II. — Du socialisme collectiviste
I. Exposé des doctrines collectivistes. — La doc'rine des collectivistes comprend deux parties bien distinctes; l'une est purement négative, l'autre est positive.
1° La partie négative, celle qui a fait jusqu'ici leur force el leur succès, se réduit à une critique viru'ente du système économique et social aciuel. Ils ont tracé de notre société, de ses misères, de ses iniquités des ceintures parfois noircies, mais trop souvent véridiquea et toujours saisissantes. Ils avaient la partie belle, ils en ont usé et même abusé. Ils ont mis en relief tous les côtés faibles, tous les vices du régime qui prédomine dppuis un siècle. Ils ont placé en plein jour les souffrances du prolétariat, les abus du capital, les inégalités des classes, les rivalités d'intérêt, la toute-puissance de l'argent, l'écrasement du faible et ils concluent qu'un état social qui rend possible « d'aussi monstrueux excès » est essentiellement mauvais et qu'il faut à tout prix l'anéantir. Songer à l'améliorer est une pure utopie, c'est vouloir tenter l'irréalisable ; on n'arrivera jamais à je rendre acceptable, il est vicié jusque dans son essence. Si l'on veut ramener dans le monde du travail la paix et la justice, on doit se résoudre à ïaïre table rase de ce qui existe et asseoir la société sur des bases absolument nouvelles. « Le vieil édifice est lézardé d<* toutes parts, il n'est plus susceptible de réparation, il n'est bon qu'à tomber sous la pioche; différer de le démolir, c'est s'exposer à être écrasé par lui ». Jusqu'au jour de la révolution, tant que régnera le système capitaliste, il n'y aura que misère et que lutte pour la classe privée de capitaux.
2<> La partie positive de la doctrine collectiviste est moins brillante et surtout moins facile à préciser. Les socialistes sont d'admirables destructeurs, mais ils n'ont pu jusqu'ici rien imaginer de sérieux, pour mettre à \e place de ce qu'ils s'acharnent à supprimer. Leurs théoriciens Lassalle et Karl Marx ont été bien plus des critiques inexorables du libéralisme que des créateurs d'un régime nouveau. Ils se sont renfermés dans une pru-
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dente réserve, Ils se sont bornés à émettre discrètement quelques idées de réorganisation générale, et nous serions tort embarrassés pour nous faire une idée du collectivisme intégral si nous ne possédions que leurs écrits. Heureusement, quelques-uns de leurs disciples ont été plus explicites et nous ont permis d'entrevoir ce que serait le monde si les rêveries collectivistes venaient jamais à prévaloir. La perspective n'a rien de séduisant. C'est à Schàtfle et à César de Paëpe que nous devons les esquisses les plus complètes de la société organisée d'après les principes collectivistes (t).
D'après Schàffli et Bebel le socialisme radical ou vrai socialisme implique : — a) dans l'ordre économique la négation de la propriété privée et la nationalisation non seulement du sol, mais de tous les fadeurs de la production. L'Etat est seul producteur comme seul propriétaire. « Pour guérir le mal, dit Léon XIII, les socialistes excitent la jalousie des pauvres contre les riches. Ils soutieunent qu'il faut supprimer la propriété individuelle et lui substituer la communauté des biens, administrée par les municipalités ou par l'Etat. Moyennant le transfert de la propriété individuelle à la communauté et une égale répartition entre les citoyens de tous les biens et de tous les profits, ils estiment pouvoir remédier au mal dont souffre actuellement la société » (2).
Le Collectivisme veut la reprise graduelle de tous les instruments de travail par l'Etat, qui les conservera inaliénables sous sa tutelle. Les moyens de production, terres, usines, outillage, accumulés dans la collectivité,
(1) « Ce n'est pas le côté positif des théories socialistes qui cttire le prolétariat ; ce n'est pas le collectivisme que noua redoutons, c'est le côté négatif qui nous fait peur, c'est la négation de la société, c'?si la lutte de classe prêcbée à outrance. Le socialisme a découvert le côté faible de l'organisation économique actuelle ; il ë'obstine à ne reconnaître la société que par les iaiblesses, les injustices, les vices des hommes. Il doute de la vertu, il conteste tout mobile noble et gé' éreux. Il ue voit partout qu'iniquité et qu'exploitation. Il exagère les abus réels et y ajoute des abus fictifs, pour lui tous les scandales sont inouïs, toutes les injustices «ont monstrueuses, toutes les plaies sociales sont mortelles pour la société. La haine conduit la plume de l'écrivain socialiste, elle frémit dans la parole de l'orateur socialiste, elle ne respecte rieu, elle re ménage rien, elle ne recule devant rien. . > "VY^tereh. — Le socialisme contemporain, p. 109.
(2) Eucyclique : Rerum novarum.
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ieront confiés temporairement aux groupes organisés conformément à un ordre à établir. « Dans la société actuelle, les moyens de production sont devenus le monopole des capitalistes. De là, la situation dépendante, qui a valu aux ouvriers tous les maux de l'esclavage sous toutes ses formes. Le salui de l'ouvrier exige que les moyens de production deviennent propriété sociale, que la société soit distribuée par corps de métier, que les produits du travail soient utilisés dans l'intérêt de la communauté et distribués aux individus d'après les lois de la justice (1) ».
Par moyens de production, il faut entendre, d'après le Congrès de Bruxelles, tenu par l'Internationale en -1868, les carrières, les houillères, les mines en général, les canaux, les chemins de fer, les postes, le télégraphe, les torêts, les terres, les biens-fonds, les fabriquer, les machines et les outils de toute nature.
Li quintessence de l'économie politique socialiste se trouve, d'après Schaeffle, dans ces simples mots:« Remplacer le capital privé par le capital collectif (2) ».
