dangereuse : ils l'ont engagée dans un utilitarisme et un libéralisme dont les conséquences ont été aussi fâcheuses pour la prospérité matérielle que pour les intérêts moraux de la société.

Turgot, devenu ministre en 1774, tenta d'appliquer quelques-unes des maximes des Physiocrates, mais au lieu de réformer il désorganisa et n'arriva qu'à mécontenter tout le monde, aussi bien ceux qu'il prétendait aider que ceux qu'il entendait combattre. Il détruisit l'ancienne organisation du travail et ne laissa à la place que le déplorable individualisme qui, sous le faux nom de liberté de travail et de concurrence, a produit tant de misères.

(i) Ce nom de Physiocrate (de ouatç, nature; xpaxeTv, commander), vient du titre donné au recueil des écrits de Quesnay, publiés en 1768, par Dupont de Nemours : Physiocratie ou Constitution naturelle du gouvernement le plus avantageux au genre humain.

Ob LES BCOLBS SOCIALKS

2° Période d'éclat. — a) Ecole anglaise. Le véritable fondateur de l'économie politique orthodoxe ou libérale, celui qui en a codifié les principes, c'est Adam Smith (1723-1790), né en Ecosse et professeur à l'université de Glasgow. Dans son grand ouvrage : Recherches sur la nature et sur les causes de la richesse des nations, publié en 1776, il a exposé ses idées sur le travail, la rente, le profil, le salaire et les autres points de la science économique. — Après Smith vinrent Ricardo (1772-1823) qui, dans son livre Principes de l'Economie politique et de l'Impôt, précisa un certain nombre de points laissés obscurs par le maître; Malthus (1766-1834), surtout célèbre parla fameuse loi de la population exposée dans son Essai sur les principes de la population ; il signale somme principale cause de la misère, la multiplication trop rapide des populations eu égard à l'accroissement des subsistances ; Stuart-Mill (1806-1873), esprit vigoureux, personnel, indépendant, qui, plus qu'aucun autre, a creusé les principales questions de la valeur et de l'échange. Il a exposé ses idées dans ses Principes d'Economie politique. — C'est de l'école anglaise qu'est sortie, en 1838, sous l'impulsion de Cobden, la fameuse Ligue de Manchester (1). bile se constitua le champion des doctrines libre-échangistes et publia, le 10 mai 1846, un manifeste demeuré célèbre, où elle disait : « L'échange est un droit naturel comme la propriété. Y porter atteinte pour satisfaire la convenance d'un autre citoyen, c'est légitimer la spoliation ; c'est méconnaître la pensée providentielle manifestée par l'infinie variété des climats, des forces naturelles et des aptitudes : c'est contrarier le développement de la richesse publique, en contraignant tel ou tel à donner une fausse direction a ses efforts, à ses travaux, à ses capitaux ; c'est compromettre la paix des peuples. »

b) Ecole française. Les doctrines économiques d'Adam Smith furent apportées en France par son disciple J. B. Say (1767-1832), qui doit être compté parmi les fondateurs de la science de l'Economie politique. Après lui vint Rastiat, Vrivain habile et polémiste brillant. Il a

(i) Le rôle jo '& par la Ligue de Manchester a été si considérable que l'on est arrivé à donner souvent le nom d'école nianchest^rienne et de principes manchestèriens à l'école libérale et à ses principes.

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toute sa vie lutté contre le socialisme et le régime protecteur. Son nom est resté populaire entre tous ceux des économistes français. Ses Harmonies économiques sont son ouvrage le plus remarquable, malheureusement il n'est pas achevé. — A ces deux noms il faut ajouter ceux de Rossi, Léon Faucher, Joseph Gantier, Baudrillart, Frédéric Passy, Léon Say, Jules Rambaud, Courcelle-Seneuil. Maurice Block, de Molinari, Arthur Desjardins, Paul Leroy-Beaulieu, etc. « Pendant longtemps, malgré quelques contradicteurs clairsemés, l'économique classique tissa des jours semés d'or et de soie. Elle dominait à l'Institut. Ses adeptes pouvaient seuls pénétrer à la section économique de l'Académie des sciences morales et politiques. Elle possédait l'unique Revue qui traitât alors de ces questions : le Journal des Economistes. Elle trônait au Collège de France. En 1864, elle s'introduisait bruyamment à l'Ecole de Droit, dans la personne de M. Batbie, et l'opposition célébrait la création de cette chaire comme le triomphe des idées libérales. Docile à ses conseils, l'Empire signait le traité de 1860. Tout lui souriait et elle croyait avoir pour toujours triomphé de toute hostilité (1). »

3° Période du déclin. — Depuis quelques années un8 réaction se produit, l'orthodoxie libérale n'est pas seulement prise à partie parles socialistes et par les catholiques, elle voit encore se refroidir le zèle d'un certain nombre de ses partisans. Plusieurs l'abandonnent presque complètement, comme Cauwès, Charles Gide et Alfred Jourdan ; d'autres lui restent fidèles dans ses dogmes fondamentaux, mais refusent de la suivre dans ses conclusions extrêmes par trop compromettantes, comme Cairnes, P. Leroy-Beaulieu, Arnault, de Foville, Beauregard, Jules Rambaud, Thorold Rogers et Levasseur. — Le libre-échange n'est plus appliqué par aucune nation, pas même par l'Angleterre, et de toutes parts, sous la forme d'Unions ou de syndicats, on revient au système corporatif ; l'âge d'or du libéralisme est passé et nous commençons à être loin du temps où dans toutes les chaires officielles on ne distribuait que du pain fait avec la plus pure farine de l'orthodoxie libérale. Des professeurs, et non des moins distingués, ont rompu avec les anciens axiomes sur la rente, la nature de la

[i Urbain GuÉuiN. — L'Evolution sociale, p. 261.

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Taleur, la liberté illimitée du travail, le caractère exelu-

sonnel de la propriété, le rôle réduit de

l'Etat, la supériorité de la méthode de déduction, l'ex-

ce du régime économique actuel et bien d'antres

points encore.

en jugeons par les livres qu'ils publient, écrit non sans amertume un des maîtres de l'Ecole libérale, nos professeurs d'Economie politique des Fa- - Droit ne répondent plus guère à l'intention s Heur qui a établi leurs chaires. Cette intention était fort claire... On voulait que les étudiants fussent

*ar une exposition claire i fonctions du propriétaire. Si leurs cours ont quelqu'utililé, ce dont nous doutons fort, ils erveot pas a donner ce qu'on leur demanda

elles sur la ihéorie de la propriété (1 ). »

ique cette mauvaise humeur, c'est que les

nent tous les jours plus nombreux et

-nent pas de porter la cognée jusque dans les

racir firsôti avaient nourri leur

l forment aujourd'hui une véritable école

donl il s possible de ne pas dire un mot.

iu *sssssxt. — Ds i le Jomrnmi des cctmo

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