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IV. — Socialisme d'Etat

I. Exposé des doctrines. 1° Cause du malaise social. — Pour les socialistes d'Etat la cause du mal dont souffre notre société ne réside ni dans la propriété privé0, ni dans un trop large exercice de l'initiative individuelle. Ils ne demandent en conséquence ni la suppression de l'une, ni l'étranglement de l'autre. Ils se déclarent profondément respectueux des institutions

qui existent, permettent de posséder en propre meubles et immeubles, reconnaissent à tous le droit de disposer à leur gré de leurs biens et accordent théoriquement à chacun la faculté de régler sa produclion à sa guise. Eu cela ils se distinguent des autres socialistes.

D'après eux le mal vient de deux sources : — de l'individualisme, qui a isolé l'ouvrier et l'a laissé tans défense ; — et de iinégaliii des conditions, qui fait que les uns ont tout et attirent tout, tandis que les autres manquent même du nécessaire et sont mis dans l'impossibilité de jamais arriver non seulement à l.t fortune mais même à une modeste aisance. Il faut donc assurer au prolétariat une protection et prendre des mesures sinon pour supprimer immédiatement l'inégalité des conditions, ce qui n'est pas moralement réalisable, au moins pour la corriger et pour en atténuer les inconvénients. C'est à l'Etal que revient ce rôle. L'Etat n'estil pas, en effet, la puissance supérieure qui, dans sa forme écrite, la loi, et dans sa form3 executive, le gouvernement, peut mieux qu'aucune autre intervenir avec autorité au nom des intérêts sociaux? N'est-il pas le tuteur et le défenseur-né du faible ?N'a-t-il pas le pouvoir nécessaire pour établir des lois qui ramènent un peu d'égalité parmi les hommes? Sa mission eniin n'est-elle pas de veiller au bien-être de tous et de s'opposer à ce que les jouissances soient monopolisées au protit de quelques privilégiés? Lui seul peut dénouer la situation.

Les socialistes de cette école soutiennent que la fonction de l'Etal dans une société est analogue à celle du cerveau dans l'organisme humain. Il doit être par excellence l'appareil de coordination et de direction. Les individus sont, vis-à-vis de l'Etat, dans cette situation tout-à-fait inférieure où se trouvent, dans notre corps, les organes spéciaux de nutrition ou de relation par rapport au cerveau. Toute impulsion et tout mouvement viennent de lui; il centralise tout, par conséquent il doit tout diriger et veiller au jeu régulier de tous les membres (1).

(1) (les théoricien?, allemands pour la plupart, oubliant, comme le fait remarquer P. Leroy-Beaulieu, qu' c il n'y a aucune similitude à établir eutre Ih-* cellules du corps humain qui n'ont qu'une vie végétative ou mécanique el les iudiviuua qui sont susceptibles d'mlelligeuce, de moralité et

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2° Remèdes au malaise social. — Les socialistes d'Etat n'ont pas, en matière sociale, la prétention de résoudre complètement le problème, d'anéantir totalement les inégalités en faisant tahle rase de ce qui existe et en organisant un milieu nouveau. Ils se prétendent plus pratiques que les théoriciens du collectivisme ou de l'économie politique, ils assurent qu'au moyen du seul intermédiaire <c Etat » il est possible d'arriver à une protection suffisante de l'ouvrier ainsi qu'à une diminution acceptable de l'inégalité des conditions. Pour permettre à PEtat de remplir cette tâche délicate ils entassent entre ses mains droits, attributions et monopoles de toute sorte. Ils veulent qu'il puisse intervenir dans les relations du capital et du travail afin de sauvegarder les intérêts du faible ; ils lui confient le plus qu'ils peuvent de services, en transformant progressivement les services privés en services publics ; ils le chargent de faire face à une infinité de besoins ; ils lui demandent de prendre à son compte une partie de l'industrie et de réglementer celle qu'il laisse à l'initiative privée, afin d'empêcher les abus; ils le transforment, en un mot, en une sorte de providence universelle ayant mission de pourvoir à toutes les misères, rîa prévenir toutes les injustices, d'enseigner toute vérité et toute science, de châtier toutes les fautes, de redresser tous les torts, de fournir à chacun ce dont il a besoin, de ramener sur la terre le règne de l'équité, de la paix,