(1) AiDsi s'exprime le Congrès tenu à Gotha, le 25 mai 1875, par les socialistes allemands. Ou y affirma les principes suivants : 1° Les moyens de production sont, exclusivement propriété collective et appartiennent à la société. Les particuliers n'en out que l'usufruit; 2° La production agricole et industrielle ne peut être que sociale, c'est-à-dire ne peut être exercée qu'au nom de l'Etat social. L'Etat social fixera seul lea prix de vente pour les marchandises et les produits ;3° Défalcation faite des frais généraux, le particulier recevra tout le prix de son travail, c'est lui qui touchera les dividendes que les capitalistes ont touchés jusqu'ici. Ce bénéfice, produit du travail personnel, appartiendra à l'ouvrier, mais c'est la seule chose qui lui appartiendra et sera transmissible à ses héritiers. Cette dernière partie du programme de Gotha a été violemment attaquée par Karl Marx qui voit, dans ce droit pour l'ouvrier de capitaliser ses bénéfices, un péril pour l'avenir et une porte ouverte à la reconstitution des fortunes. Chaque ouTrier ne doit recevoir que suivant ses be- »• ins et, par conséquent, restreindre en conséquence sa production. D'après lui, l'Etat socialiste parfaitement organisé devrait reposer sur ce principe : « Chacun produira suivant ses facultés, chacun recevra suivant ses besoins ».
(2) L'alpha et l'oméga du socialisme, c'est la transformation du capital privé soumis à la loi de la concurrence en «•^M'ita! collectif unique. » Schaeffle. — Quintessence du sotiaiisme.
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b) Le Socialisme intégral implique, dans l'ordre poli» iiquc, le répu< licanisme démocratique pur. La société de production rêvée par les socialistes est une république parfaite dans laquelle chaque particulier a les mêmes droits et les mêmes devoirs. Tous les citoyens sont égaux et c'est le peuple qui gouverne. C'est lui qui est l'autorilé ; il la délègue à quelques mandataires, qu'il peut révoquer à son gré et qui n'ont d'autre pouvoir que celui de veiller à l'exécution des lois volé* » par le peuple. Le peuple n'est sujet que de lui-même. • La liberté politique, disaient les Congressisles d'Eisenach, est l'indispensable condition sine qua non fie la délivrance économique de la classe ouvrière. Dès lors la question sociale est nécessairement une question politique. Celle-là se résoud avec celle-ci et sa solution ne devient possible que dans l'Etat démocratique. » Aussi voit-on partout les socialistes marcher à l'avanl-garde du parti républicain et travailler au renversement de toute royauté. Leur drapeau est le drapeau rouge.
c) Le Socialisme intégral implique dans l'ordre religieux et philosophique le matérialisme et l'athéisme. Les socialistes font presque tous profession non seulement d'athéisme, mais même d'antithéisme. Dépouillée des phrases creuses et des affirmations sonores, la religion du social-démocrate, comme le fait remarquer le P. Antoine, se réduit à ces éléments : Dieu, c'est l'Etat populaire démocratique; la fin dernière, les jouissances terrestres ; le décalogue, les droits de l'homme ; le culte Bocial, la production. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à prendre les déclarations des plus autorisés parmi les socialistes. « Si la religion, dit Joseph Dietzgen, le théologien du collectivisme, consiste dans la croyance aux ▼ertus et aux êtres surnaturels, aux esprits et aux dieux supérieurs 4 l'homme, le socialisme démocratique rejette loute religion. L'être suprême, le seul auquel non * croyons, c'est l'humanité civilisée. Notre espérance-, c'est de transformer la société par le socialisme démocratique. Notre charité, c'est l'amour de la vérité que les maniaques religieux n'ont jamais connue. Le sauveur de l'avenir, c'est le travail. Notre Rédemption à nous ne repose pas sur un idéal religieux, mais sur un rocher massif et matériel. Ce qui autorise le peuple à croire à la délivrance des maux qui l'affligent depuis des milliers d'années, ce qui lui montre même celte délivrance du doigt, ce sont la magie de la force productive et l'éton-
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rant succès du travail. Moyennant les formules inventées par les sciences modernes, nous forçons la nature à nous prodiguer ses dons, presque sans peine et sans travail de notre part. Voilà la richesse qui fera désormais ce qu'aucun sauveur n'a pu faire jusqu'à présent. »
— « Le socialisme moderne est absolument impie et ennemi de l'Eglise, déclare Schàfflc. L'Eglise est la police du capital et trompe le prolétariat en lui donnant un chèque sur le ciel. C'est pourquoi elle mérite de disparaître et tout socialiste doit haïr toute religion. *
— « Nous haïssons la prêtraille, écrivait le journal Volksstnat, et nous maudissons systématiquement toute Eglise parce que nous ne croyons pas en Disu. » — « L'idée de Dieu est immorale, absolument contraire à tout progrès, disait de son côté le Travailleur belge, il tant que le catholicisme tombe. Il faut étouffer le papisme dans la boue. Si vous ne décatholicisez pas la France, vous n'arriverez à rien. Guerre à Dieu ! Le progrès est là ». — « En fait de religion nous sommes athées », ne craignait pas de s'écrier Bebel en plein Parlement allemand. Les colonnes des journaux socialistes sont pleines d'horribles blasphèmes contre la religion; les discours des orateurs du parti contiennent les plus violentes attaques contre l'Eglise, le clergé et Dieu, les soulèvements ouvriers prennent un caractère de plus en j'Ius antireligieux. « On abandonne, suivant le mot d« Heine, le ciel aux anges et aux moineaux (1). »
Ce qui explique ce caractère nettement antithéique des doctrines socialistes, ce sont leurs origines philosophiques. Les dogmatistes du parti, comme l'établit Jean Jaurès dans sa thèse sur les Origines du socialisme allemnnd, sont tous des disciples de Rant, de Fitche et à Hegel, ils leur ont emprunté leurs conception^
(1) Les socialistes français n'ont pas, 9ur la religion, un« entre manière de voir que les allemands. Jaurès appelait la religion, daus un discours au Parlement (novembre 1893j> « une vieille chanson, une habitude et non plus une croyance ». Jules Guesde a fait, lui aussi, du haut de la tribune, à plusieurs reprises, profession d'athéisme. Daus ia Rtuut socinliste, on se livre à d'incessantes attaques contre Dieu et l'Eglise. 11 eu est de même dans toutes les auires feuilles collectivistes. Il serait impossible de citer uu aeul \ socialiste mititaut qui soit croyant.
