QUOI CONSISTE LA QUESTION SOdAl.t
La société n'est pas un simple mécanisme, elle est an véritable organisme, un organisme vivant, un corps composé de membres divers qui doivent vivre enlr'eux en bonne harmonie et se prêter un mutuel concours. Si, au lieu de s'entendre, d'agir en parfait accord, de se faciliter réciproquement l'exercice régulier de leurs fonctions ils se combattent et se gênent, il y a soutFrance pour tous. Un malaise profond s'empare de l'organisme qu'il mine et désagrège promplement.
La société est formée de pauvres et de riches, de maîtres et de serviteurs, de patrons et d'ouvriers, tous ces éléments différents doivent, dans les vues de la Providence et pour le bien commun, garder entr'eux une coordination équitable, travailler dans l'union, et par •me scrupuleuse pratique de tous les devoirs de \a justice et de la charité coexister en paix et s'employer de concert à assurer la prospérité de tous.
Au lieu de cela, ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent rien se dressent en ennemis les uns en face des autres. L'antagonisme des classes prend des proportions tous les jours plus inquiétantes; la misère croit atFreusement d'année en année ; le respect du droit de propriété est ébranlé dans la conscience populaire et nous voyons de temps à autre, tantôt ici, tantôt la, se manifester les signes avant-coureurs d'un redoutable ébranlement.
Capital et Travail sont aui prises, riches et pauvres r.u traitent en adversaires. D'un côté, c'est une soif sou-
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veut démesurée d'accroître des biens déjà excessifs et un oubli presque complet des obligations que la fortune impose ; de l'autre, ce sont des convoitises, des rivalités, des rancunes, des haines, de violentes attaques contre tous ceux qui possèdent en attendant le jour où on pourra les dépouiller.
Cette pauvreté et ces souffrances d'un grand nombre, ce malaise universel, cette hostilité sourde entre les membres d'un même corps, ces oublis trop fréquents des principes de l'équité, voilà ce qui constitue la crise sociale.
Une pareille situation a des causes, elle a des effets, elle doit avoir des remèdes; leur ensemble forme la question sociale (1).
(1) Voici quelques définition» de la question sociale empruntées à des hommes appartenant aux diverses écoles sociales.
1» Ecole socialiste. — «La question sociale, c'est la question de savoir si une classe sera indéfiniment exploitée par l'autre et si l'ouvrier est condamné ou non à rester jusqu'au bout, dans notre société vermoulue, un paria et un ilote.» Lassalle. — « La question sociale, c'est l'antagonisme irréconciliable entre les exploiteurs et les exploités. Etant donnés les monstrueux abus qui existent, il faut qu'une haine farouche sépare la classe ouvrière de la classe qui possède et que nous combattions jusqu'à l'écrasement de l'une ou de l'autre. » Bebel. — « La question sociale, c'est le prolétariat brisant ses chaînes et marchant à la conquête de ses droits. » J. Guesde. — « Savoir si et comment l'ouvrier pourra prendre, au soleil, la place qui lui revient, garder pour lui le bénéfice intégral de son travail et connaître de la vie autre chose que ses misères et ses privation?, voilà la quintessence de la question sociale. » Benoit Malon. — «La question sociale est une question d'estomac.» Schaeffle.
2° Ecole libérale. — «La question sociale n'eit que l'aspiration intense chez le travailleur contemporain vers une situation meilleure, plus assurée, plus respectée. » Leroy- Beaulieu. — « La question sociale consiste dans la recherche des moyens qui permettront à la classe ouvrière d'atteindre son plus grand développement et une participation proportionnelle aux biens matériels de la civilisation.» L.Brentano.
3° Ecole catholique. — « La question sociale est dans son essence la question de la subsistance des classe» ouvrières. » Mgr ÏCetteler. — « Sous le nom de question sociale on cherche comment remédier aux nombreux maux économiques dont souffre la société contemporaine, comment rétablir un meilleur ordre social, c'est principalement une question de fortune et de «•«venu. » R. P. Caturein.
li LA QUBSTIOH SOCIALB
La question sociale ne se confond pas absolument avec la question du paupérisme, ni même avec la question ouvrière. Elle embrasse davantage. Elle s'occupe non pas seulement de l'amélioration du sort des pauvres et de ceux qui vivent du travail de leurs bras : mais elle s'occupe de toutes les classes de la société qui sont en souffrance. Elle s'occupe des petits employés, des petits agriculteurs, des petits commerçants, des petits fonctionnaires, des petits bourgeois, aussi bien que des ouvriers et des indigents. Cependant, comme la crise actuelle est, en très grande partie, causée par la misère de cette multitude d'hommes qui tirent du travail manuel tous leurs moyens d'existence, en fait, sinon en droit, on ne distingue guère la question sociale de la question ouvrière. Dans le langage ordinaire on prend couramment ces deux termes l'un pour l'autre et cependant la question ouvrière n'est qu'une partie, qu'un * olé de la si complexe question sociale.
Etudier la question sociale ainsi réduite aux simples proportions de la question ouvrière, c'est étudier les causes qui ont produit la situation parfois déplorable du travailleur, donné naissance aux misères dont il souifre, engendré les injustices dont, dans certains cas, il a été victime et créé entre lui et le patron qui l'emploie un antagonisme profondément regrettable. C'est aussi rechercher les moyens d'améliorer le sort des ouvriers au double point de vue matériel et moral, de produire entre les classes un rapprochement dont elles bénéficieront toutes ; en un mot, d'assurer le respect de lous les droits par une observation plus scrupuleuse des principes de l'Evangile et des règles de la justice sociale (1). C'est enfin essayer de bien préciser les droits
(i) La Société peut être considérée en elle-même ou dans ses éléments. — Considérée en elle-même, la Société est un tout moral dont les membres sont unis entre eux pour atteindre une même fin; c'est une réunion d'hommes unissant, d'une manière permanente, leurs eftorts pour obtenir par une action collective un bien commun. — Considérée dans ses éléments elle présente deux grandes cat';rories de membres : les riches et les pauvres, « les employeurs et les employés » ; les patrons et les ouvriers. — La Société a des obligations à l'égard de ses membres, les membres en ont à L'égard de la Société et à l'égard les uns des autres. A côté des devoirs chacun a des droits La Société a droit à ce que chacun de ses membres s'acquitte convenablement de