de liberté. Dans le corps humain, le système nerveux et particulièrement le cerveau, qui en est l'expression suprême, est le seul centre de la volonté et de la peusée; le pied ni la main ne pensent, ni ne veulent. Dans une société, tout individu peut être au*si bien doué de pensée, de moralité, de prévoyance, que l'Etat. L'Etat est un organisme qui est mis dans la main de certains hommes; il ne pense pas et il ne veut pas pur lui-même ; il ne peu3e et il ne veut que par la pensée et la volonté des hommes qui, successivement, paneut et veulent en son nom. Or, les hommes qui détiennent les pouvoirs publics n'ont, sur les autres homme*, aucune supériorité iuuée ou inculquée par la profession même. L'ELat, surtout sous un régime de pouvoirs publics à délégation brève, fréquemment renouvelable, voudra ce que voudront les individus qui se succèdent dans les assemblé -8 législatives ou au gouvernement. La faillibilité de l'Etat est donc aussi certaine et aussi démontrée par l'histoire que la faillibilité des individus. » Précis d'économie politique, p. 353.

de la vertu et de la prospérité. Ils le font empiéter gravement *' 'e domaine de l'activité personnelle et l'investissent attributions qui appartiennent naturellement aux individus ou à la famille.

Le Programme des socialistes d'Etat comprend les point? suivants.

a) La création d'une législation ouvrière, comportant entre autres choses : la réduction des heures de travail, la fixation d'un salaire minimum, l'attribution au: patrons de la responsabilité dans presque tous les cas d'accidents, l'obligation pour les entrepreneurs et les chefs d'industrie d'assurer leurs ouvriers.

b) La nationalisation des banques a privilège et Vinstilution d'établissements de crédit par l'Etat. L'Etat deviendrait ainsi banquier, il prêterait aux particuliers à un taux inférieur au taux actuel ; il ferait des avances de fonds aux associations agricoles et aux syndicats ouvriers sans leur demander d'intérêt ; il viendrait en aide à la petite industrie aux heures de crise; il recevrait des dépôts qu'il ferait fructifier. Il porterait de la sorte un coup heureux à la haute finance devant laquelle tout doit aujourd'hui s'incliner. Devenu prêteur public, l'Etat serait représenté par des employés chargés d'apprécier la solvabilité des solliciteurs.

c) La dévolution à l'Etat des assurances en cas d? accident et des Caisses de retraites. L'Etat ne serait pas seulement législateur et banquier, il deviendrait encore assureur. Jusqu'ici ce soin a été laissé à des sociétés privées; à l'avenir, c'est dans les caisses de l'Etat que seraient versées les primes, et en cas d'accident, de chômage, de maladie, d'infirmité ou de vieillesse, pour un ouvrier, l'Etat aurait à lui payer la somme tixéo par la police d'assurance. Le montant des primes annuelles serait fourni, partie par le patron, partie par l'ouvrier, partie par l'Etat, comme la chose existe déjà en Allemagne (1).

(1) En 1850, a été établie, en France, la Caisse des retraite» pour la vieillesse, ses bases ont où être modifiées en 1886. Peu d'ouvriers ont fait à cette institution des dépôts direct». Ce sont les sociétés de secours mutuels, les grandes compagnies et les grandes entreprises qui versent à cette Caisse. On en a tiré cette conclusion, qu'il serait nécessaire de faire intervenir l'Etat, non seulement comme administrateur chargé de capitaliser les fouds versés et de diriger les opé-

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d) La prise de possession par l'Etat des mines, des chemins de fer, des télégraphes, des moyens de transport et d'autres senices encore. L'Etat serait entrepreneur eomme assureur et banquier. Il pourrait de la sorte, « en réglant la production suivant un plan général et conformément aux besoins des consommateurs pris dans leur ensemble », prévenir les chômages et garantir aux travailleurs un salaire régulier. La plupart de ces travailleurs étant ses employés, rien ne lui serait plus facile que de leur donner des journées qui leur permettent de vivre convenablement; pour cela, il n'aurait qu'à puiser dans les revenus publics.

e) Vextension indéfinie de V Assistance publique. L'assistance deviendrait un droit pour tous ceux qui sont dans le besoin. L'Etat serait tenu de venir en aide et de fournir le logement, la nourriture, les habits, les soins, tout ce qui constitue une honnête hospitalisation aux vieillards indigents, aux infirmes sans ressource» et aux enfants abandonnés.