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ils y ont joint la théorie de l'évolution. Plusieurs appartiennpnt à l'extrême gauche hégélienne (1).
d) Le Socialisme intégral implique, dans l'ordre domestique, le relâchement du lien conjugal, l'union libre uniquement inspirée par l amour tt C éducation des enfants par l'Etat. La famille étant la cellule-mère de la société, les socialistes, pour réformer la société, croient devoir commencer par une reconstitution, sur d'autres bases, de Ja famille. < Comme la Religion, dit Benoit Malont comme la Propriété, comme la Cité, comme l'Etat, comme toutes les institutions cardinales des civilisations humaines, la Famille est soumise aux lois de l'évolution universelle et elle est dépendante des autres réalisations sociales. On a dit avec raison: telle sociéié, telle sorte de groupement familial ; par conséquent, a nouvelle société, famille organisée sur de nouvelles bases (2). »
Les socialistes conservent la monogamie parce que, disent-ils, elle est rendue presque nécessaire par la loi du balancement des sexes, et aussi parce qu'elle est beaucoup plus conforme à la nature de l'homme et qu'elle sauvegarde davantage la dignité de la iYmme ; mais ils veulent une monogamie améliorée, une monogamie dans laquelle il entre moins de légalité, moins de contrainte et plus d'amour, moins de préoccupations d'intérêt et plus de libre choix.
Ils rejetient le mariage religieux, le mariage légal et le mariage indissoluble. Ils prêchent l'union libre uniquement inspirée par l'amour, avec la facilité pour l'homme et la femme de se séparer lorsqu'ils ont cessé de se plaire. Ils rangent le mariage parmi les mensonges conventionnels delà civilisation. « La femme, dit
(1) Bebel, le plus actif des chefs du socialisme allemand nimiérè, disait àla séance du Reichstag, du 16 septembre 1898: « Haeckel, le principal représentant uu darwinisme, ne comprend pas que le darwinisme puisse favoriser le socialisme, ni que le socialisme se trouve en rapport iutime avec le darwinisme. Haeckel ne comprend rien à la science sociale..
« Vous attaquez notre manière de voir eu fait de religiou ; vous dites que nous sommes athées et matérialistes; vous avez raison. Nous avons adopté les doctrines de l'athéisme qui nous venaient d'ailleurs; nous nous croyons obligés de tes propager et d« les répandre uans les masses, a
(2; Précis du socialisme, p. 194.
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Bebel, est maîtresse de son cœur ; elle le partage avec qui elle veut. Une relation cesse de lui plaire, libre à elle de la rompre et de porter ailleurs son affection (1). » — « Le mariage résultant, dit Sécrélan, cité par B. M a Ion, d'un accord librement stipulé entre deux êtres raisonnables, ce contrat ne doit renfermer aucune clause immorale, et rien ne saurait être plus immoral que de renoncer à sa liberté personnelle pour toujours. Aussi ne pouvons-nous pas réprouver avec trop d'énergie les législations qui ne permettent à la femme de concilier l'honneur, lamour et la maternité qu'au prix de cette chose abominable : le sacrifice de sa liberté et de sa personnalité (2). » Il n'est pas une seule fievue socialiste qui ne préconise, avec plus ou moins de cynisme, la thèse monstrueuse de l'amour libre.
Les socialistes réclament l'affranchissement de la femme et l'absolue égalité sociale des sexes. « Toute la vie de la femme est perpétuellement infériorisée par nos lois et par nos mœurs. La législation et les conditions économiques du monde ont commercialisé l'acte sacré de l'union de deux êtres qui ne devrait être faite qu'en vue d'une heureuse et améliorative vie commune et de la perpétuation de l'espèce... La femme e»t toujours dans un état de servage, c'est au socialisme à proclamer enfin son affranchissement (3). » « Dans le
(1) Die Frau, p. 192.
(2) Précis au socialisme, pp. 198-199.
(3; Benoit Malon. — Précis du, socialisme, p. 200. — La même auteur dit un peu plus loin : « Femmes, c'est à vous que je m'adresse. On vous a dit que le socialisme c'est votre abaissement; on a menti. C'est vous qui avez le plus à gagner au nouvel ordre de choses; vous, qui, dans la société actuelle, êtes civilement infériorisée?, politiquement mineures, conjuaralemeut asservies et économiquement plus maltraitées, plus exténuées, plus exploitées encore que les travailleurs, sans parler des insondables douleurs delà prostitution qui frappent les plus malheureuses de vos sœurs, sans parler du déprimant et desséchant célibat auquel sont condamnées les plus dignes d'entre vous, en vertu de la mercaotilisation bourgeoise du mariage. De tous ces maux, le socialisme vous délivrera ; venez donc à ce suprême consolateur, à ce puissant rénovateur, qui, à chaque être humain, veut donner la vie pleine, dans le savoir, dans l'excellence morale, dans le bien-être, dans la justice, dai^j l'amour... »
mariage et hors du mariage, la femme doit être vis-àvis de l'homme sur le pied d'une parfaite égalité », écrit Bebel. dans 9on livre die Frau. Homme et femme doivent avoir les mêmes droits civils, politiqueset conjugaux. — Les socialistes enfin veulent que l'enfant soit élevé par l'Etat et soustrait à l'autorité paternelle. Parmi les principes adoptés au Congrès collectiviste de Gotha, en mai 1875, se trouvait le suivant : l'éducation universelle de l'enfant sera dévolue à l'Etat, elle sera égale pour tous. « L'important, dit Benoît Malon, dans son Socialisme intégral, est d'abolir radicalement l'autorité du père et sa puissance quasi royale dans la famille... L'enfant doit être soustrait à cette autorité et placé sous la tutelle de l'Etat... Les enfants ne sont-ils pas autant que les parents ? Pourquoi les contraindre à obéir ? De quel droit ? Plus d'obéissance, sans quoi plus d'égalité. »
Il est facile, d'après ces citations, de voir que le socialisme sape les bases de la famille comme il sape l«»s bases de la société. Il amoncelle des ruines au foyer comme dans l'Etat ; son œuvre est éminemment destructive de tout ce qui est respectable et saint.
e) Dans l'ordre international, pour beaucoup, le Socialisme intégral implique la négation de la pairie r.l Cabolilion des frontières. Plusieurs, parmi les collectivistes, se contentent d'une sorte de fédération de toutes les nations civilisées, elles conserveraient leur autonomie, mais seraient placées sous l'autorilé d'un tribunal suprême et devraient s'entendre annuellement pour répartir la production et arrêter le chiffre de la production, D'autres vont beaucoup plus loin, ils sont nettement internationalistes. La patrie est une institution qui, comme bien d'autres, a fait son temps. Tou9 les peuples sont frères, l'humanité est un* grande famille, les frontières ne servant qu'à élever des barrières entre ses membres doivent être supprimées. Avec elles disparaîtra la grande plaie du militarisme, puisque c'est pour les défendre que l'on crée et que l'on entretient les armées qui coûtent si cher et constituent un danger permanent pour la liberté. Plus de frontières, s'écnenl-ils, plus de soldats, plus de nations différentes et divisées, rien qu'une humanité, rien que des hommes se considérant comme des frères et marchant ensemble dans l'union, la paix et la solidarité, à la conquête du commun bonheur...
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II. Organisation sociale collectiviste. — Le régime social actuel repose sur la propriété individuelle et la libre concurrence. L'Etat collectiviste reposera sur des bases toutes différentes, il sera fondé : 1* Sur la nationalisation, ou mieux, comme on dit aujourd'hui, sur l'étatisation de tous les moyens de production; 2° Sur l'organisation rationnelle du travail et la réglementation de la production par l'Etat socialisé.
Là est le seul remède réellement efficace au mal qui nous ronge, tout le reste n'est que palliatifs anodins. — .Mais que spra au juste cette société ainsi refaite de toutes pièces? En quoi consistera cette fameuse organisation rationnelle du travail sur laquelle reposera l'édifice nouveau ? Gomment s'y prendra-t-on pour réglementer la production de manière à ce qu'elle soit toujours suffisante et jamais plus considérable que les besoins ? C'est ce que, par prudence ou par impuissance, négligent de nous dire les pontifes du collectivisme. Leurs déclarations sont si vagues, si contradictoires même, que M. de Mun, s'adressant aux chefs du socialisme français, pouvait, sans qu'il leur fut possible de protester, leur adresser du haut de la tribune ces virulentes paroles : « Vous agitez devant le peuple la perspective idéale de la société collectiviste dont aucun de vous n'est capable d'expliquer le fonctionnement. Non ; je dis : « aucun de vous », pas plus M. Jaurès que M. Jules Guesde, aucun ! J'ai entendu des périodes superbes, des paroles ardentes, de larges formules, mais je n'ai jamais vu qu'on se fût expliqué sur ces deux points rondamentaux : la répartition et la rémunération du travail ; et tant qu'on ne l'aura pas fait on n'aura rien montré de pratique que l'idée d'un monstrueux despotisme (1) ».
Schàffle s'est efforcé, dans la Quintessence du Socialisme, en puisant dans les œuvres collectivistes et en
il) Discours à la Chambre des députés, du 30 avril 1894. L'orateur disait ensuite : « Eh bien ! vous agitez devant le peuple cette vague perspective comme, dans le désert, les guides perfides trompent avec le mirage tes soldats épuisés 'jar la marche; tt vous le conduirez une fois de plus à dea combats sans espérance, d'où il sortira plus meurtri et plus sanglant, ayant peut-être frayé le chemin d'une révolution politique nouvelle, saus profit pour lui, comme les autres, et qui laissera la société plus métiante, plus éloignée de lu» qu'elle ne l'est aujouid'hui. »
particulier dans celles de Lassatle et de Marx, de nous donuer un aperçu du mécanisme du système collectiviste pleinement appliqué. Si nous l'avons bien compris, — ce dont nous n'oserions nous flatter — voici ce qui se passerait au jour où le prolétariat conscient et organisé serait devenu, soit par une révolution, soit par l'usage du droit de vote, détenteur des pouvoirs publics.
Toute propriété privée serait abolie, tous les moyens de production seraient concentrés entre les mains de l'Etat. L'Etat serait seul producteur et seul marchand comme seul propriétaire. 11 fournirait à tous les instruments de travail et les matières premières, et tous produiraient pour lui. Récoltes et objets fabriqués seraient versés dans ses entrepôts. 11 fixerait les quantités à produire et le contingent à servir à la masse commune par chaque fraction de la collectivité. Il confierait à chacun un travail en rapport avec ses goûts, ses aptitudes, son âge et ses forces. On ne produirait pas pour l'exportation, on produirait uniquement pour la consommation nationale. On travaillerait juste ce qui est nécessaire pour fournir aux besoins de l'association : le reste du temps serait consacré au repos, aux relations, aux arts d'agrément, aux jeux, au plaisir. « Le travail lui-même serait un divertissement hygiénique, un devoir nettement accepté, où l'on irait en théories amicales, musique et bannières en tête, où l'on irait comme à une fête, dans un entraînement à la fois affectueux et social (1). » Pour chaque heure de travail on recevrait un bon, ce bon servirait de monnaie et c'est avec elle qu'on irait s'approvisionner aux magasins de l'Etat.
Dons ce système la production des richesses est placée sous la direction de l'Etat socialisé et le contrôle de ses agents. La reparution ou distribution des produits sociaux est effectuée « de tous à tous, en raison de la valeur d'usage social du travail de chacun (2) ». Dans ces conditions, le temps de travail serait le moyen de mesure, pour chaque producteur, de la part qui lui reviendrait. Le temps de travail ne servirait pas seulement à déterminer la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun, mais, en outre, la
(1) Benoit Malon. — Précis du socialisme, ch. xxxu. Ce chapitre est à lire tout entier.