Pour faire face aux charges énormes que créeraient h l'Etat les multiples obligations qui lui seraient ainsi imposées : obligation d'assister les malheureux, obligation de fournir de larges salaires à ses innombrables employés ; obligation d'assurer à tous, à bas prix, les transports et les autres services publics; obligation de contribuer à la fondation et à l'entretien des caisses de retraites ; obligation de servir de bons intérêts à la petite épargne pour les fonds qu'elle lui confierait; obligation de faire des avances d'argent aux syndicats et aux corps de métier; pour faire face aux charges créées par tant d'obligations les socialistes d'Etat recourent à V augmentation des impôts. Ils ne considèrent pas l'impôt seulement comme une contribution levée dans le but d'assurer l'exercice des attributions nécessaires de l'Etat (justice, police, défense du territoire, travaux publics, etc.) ; ils le considèrent en outre comme un moyen de corriger, dans certaines limites, l'inégalité des conditions. En le faisant peser progressif et trè9 lourd sur le revenu, on peut prélever sur les riches ce qui doit servir à améliorer le sort des pauvres, faire vivre le prolétariat sur les biens du capitalisme.

rations, mais encore comme pourvoyeur de la Caisse. C'est lui imposer une charge dont il est difficile de mesurer toute l'étendue.

On peut donc définir le socialisme d'Etat : « uns conception dans laquelle l'Etat, le pouvoir central, possède et administre directement, toutes les grandes entreprises financières ou industrielles du pays, en dirige toutes les institutions sociales, encaisse toutes les ressources de la nation et pourvoit lui-même, en retour, à tous les besoins moraux et matériels des citoyens, devenant ainsi le caissier et le banquier universel, l'agent général des transports et du commerce, le distributeur exclusif du travail, de la richesse, de l'instruction, des emplois et des secours, en un mot, le moteur et le régularisateur de toute l'activité naturelle » (1).

11. Socialisme d'état et interventionnisme. — Entre l'Etat « purement juge et gendarme » des Libéraux et l'Etat « providence universelle » des Etatistes avancés dont nous venons de parler, il y a place pour d'autres conceptions de l'Etat et de son rôle. Sans aller jusqu'à tout centraliser dans les mains de l'Etat et le constituer « le moteur et le régularisateur de toute l'activité naturelle », on peut trouver que c'est beaucoup réduire ses droits et même ses devoirs, que de ne lui reconnaître que des attributions de police. L'Etat a une mission à remplir; il est chargé de maintenir l'ordre, de faire régner la justice, d'assurer le respect des droits de tous, du pauvre comme «lu riche, de défendre les intérêts du faible, de poursuivre le bien général, de supprimer les abus qui existent et de prévenir ceux ijui pourraient s'établir, de s'occuper des misères du corps social. De pareilles obligations lui donnent incontestablement le droit d'intervenir dans les rapports des particuliers et même de pénétrer jusque dans le sanctuaire du foyer domestique toutes les fois que l'intérêt public l'exige. Il peut apporter une utile contribution à la solution de la crise économique.

On donne le nom d1 interventionnistes à ceux qui demandent à l'Etat de sortir du rôle amoindri que lui a assigné le Libéralisme et d'intervenir, dans la Question sociale, d'une façon vraiment active. Ils ne voient pas tous en lui le sauveur depuis si longtemps attendu, mais tous réclament son concours et considèrent son intervention comme indisppnsable, au moins à l'heure, actuelle, pour protéger efficacement les droits du pro-

(1) De Muk. — Quelques mots d'explication, p. 23.

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létarint. Ceux qui soutiennent ces doctrines ne sont pas nécessairement des socialistes de l'Etat. Ce qui constitue le Socialisme d'Etat, c'est l'empiétement exagéré, injustifié et progressif des pouvoirs civils sur le domaine privé. Ils accaparent sans utilité toutes les fonctions et tous les services, ils gênent l'initiative privée dans son exercice normal et se substituent peu à peu à l'individu ou à la famille dans les attributions qui leur appartiennent dans les vues de Dieu. Beaucoup d'interventionnistes, nons le reconnaissons volontiers, vont trop loin et tombent dans le Socialisme d'Etat. Us deviennent plus ou moins Etatolâtres; mais ce n'est pas l'être, que de demander à l'Etat de remplir les devoirs qui lui viennent de la nature et de lui reconnaître les droits, dont il a besoin, pour s'acquitter convenablement de ses obligations. Un grand nombre de catholiques sont, avec Léon XI If, partisans convaincus de l'interventionnisme et cependant nul plus qu'eux ne répudie les doctrines du socialisme, du socialisme d'Etat aussi bien que du socialisme collectiviste. La meilleure preuve qu'Interventionnisme et Socialisme d'Etat ne sont point termes synonymes, c'est que les plus intransigeants des Libéraux, après leur maître Adam Smith, reconnaissent qu'il y a des circonstances où l'Etat pent et doit intervenir dans l'ordre économique (1).