(2) Schafflk. — La quintessence du socialisme, p. 17.
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part des produits communs individuellement consommables.
11 n'y aurait plus ni capitaux privés, ni salaires, ni contrat de prestation de travail, ni contrat de location ou de crédit. Le commerce serait entièrement supprimé avec toutes les institutions qui en dépendent : marchés, bourses, etc.
Ces suppressions seraient opérées par l'abolition du numéraire, ou monnaie métallique, car si on laissait la monnaie jouer, dans cette organisation, un rôle si petit qu'il lût, Tordre des choses établi et l'économie unitaire socialiste seraient bientôt envahis par la concurrence. Il n'y aurait d'autre monnaie d'échange que les bons de travail et chacun ne devrait travailler que dans la mesure de ses besoins pour éviter tout ce qui pourrait ressembler à une accumulation de capitaux.
Il serait aisé de faire toucher du doigt la faiblesse, les inconséquences, les impossibilités de toute sorte qu'offre ce système, qui suppose une humanité idéale, insensible à i'iniérêt personnel et toute pénétrée des sentiments de l'altruisme le plus élevé. Cette démonstration du caractère essentiellement utopique des rêveries collectivistes sera faite ailleurs; qu'il suffise pour l'instant de rappeler les paroles si justes de Léon XIII : « Si un pareil système était jamais réalisé, il porterait la perturbation dans tous les rangs de la société et ferait peser sur tous les citoyens une odieuse et insupportable servitude ; il ouvre la porte à la jalousie mutuelle, aux mécontentements et aux discordes; il prive de leurs stimulants le travail et l'habileté, ce qui tarit les richesses dans leur source; enfin, à l'égalité tant rêvée, il substitue une ignoble égalité dans le dénuement et la misère » (1).
III. Moyens a employer pour établir l'organisation sociale. — Les collectivistes ne s'entendent guère plus sur les moyens à prendre pour arriver à l'Etat socialisé, que sur la nature même de cette socialisation. Les uns préconisent la force et la violence, tandis que les autres recommandent le calme et la légalité. On peut les classer en quatre catégories : les possibilistes, les évolutiomstes, les révolutionnaires et les anarchistes.
*\\ Encyclique : iierum novuritm.
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1° Les Possibilistes ou Réformistes. — Ce sont les modérés du parti, les plus pratiques, mais les moins écoutés. Les purs le? traitent avec un certain dédain et qualifient assez irrévérencieusement leurs procédés a d'auodins et de tintamarresques (1) ». Les Possibilités repoussent les moyens violents, à moins qu'ils ne soient absolument nécessaires. Ils prêtèrent avancer graduellement, sans >ecousse, sans révolution, sans choc, employant les seuls moyens légaux et ils sont convaincs qu'il est possible d'aboutir ainsi. Ils disent que les prolétaires étant le nombre et disposant du suffrage universel peuvent s'emparer du pouvoir et modifier le régime social légalement, sans recourir à l'action révolutionnaire qui tait toujours tant de victimes, qui est toujours mêlée de tant d'injustices, qui est toujours suivie d'une terrible erse • ie transition, d'une période de misère générale pendant laquelle tout le monde souffre, et qui, par les découragements et les apeurements qu'elle suscite, devient si favorable aux réactions. Leur devise est : « Sachons être révolutionnaires, quand les circonstances J'exigenl, mais soyons réformistes toujours ». C'est le mode le plus humain, le plus sûr, le meilleur à tous les points de vue.
En attendant que la transformation complète se produise, ils recommandent l'absorption progressive de toutes les entreprises privées et de tous les services par l'Etat. Ils trouvent qu'il serait barbare et peu sage d'attendre, pour améliorer le sort «de la classe exploitée », une révolution problématique, alors que, dès maintenant, on peut faire quelque chose pour elle. Ils donnent satisfaction à certaines revendications ouvrières et marchent par p tites étapes vers la socialisation finale. — Au point de vue pratiquées diffèrent peu des socialistes d'Etat ; ce n'est guère qu'une affaire de nom et ds nuance (2).
(1) Jules Guesde.
(1) Le ïonoûrts, organe du socialisme allemand, écrirait en janvier 1S78 :« Quicouque s'imagine que doob voulons faire tab^e rase d'uu coup et violemment détraire l'Etat et (a société, et sur leurs ruines construire un nouvel Etut et une nouvelle société, celui-là met au j^rand jour son ignorance eu fait de sociologie. Quant à nous, non- MTont fort bieu que l'état et la société ue se laissent pas démolir eu nu ,our. A d'autres donc, l'ignorance qu'on non-; attribue! Nous savous que jamais la force ue viendra à bout de dé-
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2* Les Evolution nistes. — Ce sont de9 théoriciens appartenant presque tons à l'école marxiste. Ils amendent, d^i la force des événements et de l'inéluctable 101 de l'évolution la transformation sociale qu'ils désirent. Elle se produira fatalement. L'humanité est toujours en marche, aussi biea dans Tordre politique et économique que dans l'ordre physique. L'histoire n'est que la trame de la lutte des classes, se poursuivant à travers les modifications successives des conditions économiques. La société bourgeoise actuelle a remplace la société féodale. A son tour, dan? un avenir plus ou moins prochain, elle sera remplacée par la société collectiviste. C'est une nécessité résultant de la loi de la nature qui pousse tout vers le progrès. L'heure de cette substitution peut être hâtée par les efforts des prolétaires. Suivant César de Paëpe, la méthode évolutionniste et la méthode révolutionnaire qui, toutes deux, ont joué leur rôle dan3 l'histoire, sont loin de se contrarier. Souvent elles se complètent ou se suppléent suivant le temps et les milieux. Un certain nombre d'évolutionnistes préconisent les procédés révolutionnaires pour aboutir plus rapidement; parmi eux se trouve K. Marx, le père de l'évoluiionnisme social.