II!. Socialisme d'état et socialisme collectiviste. — Malgré le respect qu'il affecte pour le droit de propriété privée et le soin qu'il met à se défendre de toute parenté avec les autres socialismes, le Socialisme d'État conduit aux mêmes résultats que le Collectivisme. Il tend à la nationalisation lente des moyeus de production et à la dépossession des particuliers, non par une spoliation violente, mais par un dépouillement presque insensible opéré grâce à un système d'impôts devenant tous les ans plus lourds. Quand l'Etat se sera fait la

(1) Adam Smith, après avoir dit que l'Etat doit défendra la société de tout acte de violence et protéger chaque Uerabre de la société contre l'injustice ou l'oppression de tout autre membre, ajoute: « Un autre devoir, c'est d'ériger certaines entreprises ou certaines institutions que les intérêts privés d'uu particulier, ou de quelques particuliers, ne pourraient jamais les porter à ériger, parce que jamais la profit n'en rembourserait la dépense... » Richesse des nation* II, p. 33S.

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pourvoyeur des besoins privés, comme on le lui demande, les dépenses publiques seront colossalement élevées. On prendra aux contribuables une part toujours croissante des fruits de leur propriété ou des fruits de leur travail. Le jour viendrait donc où l'impôt, au lieu de rester le prix de services rendus par l'Etat, serait en fait la spoliation d'une propriété, que l'on déclare cependant intangible et sainte. On la respecte oans les mots, mais on arrive fatalement à sa suppression.

Cette main-mise progressive de l'Etat sur tous les eervices qui, par leur nature, touchent aux services publics proprement dits, prépare peu à peu la socialisation de tous les autres services, la nationalisation des grandes industries et ouvre les voies à l'évolution vers le collectivisme.

Les vrais Possibilistes et les Socialistes d'Etat ne durèrent guère que par l'étiquette. Quand on analyse leurs doctrines, on s'aperçoit qu'elles se ressemblent presque jusqu'à se confondre. Elles se distinguent par des nuances a peine perceptibles au point de vue pratique, et si au point de vue théorique les principes ne paraissent pas les mêmes, les conséquences auxquelles ils conduisent sont identiques. Cependant parmi les Socialistes d'Etat tous ne vont pas également loin ; il y a, parmi eux, des catégories nombreuses. Plusieurs se contentent d'un programme dont ne se contenteraient p?s des Réformistes même très modérés.

IV. Précis historique. — Le socialisme d'Etat est d'origine allemande. C'est dans les pays d'Outre-Rhin qu'il est né, qu'il s'est développé et qu'il compte encore aujourd'hui ses plus noiobreux partisans. La route lui a été frayée par les théories philosophiques d'Hegel, et ce qui a assuré son succès, c'est qu'il s'harmonise merveilleusement avec le génie du peuple allemand (1).

^1) « Chose remarquable, disait le député juif Bamberger, les idées socialistes u'out trouvé nulle part plus d'accueil qu'eu Allemagne.. Cela tieut au caractère spéculatif de la uatiou. Non seulement elles eutraîueut presque tou< les ouvriers, mais la bourgeoisie elle-même u'y résiste pas. Le socialisme a pénétré daus les classes supérieures, il siège daus les académies, il monte daus les chaires des Universités fi i:e sont des savan's qui out douné le mot d'ordre que "peieui moicteiiaut les as-sociatious ouvrières; ce sont >■• savants qui oui attaqué le maujwouituie et qui ont dépluie les abus du capitalisme. »

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Il s'est affirmé et dans l'ordre des idées et dans l'ordre des laits. Il a trouvé des hommes d'étude pour le concevoir et le détendre, et des hommes d'Etat pour essayer de l'appliquer.

li est issu, à la fois, des théories de Lissalle el des doctrines de l'Ecole historique allemande, école née d'une réaction contre l'individualisme absolu de l'Ecole libérale. Il a été vulgarisé par les socialistes conservateurs et par les socialistes de la chaire.