3° Les Révolutionnaires. —Ils affichent un profond dédain pour les palliatifs et ne croient pas aux moyens pacitiques. Il est nécessaire de recourir à la force et de faire appel à la violence (1) ; par des ménagements on n'arrivera qu'à éterniser les souiTrances du prolétariat. Il faut que le prolétariat se lève, qu'il déclare à ses
moiir la société et l'Etat. Au3si cherchons-nous à nous conformer aux lois historiques du progrès, de la justice et de l'humanité et à réformer organiquement l'Etat et la société. D'ailleurs, nous sommes prêts à appuyer toute amélioration hoûuête et raisonnable, quelle que soit sa provenance... »
Quelques-uns de ces socialistes possibilistes sont entrés d'abord dans les assemblées communales et ensuite au Parlement; et là, au contact journalier des affaires administratives, ils sont devenus tacitement, sans abandonner leurs principes sur la suppression de la propriété individuelle, des socialistes d'un nouveau genre, touchant de très près au socialisme d'Etat, des socialistes petits bourgeois, ainsi que les appelle dédaigneusement Engels.
(i) « La force est le moyen de procéder à la rénovation économique de la propriété. » Devili.e. — Aperçu sur le socialisme.
exploiteurs une guerre sans merci, qu'il n'ait aucun souci de la légalité, qu'il se rende maître des pouvoirs publics pur les moyens les plus inconstitutionnels et procède à l'expropriation révolutionnaire et sans indemnité de li classe bourgeoise. Les collectivistes de cette école combattent la graduelle socialisation des instruments de production et la monopolisation progressive des services publics, car, d'après eux, elles n'auraient pour résultat que de mettre encore une plus formidable puissance économique entre les mains de la classe capitaliste qui, déjà, détient le pouvoir politique au détriment de la classe ouvrière; on ferait un Etat capitaliste, mais jamais un Etat socialiste. Si on veut arriver h. des résultats vraiment sérieux, il n'y a qu'un moyen : faire le plus vite possible, par la force, table ra^e de ce qui existe et sur ces ruines reconstituer un édifice en tous points nouveau (1).
(1) Malgré leurs allures intransigeantes et les sarcasmes qu'ils prodiguent aux possibilistes, les révolutionnaires ne dédaignent pas, en pratique, de recourir à certains moyens parlementaires et légaux. En attendant le jour où ils pourront opérer a le chambardement radical » qu'ils rêveut, ils poursuivent la réalisation d'un programme de transition dont voici les points principaux :
1» Repos d'un jour par semaine ou interdiction légale pour les employeurs de faire travailler plus de six jours sur sept. Réduction légale de la journée de travail à huit heures pour les adultes. Interdiction du travail des enfant?, dans les ateliers privée, au-dessous de 14 ans; et de 14 à 18 ans, réduction de la journée de travail à six heures ;
2° Surveillance protectrice des apprentis par les corporations ouvrières ;
3° Minimum légal des salaires déterminé chaque année, d'après le prix local des denrées, par une commission de statistique ouvrière ;
4° Interdiction légale aux patrons d'employer des ouvriers étrangers à un salaire inférieur à celui des ouvriers français ;
5° Egalité pour les deux sexes de salaire pour travail égal ;
6° Instruction scientifique et professionnelle des enfants, mis pour leur entretien à la charge de la société représentée par l'Etat et par la Commune;
7° Ali«>e à la charge de la société des vieillards et des invalides du travail ;
8° Suppression de toute immixtiou des employeurs dan» l'administratiou de? caisses ouvrières de secours mutuels et de prévoyance, rea.iluéesà la gestion exclusive des ouvriers;
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4* Les Anarchistes et les Nihilistes. — Les anarchistes diffèrent des autres groupes socialistes, en ce qui concerne et les moyens à employer ei la fin à atteindre. — En ce qui regarde les moyens, les anarchistes sont pour a propagande par le fait. D'après eux, tous les moyens, même les plus criminels et les plus monstrueux, sont bons. Ils ne reculent ni devant l'incendie, ni devant l'assassinat, ni devant l'usage de la dynamite et des bombes. Ils n'admettent aucune autorité et ne reconnaissent aucune loi. — En ce qui concerne la fin, ils poursuivent un but purement destructif des formes gouvernementales et juridiques bourgeoises. Ils veulent avant tout démolir. Après le bouleversement général, les groupes, les communes libres se fédéreront à leur gré pour l'organisation de la production nécessaire et des services publics indispensables.
Les collectivistes se défendent d'avoir rien de commun avec les anarchistes et répudient toute solidarité avec eux ; mais leurs doctrines, comme on l'a bien des fois démontré, conduisent logiquement à l'anarchie (1).
IV. Précis historique du collectivisme (2). — 1° Précurseurs du Socialisme. — Sans aller, comme certains, jusqu'à rattacher le Collectivisme aux rêveries sociales de Platon, aux invectives des Pères de V Eglise contre les riches ou simplement aux utopies de Thomas liorus, de Francesco Doni, de Giovanni Boni fucio, de Féne-
9» Responsabilité des patrons en matière d'accidents garantie par un cautionnement versé et proportionné au nombre des ouvriers employés et aux dangers que présente 1 industrie;
10° Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des divers ateliers ; suppression du droit usurpé par les patrons de frapper d'une pénalité quelconque leurs ouvriers, sous forme d'amende ou de retenue de salaire ;
11° Annulation de tout contrat ayant aliéné la propriété publique (bauques, chemins de fer, mines, etc.), et exploitation de tous les ateliers de l'Etat, confiée aux ouvriers qui y travaillent;
12° Abolition de tous les impôts indirects et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3 000 francs ;
13° Suppression de tout héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe, dépassant 20 000 francs.
(1) Cf. le heau discours de M. de Muu à la Chambre des députés, le 30 avril 1894.
2) Cf. Winterbr. — Le socialisme contemporain.
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Ion, de Campanella et de Meslier, on doit reconnaître que les socialistes modernes ont des ancêtres et qu'ils ne font souvent que tirer les conclusions de principes posés avant eux. Parmi ces ancêtres il faut citer J.-J. Rousseau, Morelly, Mably, Spense et Babœuf(l).
J.-J. Rousseau, dans son discours sur l'inégalité des conditions (1753), poussa le premier cri de guerre contre la propriété individuelle. « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des jzeos assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de notre société. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eut point épargnées au genre humain, celui qui, arrachant ces pieux ou comblant ces fossés, eut crié à ses semblables : Vous êtes perdu si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne. » — La même année, Morelly, dans son Code de la Nature, trace le plan détaillé d'une sociélé solidanste avec propriété commune du sol, organisation du travail et réglementation tant de la production que de la distribution. « La propriété, y dit-il, est la cause générale et permanente de toutes les discordes, de tous les maux, de tous les crimes, de toutes les misères. » — Mably, dans ses di-
(1) Pour certains, le socialisme moderne ne dérive pas de doctrines similaires antérieures, il ne vient ni de Platon, ni de Morus, ni de Campanella, ni de Rousseau, ni de Mably. Il est simplement une transformation des idées économiques de Smith et de J.-B. Say. « Pour nous convaincre de cette, vérité, dit le P. Antoine, il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les principaux axiomes économiques du socialisme. Le collectivisme scientifique u'a-t-il pas pris à A. Smith la notion de la valeur, à Turgot, celle du salaire? La fameuse loi d'airain de Lassalle n'est qu'une traduction de Ricardo. Les collectivistes déclarent iujuste toute propriété qui n'a pas sa source dans un travail personnel ; mais ils ont lu dans les bons auteurs de l'Ecole orthodoxe, que le seul titre légitime de propriété est le travail. Ils veulent abolir légalement, c'est-à-dire par une loi émanée de la volonté nationale, la propriété privée, mais ils ont appris de plusieurs jurisconsultes que la propriété est fondée sur la loi. Le parti socialiste, écrit G. Deville, agira comme a agi l'Etat au siècle Oernier relativement aux biens de la noblesse et du clergé... » Cours d'économie sociale, p. 205. Ce qu'il y a de plus vraisemblable, c'est probablement que le collectivisme s'est inspiré aux deux sources et qu'il a emprunté et à l'économie libérale et à la philosophie déclamatoire.
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vers ouvrages : 1rs Entretiens de Phociên, les Doutes sur l'ordre naturel des Sociétés, les Devoirs des citoyens va peut être plus loin encore, il nie toute propriété et se tail Ta^ôtre d'un communisme absolu. Il célèbre ces temps de félicité où les biens étaient communs, où les lâches étaient distribuées suivant les aptitudes, où chaque famille recevait des magistrats sa part de subsistance. — L'instituteur anglais Spense, dans sa République unitaire (1786), trace le tableau d'une société où la propriété Foncière est inconnue, toutes les terres appartenant à l'Etat, où le pouvoir législatif est exercé par un Parlement annuel élu par le suifrage universel, où les femmes jouissent des droits électoraux au même titre que les nommes et où toute armée permanente se trouve bannie. — Babœuf, surnommé Gracchus (1764-1797), se posa comme le messie de l'égalité absolue et le fondateur d'une république basée sur la communauté des biens. Ceux qui sont venus après lui, lui ont beaucoup emprunté. Il a touché à presque toutes les questions économiques et sociales.
2* Première période socialiste. — Elle comprend la première moitié du xixe siècle, elle a produit : Hubert Owen, Saint-Simon, Fourrier, Pierre Leroux, Louis Blanc, Proudhon.
Robert Owen publia, en 1812, ses Nouvelles vues sur la Société, dont la base est le principe de la communauté des biens et l'abolition de la propriété individuelle, 1< fonda en Irlande, en Ecosse et en Amérique diverses colonies pour y appliquer ses idées. Malgré une grande énergie et d'énormes sacrifices pécuniaires, il échoua partout. — le comte de Snint-Sunon, pelit-neveu de l'auteur des Mémoires et élève de d'Alembert, fit paraître en 1824 son Nouveau Christianisme. Son système se résume dans l'abolition de tous les privilèges et la suppression de tout héritage. La terre n'est plus qu'un champ commun, l'humanité qu'une grande famille. A sa tète il doit y avoir un père réunissant en ses mains les pouvoirs temporels et spirituels. La société sera divisée en trois classes : les savants, les artistes, les industriels. L'alfection servira de lien social. Il sera accordé à chacun suivant sa capacité et à chaque capacité suivant ses
œuvres Après la mort de Saint-Simon il se forma
une école saiut-simonienne, elle compta de nombreux adentes et forma une famille qui se donna pour pères Bazard et Enfantin. La secte fut supprimée par la po-
lice en 1832. — FouHer% vers 1808, imagine une nouvelle théorie sociaie el fonde le Phalansténanisnie. m Le* homines sont divisés en groupes de travailleurs ou phalanstères. Chaque phalange contient environ 180J membres, logés dans un bâtiment vaste et commode, et exploite une Jieue carrée. La vie, les biens, tout est en commun dans le phalanstère. La division du travail y est pratiquée el on distribue les produits dans la proportion vivante : un tiers aux capitalistes, un quart au talent, cinq douzièmes aux travailleurs. Chaque phalanstère cultivera les produtis appropriés à ses goûts et au sol. Tous les phalanstères du monde échangeront leurs produits, ainsi s'établira l'harmonie universelle (1). » —
Au système de Fourier on peut rattacher celui de Cabety qui, après avoir exposé ses idées égalitaires el communistes dans son Voyaye en Icarie (1847), tente de les mettre en pratique dans une colonie qu'il tonda aux Etats-Unis. Il échoua complètement. — Pierre Leroux, disciple de Saint-Simon et fondateur de Y Ecole humanitaire, publie en 1838 L'Egaillé, et en 1840 L'Humanité où il ébauche un nouveau système d'organisation sociale et donne l'Evangile de la religion nouvelle. — Louis Blanc se fait l'apôtre du droit au travail, préconise l'fctat producteur et répartiteur et prépare les fameux ateliers nationaux de 1848. 11 a développé ses idées dans son livre Organisation du Travail. — Proudhon a combattu avec une inégaie véhémence la propriété individuelle et les utopies socialistes. La célèbre formule : « la propriété c'est le vol » est de lui. Il clôt la liste de ceux que Benoit Malon appelle « les socialistes idéalistes précurseurs immédiats du socialisme moderne (2). »
3° Période contemporaine du socialisme. — Pendant cetta
(i) Des disciples ont essayé démettre en pratique les idée» de Fourier. Des phalanstères nombreux out eie tentés ; ils n'out pas mieux réu?si que celui qui avait été ouvert par Fourier, à Condé-sur-Yègre. M. Godin a fait, à Guise, une oouvelle expérience, il a ouvert un familistère qui a donué quelques résultats heureux au milieu de bien des mécomptes.