i* Les socialistes conservateurs ou royalistes socialistes, ayant à leur tête Rudolf Meyer, Von Gerlach, ffagener, demandent au souverain de revenir aux antiques traditions de la monarchie en prenant en mains la cause des ouvriers et des pauvres. «L'institution monarchique, écrivait, en 1863, Hermann Wa gêner t l'ami de Bismarck, ne peut avoir un avenir assuré que si elle se montre la protectrice des malheureux. La royauté doit replonger ses racines dans la terre profonde des masses populaires. La monarchie de l'avenir sera la royauté socialiste ou elle cessera d'exister, » L'organisation du travail, la protection du faible, la réglementation des salaires, l'assistance de la misère relèvent du prince.

2* Les Socialistes de la chaire ou cathédrants, ainsi appelés parce qu'ils sont pour la plupart professeurs et enseignent leurs doctrines dans des chaires d'Université, croient que l'équiiè ne préside pas suffisamment à la répartition de la richesse ; l'ouvrier est souvent lésé, il manque de moyens efficaces pour défendre ses droits, il faut que l'État intervienne. Seul il a le3 pouvoirs nécessaires pour imposer l'ordre et la justice. Quelquesuns, comme Wagner, vont jusqu'à lui livrer la réglementation de la propriété privée, de la production et de la répartition des richesses. — Les plus connus des socialistes de la chaire sont Roscher, Hildebrandt, Schmnller, Masse, Unies, Conrad, Brentano, Schônberg et Adolphe Wagner, professeur à l'université de Berlin et l'oracle du Conseil économique créé par l'empereur Guillaume Ier. Ils se réunirent, une première fois, en congrès à Eisenach, afin de se concerter sur les moyens à prendre pour mener à bien la tâche qu'ils se sont imposée : jeter un ponl entre le socialisme et l'économie politique. Ils ont de très nombreux points de rapport avec l'école iassalléenne.

En Allemagne, Bismarck s'est chargé de faire pa??e dans la pratique un certain nombre des prin<ipes uer

eathédrants, i! peut être considéré comme le type du socialiste conservateur.

Elevé dans les doctrines de l'Ecole orthodoxe, jeune encore il connut Lasaalle et l'honora, sinon de son amitié, au moins de ses sympathies et de son • ppui. Il étudia ses idées et, dès 1871, pour unir l'Empire aux classes populaires et arracher les ouvriers au socialisme révolutionnaire, il entra dans la voie des réformes sociales opérées par l'Etat. On racheta les chemins de fer en Prusse, on vota des lois sur l'assurance obligatoire des ouvriers contre la maladie et le chômage, on mit la plus grande partie des primes à la chnrge des patrons, on décida la coopération de l'Etat dans la constitution des caisses de retraites, on inaugura cette politique sociale qui, aujourd'hui encore, est suivie par Guillaume II. Cette politique a un certain caractère chrétien» car ses promoteurs sont pour la plupart de* protestants piétistes, comme l'empereur.

En France, uu ess «i d'assurance agricole, à forme de socialisme d'Etat, lut fait sous l'influence de Napoléon III, — (ce qui a valu à celui-ci d'être considéré par plusieurs comme le promoteur du socialisme d'Etat) — ; elle échoua complètement. Pendant longtemps le crédit que l'économie politique libérale a gardé chez nou*, a barré la route au Socialisme d'Etat, mais les idées allemandes se sont peu à peu infiltrées dans notre pays et, à l'heure actuelle, on constate dans beaucoup d'esprits la tendance à exagérer le rôle des pouvoirs civils. On croit, par un ensemble de concessions progressives, désarmer les revendications du Socialisme collectiviste, et l'on arrive simplement à lui frayer les voies. Nous marchons, nous aussi, à grands pas vers le socialisme d'Etat, il a fait, durant ces dernières années, de grands progrès dans l'ordre des idées et de bien plus considérables encore dans l'ordre des faits.

En Angleterre, si on excepte la tentative de Gladstone dans la question agraire, on ne rencontre pas trace de manifestation du Socialisme d'Etat. Il ne cadre pas avec le tempérament anglo-saxon. Au lieu de les demander à l'Etat, les Anglais ont préféré demander au groupement professionnel et à l'association, la force et ta protection dont ils ont besoin.

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