(2) A tôté des Saiuts-Simonieus Banautt, Michel Chevmtiei -, Hip. Cartiot et ttes Fouriénstes Considérant, Toussentl, Victor Meunier, bnrrier, il faudrait encore citer B fondateur de l'école cainolico-conventionnelle. et Pec^ qui. dès 1836, posait les fondements du collectivisme moderne.
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période, qui comprend la seconde partie du siècle qui finit, le socialisme collectiviste s'est constitué et a lait des progrès alarmants. Il compte de nombreux adeptes dans tous les pays de l'Europe, il gagne du terrain en Amérique, et les masses populaires vont de toute part à lui dans un ébranlement qui doit faire réfléchir. C'est en Allemagne et en France qu'il s'est développé davantage, nous l'étudierons donc brièvement dans ces deux pays, pour les autres nous renvoyons au beau livre de M. l'abbé Winterer : Le Socialisme contemporain.
a) En Allemagne. Rodber lus Jagetzow (1805- 1875), ancien ministre de l'Instruction publique en Prusse, pose, en s'inspirant de Ricardo, les premiers fondements du socialisme scientifique. — Ferdinand Lassalle (1825-1864) vulgarise les idées de Rodbertus auxquelles il joint celles de Louis Blanc et de Proudhon, il organise une formidable agitation ouvrière, fonde Y Association des ouvriers allemands, tend surtout aux résultats pratique», recommande les réformes possibles et les solutions pacifiques, il peut être considéré comme le père du Possibilisme. C'est lui qui a formulé la loi d'airain. — Karl Marx (1818-1883) est le grand docteur du collectivisme. Son livre Le Capital a été traduit dans toutes les langues et constitue le bréviaire de tout vrai socialiste. Il a contribué à l'infiltration des idées collectivistes non seulement par ses écrits, mais encore par ses actes. Uè3 1847 il avait jeté au prolétariat le cri : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous »; Il travaille ensuite à créer l' Internationale, ou Association internationale des ouvriers, qui est définitivement constituée en 1866 et joue dès lors un rôle si considérable dans la question sociale. Kari Marx est l'inventeur du socialisme évolutionniste, il ne croit pas à l'efficacité des moyens pacifiques, il est pour les procédés révolutionnaires. — Frédéric Engels, disciple et collaborateur de Marx, précise le système du maître et Albert Schâffle résume les doctrines de l'école marxiste dans sa Quintessence du socialisme. — Le socialisme allemand est solidement organisé, il a à sa tête les hommes de valeur qui s'appellent Bebel, Liebkneclu, de Vollmar, Werner, Grillenberger, Hasselmann. IJ a arrête son programme d'abord au Congrès de Gotha en 1875, puis à celui d'Erfurl en 1891. Il se divise eu deux partis : l'Association générale des travailleurs, qui, fondée par Lassaile, a des tendances modérées ; Wolmat en est le chef; et Y Association démocratique des ira-
tailleurs, où l'on s'inspire des idées de Marx et où l'^n préconise les moyens révolutionnaires : Bebel el Liebkneeûl sont à sou aile droue, Werner avec les jeunes à l'aile gauche (1).
b) En France. Le parti collectiviste 9'est formé en France avec les débris de l'Internationale, il est moins puissamment organisé qu'en Allemagne, il gagne malgré tout du terraiu. Il est arrivé à faire entrer à la Chambre une cinquantaine de ses partisans et à s'emparer d'un nombre relativement considérable de municipalités. Il se livre à une ardente propagande. Il a emprunté ses principes aux théoriciens d'Outre-Rhin. Il se divis*' en diverses écoles ; depuis le Congrès ouvrier tenu à Sa nt-Etienne en 1882, les socialistes français de toute nuance ont été compris sous les cinq dénominations suivantes :
1° Le parti de Y Alliance socialiste républicaine ou blan» çuistes.
2° Le parti ouvrier français ou marxistes, avec Jules Gunsde, Lafargue, Vaillant, Chauvin, etc.
:s° Le parti ouvrier socialiste révolutionnaire français, on fossibilisteSf avec Benoit Malon.
brousse, Allemane, Cnabcit, Lavy et la rédaction rie la Revue socialiste.
Les Possibilistes se subdivisent en Broussistes et en Allemanistes.
4« Le parti des socialistes indépendants, avec Jaurès, Houanet, Millerand, Viviani, etc.
5° Le parti des anarchistes, avec Sébastien Faure c*d'autres nombreux compagnons.
Au fond, il n'y a que deux grandes tractions ; les Révolutionnaires ayant à leur tête Jules Guesde ; les Possibilistes, ou Réformistes, fondés par Benoit Malon et aujourd'hui conduite par Brousse et Allemane. Les Possibilistes sont plus nombreux à Paris, les Révolutionnaires fii province.
,1) Le socialisme collectiviste a fait de grands progrès eu Allemagne. Il inquiète les hommes d'Etat. Les élections de 1893 ont montré l'existence d'au moins 1800 000 électeurs socialistes. Depuis lors le nombre s'est accru. Le parti socialiste allemand a près de cent joirnaux dont une quinzaine de nnotidiens. Le plus considérable, le Yorwùrls, a près de D0 000 abonnéi.
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